Du Nord au Sud, et du Sud au Nord (1ère partie)

Nous retrouvons François-Xavier pour la suite de ses pérégrinations au Pays du Soleil levant. Dans la première partie de ce récit, il ne sera pas question de rugby mais de culture…et d’agriculture.

Les Bleus ont quitté Tokyo et moi aussi. Cependant, contrairement à eux, j’ai  dédaigné la voie des airs, rendue aléatoire par la météo, pour traverser l’interminable banlieue tokyoïte vers Fujiyoshida. La climatisation torrentielle m’ avait infligé un début de sinusite. L’altitude et le bon air ont vite fait de rétablir mes fonctions aériennes.

A l’ombre du Mont Fuji, les tokyoïtes goûtent fort cette villégiature, qui leur permet de fuir leur trop grande ville. Ils y retrouvent la nature, dont l’urbanisation les prive, et un climat plus sain que la torpeur humide dans laquelle ils baignent quotidiennement.

Certains paysages me rappellent, mutatis mutandis, mes terres lointaines. Le riz est en train d’être récolté grâce à des moissonneuses à peine plus hautes que leur conducteur. Les prémisses en sont même recueillis en vue des cérémonies de couronnement de l’empereur le mois prochain. Une viticulture, attestée depuis plus d’ un millénaire, a permis l’élevage de vins depuis le début de l’ère Meiji. Le cépage local, le Koshu, favorisé par les terres volcaniques, est bichonné par les viticulteurs locaux, qui le font croître sur treille et préservent les grappes des pluies  par un emballage subtil. Le vin blanc qui en est tiré est très digne d’intérêt et soutient parfaitement la comparaison avec certains de ses homologues du sud de la France. Les rouges, quoiqu’en retrait, ne manquent pas de charme. Il est vrai que le cabernet ou le merlot, entre des mains expertes, ne peuvent pas tourner au malhonnête. En revanche, le rosé n’est, à mon sens, heureusement pas exporté.

La traversée des alpes japonaises me mène ensuite au bord de la mer du Japon à Kanazawa. Ancienne capitale d’ un état libre bouddhiste, elle a été intégrée au Japon au cours des guerres qui ont scandé la fin du seizième siècle. Le clan Maeda qui a dirigé cette province jusqu’ à l’ère Meiji, a fait prospérer l’artisanat, dont un des fleurons est le battage de l’or. Encore pratiqué, il vise à créer des feuilles d’or, d’une épaisseur inférieure au micron, qui participeront à la confection de ces objets où l’artisanat confine à l’art.

Cette étape fut également pour moi l’occasion de découvrir les jardins japonais. Celui de Kanazawa, dénommé Kenkoru-en, est l’ancien jardin d’ agrément des invités du clan Maeda. Leur but était d’offrir un environnement isolé, reposant, rafraîchissant aux hôtes du daimyo, le gouverneur de la province. L’organisation subtile de l’hydrographie, le raffinement de l’agencement et la minutie du travail des jardiniers atteignent parfaitement ce but.

Ces lieux auraient pu me retenir plus longtemps mais l’appel de la route se faisait impérieux. Une journée d’autocar allait me faire replonger dans le maëlstrom urbain de la conurbation d’Osaka. Après avoir parcouru des fonds de vallées, enserrés par des pentes raides et boisées, troués par des oasis habités, je suis arrivé dans la Manchester de l’extrême-orient.

Usant volontairement de mots communs différents du nippon standard et s’affichant de manière extravertie, Osaka est la rivale affichée de Tokyo. Il y a, entre elle et la capitale japonaise, quelque chose du « derby » Berlin-Munich au pays du soleil levant. L’ancien centre de la révolution industrielle s’est attiré les foudres de l’aviation américaine durant la seconde guerre mondiale. Osaka est encore le poumon économique du pays, mais n’a gardé de son passé que son château qui veille toujours sur la ville.

La proximité de Kobé m’a naturellement incité à goûter son boeuf. Je l’ ai fait sous la forme du teppan-yakki, méthode de cuisson popularisée en France par le film « l’aile ou la cuisse ». J’ai eu droit au même cérémonial, autour d’ une plaque chauffante où le cuisinier jongle litérallement avec les ingrédients. Le but n’est bien sûr que de mettre en valeur cette viande succulente, qui allie la texture du foie gras et la saveur de la viande du charolais. (A suivre…).

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