Équipe de France Espoir

Dimanche, Twickenham ne fut pas Waterloo, donc. Et il s’en est fallu de bien peu à l’équipe de France pour qu’elle ne fasse de ce 6 décembre un Austerlitz, elle qui pourtant n’alignait pas son XV « type » mais une formation constituée par Fabien Galthié et son staff pour pallier le départ des titulaires qui avaient épuisé les trois feuilles de match autorisées par la convention FFR/LNR.

Nombreux furent les observateurs qui au mieux craignaient, au pire prédisaient une déroute pour la formation tricolore cumulant quelques dizaines de sélections seulement – dont trente pour le seul Brice Dulin. Certains journaux outre-Manche allèrent même jusqu’à qualifier la rencontre de « farce », tant les forces leur paraissaient déséquilibrées entre les « gladiateurs » autoproclamés d’Eddie Jones et les « Marie-Louise » de Fabien Galthié.

En fait de farce, c’est un sacré tour que la bande de jeunes coqs a bien failli jouer à Owen Farrell et ses copains. Il ne leur manqua pas grand chose, en effet. Un peu plus de lucidité dans derniers moments du temps réglementaire et, plus encore, dans une prolongation disputée selon un mode, la « mort subite », qui aura davantage tétanisé les tricolores que leurs adversaires.

Mais si, au final, ce sont les Anglais qui brandirent la coupe remise au vainqueur de cette « Coupe d’automne » sans véritable enjeu que celui de remplir les caisse des fédérations participantes, leurs embrassades au coup de sifflet de l’aimable Monsieur Brace (si aimable qu’il sera certainement réinvités par les Anglais pour les arbitrer de nouveau…) ressemblaient davantage à du soulagement que de l’exultation.

Soulagement de n’avoir pas été humiliés par des joueurs qui n’avaient qu’un peu plus de deux semaines de vécu commun, et qui auraient pu, avec davantage de réussite, rappeler à leurs adversaires combien leur confiance en eux peut parfois, et pour leur plus grand péril, confiner à la suffisance.

Si le terme de « défaite encourageante » n’était pas aussi galvaudé, on l’emploierait certainement pour qualifier le résultat d’une équipe de France aussi expérimentale. Face à des Anglais décidément toujours dépourvus de plan B, jouant avec leur pied plus souvent qu’avec leur tête, les hommes de Fabien Galthié ont affiché bien davantage que des vertus guerrières puisées dans la fameuse sainte frousse, celle de prendre une volée, et qui vous fait vous transcender.

Il y a certainement eu un peu de ça, mais pas seulement. L’organisation défensive mise en place par Shaun Edwards a parfaitement fonctionné et bien que clairement perfectible, l’animation offensive a été très intéressante. Plus important encore, chaque joueur a démontré qu’il n’avait pas été appelé pour jouer les utilités mais pour montrer sa valeur et affirmer sa candidature pour le groupe constitué en vue de la prochaine Coupe du monde.

A cet égard, le contrat est rempli. Tous, à des degrés divers, ont répondu présent et continueront à talonner de près les titulaires qui se sont dégagés des matchs du printemps et du début de l’automne. Certains, comme Cameron Woki, Brice Dullin voire Anthony Jelonch, tout trois auteurs de performances remarquables, pourraient bien postuler à une place dans le XV qui débutera en Italie le 6 février prochain. La deuxième-ligne Géraci – Pesenti s’est révélée aux yeux du plus grand nombre, et redonne le sourire à ceux qui doutaient de la relève à des poste censément en souffrance.

A l’ouverture, Mathieu Jalibert, qui peinait à montrer tout son potentiel sous le maillot bleu, a enfin saisi l’occasion de justifier pourquoi le staff tricolore lui maintient sa confiance, alors que l’entrée de Louis Carbonel a convaincu tout le monde qu’à ce poste, la France a désormais des problèmes de riche. Quant à Baptiste Couilloud, il fait planer sur l’autre Baptiste, Serin, la perspective d’une sacrée concurrence.

Et que dire de Yoram Moefana, qui, du haut de ses 20 ans, affiche des attitudes de vieux briscard et une « gnaque » de haute intensité au centre de l’attaque tricolore ?

Il faudrait, à ce tableau d’honneur, convoquer tous ceux qui ont foulé la pelouse de Twickenham dimanche. Ils ont, tous, contribué à entretenir l’optimisme né des résultats enregistrés depuis le début de cette année voire à le faire croître parmi tous les supporters tricolores qui savent désormais que le groupe façonné par Fabien Galthié, Raphaël Ibanez et leur encadrement a le talent et le potentiel pour écrire quelques très belles pages de l’histoire du XV de France.

Cette équipe de France qui a joué dimanche, bien plutôt que « l’équipe B » voire « l’équipe C », c’est l’équipe de France Espoir.

Avec une majuscule.

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