Dopage : les uns et les AUT

C’est peu dire que l’information a pris des airs de coup de tonnerre. Trois joueurs du Racing92 pris la main dans le panier, ou plutôt dans la boite à pharmacie ! Dans son édition du jour, le quotidien l’Equipe a révélé que des corticoïdes ont été été retrouvés dans les urines de trois joueurs, dont Dan Carter, prélevées au soir de la dernière finale du Top14.

Comme souvent, l’information brute a rapidement donné lieu aux affirmations les plus péremptoire. Et très vite, le mot a été lâché : dopage. Et certains supporters toulonnais n’ont pas manqué de réclamer l’annulation du résultat du championnat. Les choses, on s’en doute, ne sont pas aussi simples. Et le débat désormais se cristallise autour de la question des AUT : les autorisations à usage thérapeutiques.

Ces AUT permettent à des sportifs de haut niveau soignés pour des problèmes de santé de s’aligner en compétition malgré la prise de substances médicamenteuses figurant sur le tableau des produits dopants car elles ont des conséquences directes ou indirectes sur la performance. Ainsi, s’agissant des corticoïdes, le site de l’assistance publique – hôpitaux de Paris en décrit ainsi les effets :

Les corticoïdes améliorent les capacités mentales et physiques des sportifs et sont donc considérés comme des substances dopantes.

Les corticoïdes pris sous forme de comprimés, sous forme d’injection intramusculaire ou intraveineuse ou par voie rectale sont interdits (sauf cas particuliers) chez les sportifs participant à des compétitions.

Différentes actions des corticoïdes sont recherchées par les sportifs les utilisant comme substances dopantes :

  • pendant l’effort, les corticoïdes aident à fournir le glucose nécessaire à la poursuite de l’effort
  • grâce à leurs propriétés anti-inflammatoires, ils permettent par ailleurs de limiter l’inflammation tissulaire et la sensation de douleur liée à cette inflammation
  • grâce à leurs effets sur le système nerveux central, les corticoïdes diminuent la sensation de fatigue et induisent une sensation d’euphorie, potentialisant ainsi l’effort physique
  • enfin, à l’issue de l’effort, les corticoïdes permettent de reconstituer les stocks de glycogène consommés au cours de l’exercice

Il faut cependant noter qu’une consommation prolongée de corticoïdes conduit à des lésions musculaires et tendineuses défavorables à la poursuite d’un exercice physique de qualité.

En tant que telles ces substances sont clairement dopantes. Mais on ne saurait conclure hâtivement au dopage car ces corticoïdes sont très régulièrement utilisés pour des « infiltrations », ces injections qui calment la douleur et permettent à des athlètes en délicatesse avec une articulation (comme Dan Carter) ou un tendon de participer à une épreuve sportive. Pour éviter d’être en délicatesse avec les autorités anti-dopages, les médecins des clubs peuvent donc obtenir ces fameuses AUT, autrement dit des certificats attestant de l’usage strictement médical de corticoïdes. Il est même possible de s’en passer, mais cela implique de le déclarer avant un contrôle puis de le justifier devant une commission médicale.

Certains opposants aux AUT considère que si le sportif doit prendre des substances médicamenteuses, c’est pour se soigner. Et que s’ils doivent se soigner, ils ne doivent pas pratiquer de sport. Cette position peut sembler extrême car on ne voit pas pourquoi un professionnel devrait cesser son activité si celle-ci reste compatible avec sa maladie (par exemple l’asthme) ou avec son pépin physique. Le vrai coeur du problème réside bien plutôt dans la prolifération des AUT qui peuvent être perçues comme autant de sauf-conduits pour le dopage. Ce que résume cette exclamation célèbre : « les sportifs de haut niveau, ces grands malades ! ».

S’agissant des trois joueurs du Racing92 incriminés, le club a fait savoir qu’il avait fait les démarches nécessaires pour recevoir leurs infiltrations. L’incident est clos ? Pas tout à fait. Malgré eux, Dan Carter et ses coéquipiers ont relancé le triste marronnier du dopage dans le rugby. A en croire certains, ce sport serait globalement épargné, hormis quelques cas d’utilisation de « substance récréatives » (cannabis, cocaïne) ingérées en troisième mi-temps. Pour d’autres, comme Laurent Benezech qui a défrayé la chronique il y a quelques temps, le dopage est bien présent dans cette discipline. Mais les preuves manquent pour étayer les soupçons.

En attendant de véritables et hypothétiques révélations, quelques-uns sont pris par la patrouille et sont présentés comme des cas isolés. Et les AUT se multiplient.

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