Entre promesses et inquiétudes

On a pu parler de « cathédrales laïques » pour définir les stades modernes dans lesquels se déroulent désormais les liturgies sportives, avec leurs rituels et leurs fidèles. Samedi soir, à deux pas de la basilique Saint-Denis, le Stade de France méritait largement cette appellation, mais plutôt pour le silence qui y régnait, à peine brisé par les interjections des trente-et-un pratiquants autorisés sur le terrain, sous le regard d’une poignées d’officiels et de journalistes.

Triste période que celle que nous traversons aujourd’hui, qui oblige les amoureux du rugby et du XV de France à demeurer chez eux plutôt que de venir encourager leur équipe. Et qui incite plus au spleen qu’à l’idéal d’un cadrage-débordement.

Entre chicaneries institutionnelles et crise sanitaire, le paysage ovale du moment ne respire pas la sérénité. C’est tout le contraire, apparemment, pour ce XV de France qui a redonné un peu de soleil à ses supporters dans la grisaille ambiante. Malgré une entame calamiteuses et dix points encaissés en moins de temps qu’il n’en faut à certain commentateur sportif pour se rendre insupportable, entame qui aurait définitivement plombé bon nombre de ses prédécesseurs, le XV de France made in Galthié n’a pas perdu le cap, ni le fil de son jeu fait d’intensité et, disons-le, d’une réjouissante capacité à bonifier des ballons pas toujours évident à jouer a priori.

Inscrire cinq essais aux Gallois, voilà qui n’était pas arrivé depuis la monumentale raclée infligées par les Bleus au XV du Poireau à l’occasion du Tournoi 1998 (51-0, sept essais à rien). Cependant, derrière l’exploit apparent se cache une réalité plus nuancée. Et si la performance tricolore porte en elle un certain nombre de promesses, le match d’hier soir a pu faire naître quelques inquiétudes.

Au rang des promesses, naturellement, la prestation d’ensemble des Bleus est à saluer, et en particulier celle de sa charnière, qui paraît enfin taillée pour le long court, si bien sûr Antoine Dupont et Romain Ntamack parviennent à éviter les blessures auxquelles les expose le calendrier infernal du rugby moderne.

On a presque eu l’impression que huit mois sans jouer ne se sont pas écoulés depuis le match splendide de cette équipe au Principality Stadium face à ces mêmes Gallois, tant l’allant offensif et la grinta défensive des Bleus a fait merveille devant les hommes de Wayne Pivacs. Et si deux essais ont été encaissés, il faut souligner l’abnégation des tricolores dans des situations qui auraient pu, il y a encore quelques temps, se terminer dans leur en-but.

Il reste que des inquiétudes demeurent s’agissant de la discipline, qui leur faisait déjà un peu défaut lors du Tournoi, a été encore une fois trop intermittente hier soir. Certes, on nuancera en reconnaissant qu’une majorité des 16 (!) fautes françaises ont été commises sur des phases offensives, traduisant des insuffisances dans les soutiens sur les rucks. Néanmoins, outre que ces fautes offensives représentent une autre source d’inquiétude à une semaine de la confrontation face aux Irlandais et leur science du pourrissement des regroupement, elles se traduisent par autant d’occasions de scorer perdues d’un côté et données de l’autres. Ce chantier est clairement prioritaire pour Fabien Galthié et son staff.

Notons enfin qu’une autre inquiétude a pu naître hier soir, mais côté gallois.

Cette équipe si dure au mal, si accrocheuse, si redoutable d’efficacité, a été l’ombre d’elle-même. Alun-Wyn Jones a vraiment fait son âge, Dan Biggar n’est plus le métronome d’autrefois dans son jeu au pied, et la troisième-ligne galloise n’a plus le même rayonnement qu’il y a encore un an, quand les diables rouges remportaient sans coup férir le dixième Grand Chelem de leur histoire. Et les quatre défaites de rangs désormais enregistrées par cette équipe n’autorise plus vraiment son sélectionneur à plaider la thèse de l’accident.

Pour faire court, le XV gallois entretient depuis quelque temps une furieuse impression de fin de cycle quand les Bleus donnent l’impression de débuter le leur.

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