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Avr 26

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Champions du monde des amateurs

S’il fallait ne retenir qu’un qualificatif pour évoquer la présidence actuelle de la Fédération Française de Rugby, celui d’amateur s’imposerait d’évidence. D’abord parce que c’est sur ce mot, ou plutôt cette notion, que s’est articulée la campagne électorale de Bernard Laporte, ce qui lui a très clairement permis de remporter un succès plutôt inattendu. En affirmant vouloir redonner la parole aux clubs amateurs qui constituent le cœur du rugby de France, l’ancien entraîneur de Toulon a séduit un électorat lassé de voir les décisions se prendre au plus haut niveau sans avoir la moindre voix au chapitre.

Mais c’est aujourd’hui sur un autre plan que le terme « amateur » revient dans la bouche d’un grand nombre d’observateurs plus ou moins engagés de la chose ovale : celui de la gestion du XV de France. Il ne se passe pas une journée sans qu’une annonce n’intervienne s’agissant de la composition du staff qui succèdera à Jacques Brunel. Le sentiment qui domine est celui de l’improvisation.

Après avoir été mis en minorité dans un référendum aussi inopportun dans sa conception qu’attendu dans ses résultats, Bernard Laporte a dû se résoudre à abandonner son projet de désigner un sélectionneur étranger et chercher la perle rare sur le marché national. Pour ses têtes d’affiche, le choix se révélait délicat, puisque presque tous les candidats potentiels étaient sous contrat avec leurs clubs respectifs et qu’à deux mois de la fin de saison, les débaucher paraissait compliqué et coûteux. Exit, donc, les Azéma, Mignoni et autres Mola. Il ne restait donc plus que les entraîneurs libres de tout engagement. Dans cette catégorie offrant plus d’embarras que de choix figurait donc Fabien Galthié, qui a été finalement désigné, et Raphaël Ibañez, lui-aussi disponible.

Sur le papier, le second qui officiera sous les ordres du premier, aura comme tâche de mettre de l’huile dans des rouages que le caractère de Fabien Galthié semble régulièrement contribuer à gripper. Il faudra voir sur le terrain si la combinaison des deux hommes fonctionne ou pas. On rappellera qu’Ibañez s’était porté candidat à la succession de Philippe Saint-André en 2015. Là, il ne sera pas le patron mais le numéro deux…

Alors qu’on annonce également Laurent Labit – dont le travail avec les trois-quarts du Racing92 n’a pas toujours fait l’unanimité chez les amateurs de French flair et William Servat pour s’occuper des avants, l’impression reste vive d’un bricolage subit plutôt que de plan savamment orchestré.

On passera sur le fait que les intéressés sont finalement des ixièmes choix pour conduire une équipe pour laquelle, il n’y a pas si longtemps, tout entraîneur normalement constitué aurait tout abandonné pour la rejoindre. Il est en revanche plus inquiétant de constater que ce nouveau staff n’aura pas été choisi par Fabien Galthié même, il faut quand même l’espérer, il l’aura été avec son accord. La nuance n’est cependant pas neutre.

Par ailleurs, le fait pour le futur sélectionneur de figurer d’ores-et-déjà dans l’organigramme actuel, même en qualité de « consultant » apparaît comme un facteur de difficulté : il lui sera plus difficile, en effet, d’assoir sa légitimité après sa participation à la Coupe du monde 2019 si celle-ci, comme on peut le craindre, se termine par un fiasco. La gestion des « sortants » du groupe France (ceux sur lesquels il ne souhaitera pas s’appuyer à compter de 2020) pourrait aussi être rendue plus délicate.

Enfin, la désignation de Fabien Galthié et de son staff n’est pas le produit d’une réflexion d’ensemble sur le rugby professionnel français et la façon d’organiser sa vitrine en harmonie avec le reste du magasin. La dernière sortie de Mourad Boudjellal, furieux de voir son ancien entraîneur lui chiper l’actuel préparateur physique du RCT, n’augure d’ailleurs rien de nouveau dans le domaine pourtant crucial des relations entre le XV de France et le Top14.

On sait déjà que l’équipe de France ne sera pas championne du monde en 2019. Et au vu de ce qui se passe actuellement, il est prématuré de nourrir aujourd’hui le moindre optimisme pour l’édition suivante. La FFR, en revanche, peut sans ambages continuer à revendiquer une stature mondiale dans le domaine de l’amateurisme.

On a les titres qu’on peut. Ou qu’on mérite…

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