Des coups de pied qui se perdent…pour l’instant

Jean-Pierre Rives le disait des Anglais. Qu’ils ne perdaient jamais, mais que « parfois, on les bat ». Cet aphorisme dont l’ancien capitaine du XV de France a le secret, semble aujourd’hui correspondre moins au XV de la Rose qu’aux All Blacks. Leur suprématie sur le rugby mondial est telle que la Coupe du Monde ressemble désormais au Tour de France cycliste, où le suspens ne porte plus sur le nom du vainqueur mais seulement sur les accessits.

Pour illustrer cette domination sans partage, il suffit de regarder combien, en faisant chuter la Nouvelle-Zélande chez elle par une courte marge de deux points, l’Afrique du Sud a plongé ses supporters comme ses joueurs dans un océan de félicité, à croire qu’elle avait remporté le Rugby championship et pas seulement l’une de ses manches, repoussant de quelques jours le triomphe annoncé des hommes en noir. Et tant pis si ce succès doit beaucoup à la faillite au pied de Beauden Barrett, qui a affiché des statistiques indignes des standards internationaux.

C’est sans doute pénible à admettre, mais il semble aujourd’hui difficile de battre les All Blacks sans bénéficier de leur part d’un coup de main (de pied, en l’occurrence). Ce week-end, les points laissés en route par leur buteur ont précipité leur chute, et le manque de réussite récurrent de Beauden Barrett dans ce domaine a certainement dissuadé le capitaine Kieran Read de lui faire tenter le drop dans les ultimes instants de la rencontre, alors que la situation s’y prêtait.

Parler de talon d’Achille pour qualifier le jeu au pied des All Blacks est tentant, et pas seulement pour le jeu de mots. Mais il faut se garder de céder à cette tentation. Parce que ce n’est pas le jeu au pied dans son ensemble qui est concerné, mais seulement l’exercice des tirs au but. Le jeu de déplacement, les coups de pieds tactiques, demeurent sinon irréprochables, du moins très efficients. Le taux de réussite erratique de Beauden Barrett constitue une donnée que le sélectionneur des All Blacks a très certainement prise en compte en vue de la prochaine Coupe du monde.

A cet égard, il y a fort à parier que le niveau de jeu actuel des Néo-Zélandais, en retrait par rapport aux deux dernières saisons, avec des scories inhabituelles, est lié à la proximité de la compétition mondiale. A moins d’un an de l’édition japonaise, Steve Hansen et ses hommes cachent sans doute une partie de leur jeu, pour mieux surprendre le jour J.

Et s’il y a des coups de pied qui se perdent aujourd’hui, c’est peut-être pour mieux gagner demain.

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