Eloge de la patience

Le Stade toulousain a remporté samedi le Bouclier de Brennus, donnant à son palmarès extraordinaire l’éclat d’un chiffre rond : 20 titres, soit six de plus que le Stade français – dont une bonne moitié a été glanée dans les premières années d’un championnat de France qui se réduisait à quelques clubs, neuf de plus que l’ogre Biterrois qui écrasa de son pack d’airain le rugby des années 70 et 80.

Pour parvenir à inscrire une nouvelle fois son nom sur le précieux « bout de bois », le Stade toulousain a battu un Clermont qui aura un peu donné l’impression de n’avoir toujours pas décroché de son paletot son étiquette de perdant magnifique, malgré deux trophées remportés en 2010 et 2017.

Impatients de mettre fin à cette fichue série de quatre défaites en finale face à Toulouse, les Clermontois ont bafouillé leur rugby et laissé filer au score un adversaire pourtant à leur portée, comme en témoigne le score final (24-18).

Bête noire de l’ASMCA qu’il a donc battue une cinquième fois, le Stade toulousain aura su faire preuve sur ce match d’une vertu qui aura un peu manqué aux Auvergnat samedi soir, vertu cardinale de ce club, tout particulièrement depuis 2015 : la patience.

En prenant les rênes de Toulouse en juillet 2017, Didier Lacroix a choisi de maintenir le manager Ugo Mola à son poste, malgré une saison totalement ratée, le Stade terminant à une peu enviable douzième place. Sans céder à ceux, nombreux, qui en réclamaient la tête, Didier Lacroix a renforcé la cohérence de l’approche sportive du club, avec une coordination plus poussée entre formation et équipe professionnelle, en plaçant à des postes clés quelques anciens coéquipiers totalement en phase avec l’objectif de rendre à Toulouse non seulement la première place en Top14, mais également son leadership dans l’approche « totale » du rugby qui a longtemps fait sa légende.

De la patience, donc, les dirigeants toulousains en ont fait preuve, pour laisser Ugo Mola tâtonner encore lors de la saison 2017-2018 pour finalement trouver cette année le bon équilibre entre jeunesse et expérience, entre combat et évitement, entre défense de fer et attaque de feu.

L’approche sportive impulsée par Ugo Mola a porté ses fruits, la finale reproduisant sur 80 minutes le film d’une saison remarquable : le Stade a d’abord défendu de manière admirable, mêlant intensité et intelligence, ciblant les faiblesses clermontoises et profitant de l’incapacité auvergnate à sortir proprement de son camp. La pression défensive des hommes d’Ugo Mola a étouffé ceux de Franck Azéma, avant que les attaquants toulousains ne bonifient superbement quelques occasions de scorer, peu nombreuses mais décisives.

Le Stade toulousain est un beau vainqueur, qui a planté les graines d’un succès que certains le verraient bien cultiver encore plusieurs années. Car il est du rugby comme du jardinage : la patience est toujours durablement récompensée.

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