Johnny s’en va-t-en-guerre

Dimanche prochain, le XV de France se présentera sur la pelouse de l’Aviva Stadium de Dublin avec une étiquette sinon de favori, du moins de candidat très sérieux à la victoire. Cette situation est assez nouvelle pour une équipe habituée depuis 10 ans à enchaîner les défaites face à l’équipe d’Irlande, que ce soit à domicile ou à l’extérieur.

De son côté, le XV d’Irlande s’avancera certainement avec sa charnière Murray-Sexton, alignée plus de soixante fois en sélection. Cette longévité pourrait justifier qu’on se focalise sur elle et la pertinence pour les sélectionneurs de continuer à faire confiance à une doublette certes hyper-expérimentée et en parfaite osmose, mais vieillissante et moins efficace au fil du temps.

Pourtant, ce n’est pas cette problématique qui retient l’attention, mais bien le fait que Jonathan Sexton puisse être aligné après avoir quitté la pelouse dimanche dernier sur un énième K.-O. provoqué cette fois par un coup de genou involontaire d’un joueur gallois.

Agé de 35 ans, Johnny Sexton est malheureusement habitué à ces commotions qui, conjuguées au poids des ans, l’ont obligé à ménager ses sorties, l’international disputant désormais un nombre limité de rencontres avec la province du Leinster et priorisant les matchs avec son équipe nationale. Pour l’ensemble des observateurs de la chose ovale, le choc qu’il a subi à la tête au Principality stadium laissait planer peu de doute sur son absence face à la France dimanche prochain. Or les dernières informations délivrées par les media irlandais, et les interviews accordées par le staff du XV du trèfle comme par l’intéressé lui-même semblent accréditer sérieusement la thèse de sa titularisation.

Disons-le tout net, une telle éventualité serait particulièrement malvenue.

En premier lieu pour Jonathan Sexton lui-même. Les études médicales sont désormais suffisamment précises sur ce sujet pour justifier qu’aucun risque ne soit pris avec la santé de ce joueur.

Au-delà de sa performance sportive qui pourrait s’en ressentir – ce qui, d’ailleurs, apparait parfaitement secondaire, c’est la possibilité qu’un fait de jeu n’aggrave les conséquences des chocs déjà reçus qui inquiète.

En second lieu, titulariser l’ouvreur irlandais écornerait un peu plus l’image d’un sport qui a pâti des accidents survenus ces dernières années, et tout particulièrement les décès qu’ils ont occasionnés en France. Au-delà de ces accidents, les récents témoignages des internationaux anglais Steve Thompson et gallois Alix Popham ont constitué autant d’exemples illustrant le danger sanitaire qui plane sur les joueurs de rugby de haut niveau soumis à des chocs répétés d’une grande intensité.

Au fil des ans, les amoureux de ce sport s’interrogent pour savoir non plus « si » mais « quand » l’irrémédiable se produira sur le terrain, en direct devant les caméras avides d’un spectacle dont les promoteurs paraissent avoir oublié la triste contrepartie, celle de la santé de ses acteurs.

La titularisation de Jonathan Sexton enverrait un bien mauvais signal, celui que derrière les engagements pris par les instances internationales et les fédérations pour protéger les joueurs de rugby, et particulièrement les professionnels, le cynisme demeure.L’ouvreur international irlandais disputera donc certainement son match, dimanche, pour tenter de décrocher une première victoire dans le Tournoi 2021. Une victoire dont on se demande si, lorsqu’il aura raccroché les crampons, il en aura conservé le souvenir. La faute à ces chocs à la tête que ses dirigeants n’auront pas su ou, pire, pas voulu prendre la mesure.

Alors oui, on pourrait dire que, dimanche, Johnny s’en va-t-en guerre. Avant, peut-être, comme Steve Thompson ou Alix Popham, de devoir la déclarer à sa fédération d’ici quelques années.

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