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Juil 30

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Fair-play, mais pas trop

Les spectateurs neutres pas plus, sans doute, que leurs fans n’y croyaient vraiment à la mi-temps. Pourtant, les Lions sud-africains sont parvenus à renverser le cours d’un match mal engagé pour remporter la demi-finale de Super Rugby qui les opposait aux Hurricanes néo-zélandais. Pour y parvenir, ils ont d’abord remis leur jeu à l’endroit, que ce soit défensivement comme offensivement. Et ils ont peut-être également profité de la fatigue de leurs hôtes, venus disputer ce match en altitude (l’Ellis Park de Johannesburg est situé à 1750m au-dessus du niveau de la mer) après un périple de 12000 km. Mais après tout, c’est la règle de ce championnat de l’hémisphère sud. Et les Lions ont conquis sur le terrain le droit de recevoir leurs adversaires pour ces demies comme ils le feront pour la finale samedi prochain face aux Crusaders.

Devant la performance de l’équipe sud-africaine, attestée par les statistiques du match, la qualification des hommes de Johan Ackerman ne paraît souffrir aucune contestation. Mais, il fallait s’y attendre, on commence à lire ici où la  des commentaires tendant sinon à nier l’évidente supériorité globale des Lions hier, du moins à insinuer que s’ils ont gagné devant la franchise néo-zélandaise, ils le doivent en partie grâce à l’arbitrage de leur compatriote Jacko Peyper.

C’est, comme une évidence, au New Zealand Herald qu’ont doit l’attaque la plus claire sinon la plus franche. En pointant la désignation d’un Sud-africain pour arbitrer chez elle une équipe de la même nation, le journaliste Patrick McKendry laisse clairement entendre que la partialité serait forcément de mise. Et d’illustrer son propos par des décision qu’il estime infondée, à l’image du carton jaune infligé à l’ouvreur Beauden Barrett – qui pourtant ne faisait pas vraiment discussion.

On n’en attendait pas moins d’un journal habitué à ranger l’objectivité dans un tiroir fermé à clé lorsqu’il s’agit de rugby international et tout particulièrement quand ses concitoyens sont concernés. Sous couvert d’aborder un thème récurrent dans le sport, celui de la neutralité arbitrale, le journaliste alimente ce qui ressemble bien à une forme de paranoïa chronique chez les Néo-Zélandais. Dès lors qu’une de leurs équipes s’incline devant un adversaire, l’arbitre fait souvent partie des facteurs d’explication. On se souvient qu’en 2007, Wayne Barnes avait fait les frais de l’élimination prématurée des All Blacks en Coupe du monde. Et tant pis si cet échec devait davantage à la suffisance des hommes de Graham Henry qu’aux insuffisance du sifflet anglais. Le coupable était tout trouvé.

Plus récemment, les sorties « clownesques » sur l’Australien Michael Cheika et leur compatriote Warren Gatland (encore une histoire de Lions…) ont illustré le fait qu’au-delà de la propension affirmée à désigner un bouc émissaire plutôt que des raisons objectives à une défaite, l’agressivité médiatique donne régulièrement à voir une face moins glamour du rugby kiwis que celle que les sponsors des All Blacks nous vendent à longueur d’année.

Même si ces deux exemples sont tirés du même média, et qu’il faut se garder de généraliser à l’ensemble de la profession, force est de constater que le phénomène n’est pas circonscrit à ce seul journal. On parle souvent de « religion » pour qualifier le rugby en Nouvelle-Zélande, et il est tentant de déceler dans ces attaques récurrentes, souvent ad hominem, les signes d’une radicalité assez troublante, qui interdit de remettre en cause le dogme de l’infaillibilité ovale du pays du Long nuage blanc. Le fair-play y existe bien – il est d’ailleurs parfaitement intégré aux discours d’après-match des joueurs et de leur encadrement, mais il semble réservé aux acteurs plutôt qu’à leurs adorateurs.

Quant à la question de la désignation d’un arbitre d’une nationalité différente de celle des protagonistes, elle mérite d’être posée, même si l’on peut estimer qu’elle aurait davantage pour effet de « rassurer » les supporters que d’assurer une neutralité qui, à l’ère du professionnalisme, apparaît peu douteuse.

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