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Fév 11

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Fatalisme mortel

Comme on pouvait le craindre, les soi-disant vertus françaises de combativité et d’imprévisibilité comme armes secrètes susceptibles de faire chuter d’arrogants Anglais auront rapidement montré leurs limites. Environ une minute trente. Le temps pour les joueurs d’Eddie Jones d’inscrire le premier de leurs six essais à des Bleus totalement dépassés, tout juste heureux d’avoir profité d’un relâchement compréhensible de leurs hôtes à la demi-heure de jeu pour marquer quelques points.

Ce qui est le plus effrayant dans cette affaire n’est pas tant le score-fleuve qui a sanctionné la piètre performance tricolore que l’espèce de fatalisme dont les joueurs et leur encadrement semblent désormais faire preuve comme en témoigne la sortie d’Arthur Iturria au micro de France Télévision : « Les Ecossais vont venir chez nous pour nous taper, comme tout le monde maintenant. »

Ce constat lucide en dit long non seulement sur le niveau du jeu français mais sans doute encore davantage sur l’état d’esprit d’une équipe à la dérive. Le staff tricolore, ainsi que l’illustrent les propos lénifiants du sélectionneur après la rencontre, ne paraît plus vraiment avoir de prise sur les événements, si tant est qu’il en eut jamais.

Avant la rencontre, Julien Bonnaire s’est élevé contre certains anciens internationaux dont il ne goûte pas les critiques. Il est pourtant difficile de ne pas comprendre l’incompréhension voire la colère de ceux qui ont porté fièrement le maillot bleu devant la déliquescence d’un jeu qui ne fait plus peur à personne, à part à ses supporters.

Les consultants et les journalistes français ne sont plus les seuls à critiquer ouvertement la situation dramatique du XV de France. Après sa prestation quelconque à Twickenham, notre équipe nationale est devenue la risée de la presse anglo-saxonne. On veut bien croire que celle-ci n’a jamais été tendre avec nous, mais au moins pouvait-on penser qu’il y avait derrière les sarcasmes une forme de crainte devant un rugby capable de terrasser les meilleurs. Ce n’est bien entendu plus le cas désormais.

Alors qu’il faut maintenant envisager la glaçante probabilité d’une cuillère de bois dans le Tournoi (la vraie, celle réservée à l’équipe battue cinq fois dans la compétition, ce qui serait la première depuis 1957), et que la poule de la mort de la prochaine Coupe du monde mérite de moins en moins son nom tant Anglais et Argentins font figure de favoris naturels pour les quarts-de-finales, il serait temps d’arrêter d’attendre des miracles et de se mettre vraiment au travail pour permettre au XV de France de renaître de ses cendres et faire cesser le fatalisme mortel dans lequel il paraît se complaire.

Il faudrait pour cela une réelle volonté de changement, et avoir le courage d’admettre que sans sa vitrine, le championnat professionnel ne suffira pas à enrayer la spirale du désenchantement qui gagne progressivement l’ovalie hexagonale.

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