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Août 19

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Horesco Referens

Habitué aux campagnes publicitaires décalées, où l’humour n’est jamais très loin, le Stade rochelais affiche cette année un thème qui, pour le moins, suscite le débat. Avec ses joueurs grimés en gladiateurs, le club charentais a provoqué des commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. Et sa réaction, via son compte officiel, n’a pas franchement convaincu les détracteurs.

Ce qui peut choquer, c’est surtout la concordance malheureuse de la campagne publicitaire avec le drame qui a frappé le jeune Louis Fajfrowski. Publiée au lendemain de l’enterrement du malheureux rugbyman aurillacois, l’image de joueurs déguisés en combattant dont le sort était majoritairement la mort à brève échéance n’est pas franchement du meilleur goût.

Au lieux de calmer le jeu, éventuellement en s’excusant pour ce timing plus que malheureux, le Community manager du club rochelais a jugé bon de développer le discours de l’agence de communication à l’origine de la campagne, en expliquant, à grand renfort de références scientifiques, que l’ignorance populaire abreuvée de films hollywoodiens, avait une image erronée des gladiateurs qui ne se battaient pas toujours à mort et qu’ils étaient des athlètes de haut niveau préparés au combat comme le sont aujourd’hui les rugbymen en général et ceux du Stade rochelais en particulier.

Cette réponse appelle deux commentaire. Sur le fond, nier l’importance centrale de la mort dans les combats de gladiateurs est, au mieux, une erreur, au pire une supercherie, comme en témoigne, parmi tant d’autres spécialiste, Paul Veyne, spécialiste incontesté de l’Antiquité gréco-latine, en réponse à une question posée par le magazine scientifique « L’Histoire » :

L’H. : Comment se déroulait un combat de gladiateurs ?

P. V. : Il y avait trois sortes de dénouement possibles. Soit l’un des deux duellistes mourait au cours du combat. Soit les deux s’entre-tuaient – nous connaissons un cas comme celui-ci. Soit, enfin, l’un des deux hommes était renversé, ou blessé, ou bien s’effondrait par épuisement, s’avouant vaincu.

Dans ce dernier cas, le combat s’interrompait et le vainqueur s’en remettait à la décision des spectateurs. Cela par l’intermédiaire du mécène qui offrait le spectacle et qui le présidait, ou du magistrat qui était tenu d’offrir ce spectacle à ses frais, pour célébrer son entrée en fonction. Ce président, selon ce que lui criait le public, lui faisait signe de laisser la vie sauve au vaincu ou de le tuer avec le geste fameux du pouce renversé vers le sol.

Si les gladiateurs s’étaient tous les deux bien battus, si leur duel avait enthousiasmé le public, le président pouvait décider de saluer le mérite du vaincu en le graciant. Celui-ci se battrait ainsi dans d’autres matchs et on aurait plaisir à le revoir se produire dans l’arène. Si, au contraire, les deux hommes avaient combattu mollement, en donnant l’impression de se ménager entre eux, pas question d’épargner le perdant !

Sur la forme, il est entendu que le rugby a toujours utilisé l’image du combat pour exalter ses vertus traditionnelles : solidarité, courage et sens du sacrifice. Et cela n’est pas contestable, dès lors que le combat est précisément l’une de ses composantes essentielles, qu’il n’est pas question de nier et encore moins de chercher à la supprimer.

Cependant, il n’est pas plus contestable que l’évolution récente du rugby professionnel a favorisé la violence accrue des chocs au détriment de l’évitement pourtant aussi important. Et que cette évolution a rendu la pratique de ce sport au plus haut niveau bien plus dangereuse aujourd’hui qu’elle ne l’étaient il y a vingt ans.

C’est pourquoi la charge symbolique de la campagne publicitaire du Stade rochelais est aussi négative. Survenant quelques jours seulement après le décès de Louis Fajfrowski, elle contribue à alimenter l’idée que le rugby ne changera pas de cap malgré les drames.

C’est cela, et seulement cela qui peut être reproché aux communicants du Stade Rochelais, dont la référence aux gladiateurs ne peut que résonner négativement. Pour le reste, le débat sur les dangers du rugby professionnel dépasse largement le cadre de la communication d’un club qui, après tout, est assez loin de la caricature que lui prête cette publicité.

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