Frustrant jusqu’au bout

On se pince presque en l’écrivant : le XV de France a perdu un match qu’il aurait dû gagner, ratant de deux petits points la qualification pour les demi-finales de la coupe du monde.

Après le parcours erratique des Bleus en poule qualificative, marqué par des prestations où la médiocrité d’ensemble a occulté les quelques trop rares moments de satisfactions tricolores, on ne donnait pas cher de la peau des hommes de Jacques Brunel face aux Gallois. D’autant que ces derniers, malgré un petit coup de mou face aux Fidjiens, semblaient sûrs de leurs forces et bien préparés.

Et voilà que ce XV de France pâlichon durant la première partie de la compétition s’est mis à jouer comme on ne l’attendait pas, avec autorité et sens de l’à-propos, marquant deux essais splendides dans les dix première minutes. Malgré un essai bêtement offert aux Gallois et quelques opportunités de scorer laissées en route, les Bleus atteignaient la pause avec neuf points d’avance et un bel ascendant sur leurs adversaires. Leur domination en première mi-temps ne semblait pas devoir s’arrêter aux citrons : concentrés dès l’entame de la seconde période – pourtant l’un de leurs points faibles habituels, ils ne laissaient aux Gallois que peu d’occasions de les mettre en danger.

Et puis est survenue la 48ème minute. Alors que les Français déroulaient un maul à proximité de l’en-but adverse et paraissaient même en mesure de se procurer une occasion d’essai, l’arbitre sifflait une faute de Sébastien Vahaamahina. Les images ne pardonnèrent pas, montrant en mondovision le coup de coude aussi stupide que gratuit asséné par le deuxième-ligne clermontois, geste qui ne laissait pas à l’arbitre d’autre choix que de sortir un carton rouge à son endroit.

Bien sûr, la défaite est la somme d’une série de facteurs et ne se résume pas à l’expulsion définitive d’un joueur. Cinq points ratés au pied, dont une pénalité plutôt facile, un drop raté face aux poteaux, deux ou trois ballons inopportunément tombés dans des situations pouvant conduire à l’essai, le choix d’une pénaltouche plutôt que d’un coup de pied de but, voilà autant de raisons d’avoir des regrets. Mais à ce niveau, face à une opposition comme le Pays de Galles, le handicap que constitue le fait de jouer à 14 pendant plus d’une demi-heure ne peut que peser très lourdement dans la balance.

A cet égard, on peut s’étonner du choix du staff de laisser le pack français évoluer à sept, ce qui a logiquement conduit les Bleus à souffrir en mêlée. Et c’est sur l’une d’elle que les Gallois ont marqué l’essai de la victoire, sur une décision discutable de l’arbitre, la dernière d’une série plutôt au désavantage des Bleus. On pourra toujours ergoter sur le choix de Monsieur Peyper d’accorder l’essai aux Gallois, le fait est que le XV de France, avec un peu plus de maîtrise collective et de cervelle individuelle n’aurait jamais dû se trouver en situation de s’en remettre à l’analyse d’un TMO à deux minutes du terme de la rencontre.

Les Tricolores quittent donc la compétition en laissant à ses supporters le sentiment d’une défaite frustrante d’autant plus paradoxale qu’elle suit une série de victoires qui l’étaient tout autant.

Il faut désormais souhaiter bonne chance aux adversaires victorieux, remercier les Bleus pour les émotions qu’ils nous ont procurées et souhaiter que cette acmé de défaite encourageante ne convainque pas les dirigeants français de ne rien changer dans notre rugby.

Sinon, c’est une frustration bien plus grande qui pourrait nous attendre dans quatre ans.

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(1 commentaire)

    • jluc on 21 octobre 2019 at 10 h 49 min
    • Répondre

    Et oui, quel geste inqualifiable.
    Quant à certains choix peu compréhensibles (tenter les trois points à 15 contre 14 en fin de première mi-temps alors que les Gallois buvaient la tasse, tenter la pénaltouche à 14 contre 15 parce qu’on était dans une bonne dynamique, jouer encore et toujours au lieu d’assurer un drop), ils nous montrent ce qui nous sépare du très haut niveau, du manque de réalisme qu’ont les équipes anglo-saxones. On sait mettre la tête de l’adversaire sous l’eau mais on ne sait pas les couler. On a pu voir dans les autres quarts comment les adversaires des Anglais, Blacks et Sud Af n’avaient plus d’espoir vers la 60è (et même avant pour les Blacks).

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