Joost van der Westhuizen, l’homme qui renversa la montagne

Ce 24 juin 1995, à l’Ellis Park de Johannesburg, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande disputent la troisième finale de l’histoire de la Coupe du monde de rugby. On joue depuis un quart d’heure et les deux équipes sont à égalité, les deux buteurs ayant chacun inscrit une pénalité. Sur une attaque lancée par les All Blacks depuis leurs quarante mètres, l’ouvreur Andrew Merthens croise avec Jonah Lomu venu de son aile s’intercaler au milieu de la ligne d’attaque. Le monumental ailier déchire le premier rideau défensif des Springboks et semble se diriger imparablement à l’essai. Mais le demi-de-mêlée sud-africain Joost Van der Westhuizen assure le deuxième rideau et se présente face à lui.

La différence de gabarit est impressionnante. Pourtant, « VDW » ne s’enlève pas. Impavide, il parvient à plaquer le géant All Black. Et si les Néo-Zélandais obtiennent dans la foulée une pénalité convertie par Merthens, les Springboks ont évité l’essai qui les aurait assommés. Agissant comme un déclic, cette action décuple leur motivation déjà immense, convaincus qu’ils sont de porter toute l’espérance d’un peuple. Ils finiront grâce à un drop goal de Joël Stransky, parfait comme le fut la passe de son demi-de-mêlée qui lui permis d’éviter la montée rapide des défenseurs adverses. Jonah Lomu ne sera jamais champion du monde, et c’est celui qui le mit au sol un peu plus tôt dans l’après-midi qui soulèvera le trophée William-Webb-Ellis.

Vaincu par la terrible maladie de Charcot, Joost van der Westhuizen a rejoint « l’homme montagne » au Paradis des rugbymen, disparu il y a un peu plus d’un an maintenant. Le numéro neuf inscrit son nom dans le marbre des légendes sud-africaines à côté de celui de Danie « Doc » Craven, demi-de-mêlée lui aussi, qui assura en son temps, comme le fit « VDW », la domination mondiale des Springboks.

Van der Westhuizen et Lomu, qui nourrissaient une haute estime l’un pour l’autre, s’étaient revus à l’occasion d’un reportage du journaliste Benoit Pensivy. Le Sud-africain était déjà très diminué alors que son visiteur d’un après-midi apparaissait lui aussi très fatigué par son long combat contre la maladie. Pourtant, loin de tout voyeurisme morbide, c’est leur message, bouleversant et optimiste à la fois, que ce reportage a permis d’entendre, celui de deux hommes, adversaires acharnés sur le terrain, unis en dehors par des liens indéfectibles et fraternels.

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