Finances de la FFR : tout va bien (pour l’instant)

Tout va bien. C’est en substance le message que le Trésorier de la Fédération française de rugby a voulu faire passer lundi dernier à l’occasion d’une interview accordée au journal L’Equipe, message que le directeur de la communication de la FFR s’est chargé de relayer sur les réseaux sociaux.

Malgré une légère discordance dans le discours des deux hommes, le trésorier arguant d’un bilan financier à rendre jaloux une entreprise quand son homologue de la com’ faisait savoir qu’une association n’était pas une entreprise et qu’à ce titre elle ne cherchait pas à faire des bénéfices, l’objectif est le même pour les deux hommes : allumer un contre-feux devant les critiques formulées par l’opposition fédérale et rassurer tous ceux qu’inquiètent les perspectives désastreuses provoquées par la crise sanitaire, avec en particulier le report à l’automne du dernier match du Tournoi et l’annulation de la tournée d’été du XV de France.

En premier lieu, les instances fédérales avancent que les déficits dénoncés par les opposants à Bernard Laporte n’existent pas : au titre du dernier exercice clos, la FFR affiche un résultat net de 210 563€ et au 31 décembre 2019, ce même résultat est de 60.000€. Ensuite, malgré les critiques formulées par ces mêmes opposants à l’égard de la gestion financières de la fédération, celle-ci fait valoir que le niveau de sa trésorerie demeure très satisfaisant. Il n’y a donc, selon les hommes du président, pas d’inquiétude à avoir. La politique de redistribution décidée au profit des clubs amateurs, de l’ordre de 33M€ en trois ans selon le Directeur de la communication de la FFR, ne se ferait donc pas au détriment de la santé financière de la fédération.

Factuellement, les arguments avancés, tant s’agissant des résultats comptables que de la trésorerie, ne sont pas erronés.

Mais ils appellent quelques nuances.

Regardons tout d’abord les résultats. Celui au 31 décembre 2019 n’a pas franchement d’intérêt, car il omet par définition la moitié de l’exercice comptable 2019-2020 qui sera arrêté le 30 juin prochain. Concrètement, ce résultat ne prend pas en compte les recettes des matchs internationaux organisés au titre du Tournoi 2020 (avec un France-Irlande en moins) et, surtout, les charges diverses et variées, de l’ordre de 105 à 115M€ en année pleine. Il est donc impossible de fonder le moindre constat sur un « demi-exercice ».

Le résultat au 30 juin 2019 est effectivement positif de 210.000€. Mais ce résultat prend en compte un crédit d’impôt sur les sociétés. Si l’on regarde le résultat courant, qui ne tient pas compte des produits et charges exceptionnels ni de l’impôt sur les sociétés, la FFR affiche un déficit de 620.000€. Certes, on est loin des -6,67M€ de résultat courant 2017-2018, mais l’image de l’équilibre que nous vendent les représentants fédéraux est donc légèrement écornée.

Au-delà du résultat, l’examen de la capacité d’autofinancement (CAF) de l’institution conduit à un constat plutôt mitigé. Rappelons que la CAF mesure les ressources propres dégagées par l’organisme au titre de l’exercice pour financer ses dépenses d’investissements et rembourser les capitaux empruntés. Au 30 juin 2019, la FFR affiche une CAF négative de 1M€ (-2,6M€ en 2018), à mettre notamment en rapport avec ses annuités de remboursement de ses dettes, de l’ordre de 700.000€.

Pour « amortir » ces flux négatifs, la fédération dispose de deux types de ressources : d’une part ses fonds propres, en particulier constitués par le cumul des résultats positifs enregistrés au fil des exercices, mais ceux-ci ne sont pas inépuisables et ont déjà dû supporter le résultat négatif de 2018, et, d’autre part, ses dettes. C’est là qu’intervient le fameux « fonds d’assurance » au centre des débats entre tenants du président Laporte et ceux de son opposant, Florian Grill.

Ce fonds est à l’origine du très important niveau de trésorerie affiché par la fédération à la clôture de l’exercice 2019, avec 66M€, dont 57,9M€ en valeurs mobilières de placement très « liquides », c’est-à-dire facilement mobilisables. Ce fonds d’assurance est constitué à partir d’une fraction des contributions des clubs au titre de la couverture des risques par la compagnie d’assurance de la FFR. Il a pour vocation de faire face à une prime annuelle d’assurance « anormale » au regard de son niveau habituel, dans le cas où le nombre d’accidents graves serait supérieur à 3 dans l’exercice. Ces dernières années, malgré les tragédies auxquelles elle a été confrontée, la Fédération n’a pas eu à solliciter ce fonds au-delà des sommes prélevées sur les clubs. Elle s’est donc constituée un matelas de près de 58M€.

Outre la légère ironie d’une situation qui témoigne d’une redistribution financière pas forcément à sens unique de la fédération vers les clubs, on peut s’interroger sur l’impact d’un exercice 2019/2020 qui s’annonce compliqué pour les caisses fédérales.

Au vu des documents publiés pour le dernier exercice comptable clôturé, les finances fédérales ne présentent pas – au moins en apparence – les signes d’une santé dégradée. Mais il faut s’interroger sur les perspectives à moyen terme d’une fédération qui ne semble pas disposer de marges de manœuvres importantes. A cet égard, les clubs pourraient réclamer, au nom de leur propre santé financière – et de la redistribution des ressources chère au président Laporte, un ajustement du fonds d’assurance qui conduirait remettre sérieusement en question l’équilibre des finances fédérales.

La question n’est pas secondaire, et mérite mieux que des éléments de langages systématiquement proposés par ceux qui en ont actuellement la charge.

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