Éviter Waterloo

Dimanche, l’équipe de France de rugby affrontera son homologue anglaise pour le compte du dernier match de l’Automn Cup, association de fédérations à but lucratif moins destinée à promouvoir le rugby qu’à tenter de renflouer les caisses bien vides des instances dirigeantes du rugby européen.

Jusqu’en 2007, les Eurostars en provenance de France avaient pour terminus Waterloo Station. Pas franchement engageant, en forme de terminus des prétentions pour les rugbymen venant en Angleterre y disputer leurs matchs face au XV de la Rose. Paradoxalement, ses Waterloo, l’équipe de France les a plutôt connus depuis que les trains arrivent de l’autre côté de la Tamise, à Saint-Pancras.

Il se trouve que ledit Saint-Pancras est le patron des enfants. Et cela tombe plutôt bien s’agissant de la rencontre de dimanche. En effet, le XV de France, qui pendant des années n’a pas vraiment su à quel saint se vouer, pourrait bien se placer cette fois sous la protection de Pancras tant l’équipe qu’il va présenter apparaît bien juvénile. Quasi-inchangé par rapport à celui qui a vaincu l’Italie samedi dernier, le groupe retenu par Fabien Galthié fait figure de « Marie-Louise », ces gamins rassemblés par Napoléon pour mener ses dernières batailles.

Autour de Brice Dullin et Uini Atonio, qui du haut de leurs trente ans et autant de sélections chacun, apparaissent comme les deux seuls grognards de l’équipe, ce sont des joueurs inexpérimentés et très jeunes qui vont affronter un XV d’Angleterre, ce dernier alignant de son côté sa meilleure équipe du moment.

Cette confrontation particulièrement déséquilibrée, on la doit avant tout à la manière employée par la FFR pour traiter le dossier de la mise à disposition des sélectionnés durant la fenêtre internationale définie par World Rugby. Sans l’intransigeance de son président, qui tenait absolument à leur faire disputer six matchs quand les clubs du Top14 avaient proposé qu’ils en jouent cinq, c’est l’équipe-type de Fabien Galthié qui s’apprêterait certainement à défier le XV de la Rose et non une formation qui n’a que deux petites semaines de vécu en commun, avec des joueurs peu expérimentés.

Les plus optimistes de ses supporters verront dans cette situation une occasion rêvée de donner du temps de jeu à des joueurs qui n’auraient sans cela que peu voire pas du tout porté la tunique bleue, et de se montrer dans la perspective de la prochaine Coupe du monde.

Les autres croiseront les doigts pour ne pas vivre le genre de moments auxquels ils sont plus habitués en été, lorsque les sélectionneurs emmènent avec eux en tournée aux antipodes un effectif composite dont les valises reviennent le plus souvent lestées de quelques magistrales déculottées.

Même si la jeune garde tricolore a affiché samedi dernier de belles vertus d’engagement et d’implication, tant individuelles que collectives, il faut craindre qu’elles ne suffisent pas dimanche à leur éviter une déroute.

Au-delà de ce qu’un tel résultat impliquerait sur la confiance des joueurs concernés – dont certains ont un vrai potentiel de titulaire, et sur la crédibilité de la FFR auprès de ses partenaires européens, il faut regretter que Fabien Galthié n’ait pu compter sur son groupe tout au long de cette période, quand on sait combien chaque match compte pour la préparation de l’échéance de 2023.

L’histoire retient que les « Marie-Louise » ont réalisé des prouesses sur les champs de bataille. Mais sans, hélas, permettre à Napoléon d’éviter Waterloo.Souhaitons, sans trop y croire, que la comparaison avec nos jeunes tricolores n’aille pas jusque-là.

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