Exit le fantôme ?

Si la tournée estivale du XV de France a été le théâtre de quelques uns de ses plus grands exploits, force est de constater que ces dix dernières années, elle a surtout produit une série d’échecs retentissants, jusqu’à la pathétique série de test-matchs disputés en Afrique du Sud la saison dernière, désastre sportivo-médiatique, la Tache ultime sur le CV de Guy Novès,  qui a provoqué l’Indignation des supporters et grandement contribué à enterrer les espoirs du Toulousain de demeurer à son poste jusqu’à la prochaine Coupe du monde.

L’arrivée de Jacques Brunel à la tête de la sélection nationale avant le Tournoi des six nations a suscité quelques espoirs : Un homme recueillant une certaine unanimité sur son nom, sinon un Professeur de désir, du moins un entraîneur capable de recréer du lien dans un « club France » enkysté dans la sinistrose et la spirale de la défaite. Malgré des sorties poussives face à l’Ecosse ou l’Italie, la presque victoire devant l’Irlande et aux Pays de Galles et le succès de prestige remporté face au vieux rival anglais ont suscité un frémissement d’optimisme dans le landerneau rugbystique hexagonal. Frémissement très largement atténué par la perspective d’une tournée d’été aux allures de cauchemar.

Pensez donc. Trois Test-matchs chez les maîtres incontestés du ballon ovale, les All Blacks, qui préparent d’arrache-pied la passe de trois au Japon. L’affaire, habituellement compliquée, ne semble pas se présenter sous les meilleurs auspices : début juin, le groupe français arrivera, comme d’habitude, fatigué par une saison aussi longue que les précédentes, et amputé de plusieurs de ses cadres victimes de blessures diverses et variées ou, à l’image du capitaine Guilhem Guirado, épargnés par le sélectionneur pour cause d’épuisement. Face à des joueurs plus habitués aux leçons d’anatomie qu’aux « skills », les hommes de Steve Hansen sont tellement favoris que certains s’inquiètent du taux de remplissage des trois stades qui accueilleront les tests.

La fédération néo-zélandaise tente bien de raviver la flamme des fans des All Blacks en invoquant les glorieux faits d’armes tricolores, en particulier le fameux « essai du bout du monde » de 1994. Mais si le XV de France peut se targuer d’avoir régulièrement été la Némésis de celui à la Fougère, ce n’est pas pratiquer le rabaissement à son endroit mais dresser un constat malheureux que d’affirmer qu’il n’est plus aujourd’hui pour Sam Whitelock et ses copains qu’un aimable sparring-partner avant le Rugby Championship prochain.

Si la cause semble entendue s’agissant des résultats au tableau d’affichage, parlons travail, car il est douteux que Jacques Brunel ait envie de laisser courir en attendant des jours meilleurs cet automne. Nul doute que le sélectionneur voudra profiter de cette tournée pour aguerrir certains jeunes espoirs comme Babillot, Baille ou Lambey et leur donner le temps de jeu qu’ils n’ont pas eu l’hiver dernier, revoir ceux que les blessures ont éloigné des terrains pendant plusieurs mois (Fofana, Sanconnie…), et, d’avantage encore qu’une équipe, continuer à construire un état d’esprit.

Alors, exit le fantôme de l’été 2017 ? Malgré les risques de déroute sportive bien réels, il faut l’espérer, car une rechute replongerait notre rugby dans les affres du doute, à un an d’une compétition mondiale déjà bien mal engagée.

 

 

[Vous l’aurez compris, à l’occasion de ce billet, hommage est rendu au grand écrivain américain Philip Roth, disparu ce jour à l’âge de 85 ans.]

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/exit-le-fantome/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.