Castres, barragiste de l’inutile

Le 2 juin prochain, le Castres olympique tentera d’arracher au Montpellier Hérault Rugby le cinquième bouclier de Brennus de son histoire, cinq ans après le dernier obtenu devant le Rugby club toulonnais. Mais quels que soient ses mérites (ils sont très grands), le CO n’a pas franchement les statistiques pour lui.

En effet, depuis 2011 et l’instauration des barrages, seules deux équipes classées au-delà de la quatrième place de la saison régulière sont parvenues en finale : Montpellier en 2011 et Castres (déjà), en 2014. Les deux fois, ces formations classées sixièmes étaient opposées au club leader du championnat et se sont inclinées. Le CO sera dans la même configuration samedi. Une défaite viendrait renforcer le camp de ceux qui estiment que les barrages n’apportent rien au Top14.

Les statistiques, déjà très parlantes s’agissant des finalistes, le sont encore plus si l’on se penche sur les demi-finales. Entre 2011 et 2018, six clubs classés 5ème ou 6ème ont atteint ce stade de la compétition, ce qui représente un taux de qualification de 19%. Il n’y en avait aucun en 2012, 2013, 2015 et 2016. Les saisons 2013-2014 et 2017-2018 font figure d’exception avec deux représentants en demies.

Les règles de barrages avantagent les formations mieux classées puisqu’elles bénéficient du terrain. On sait que le rugby français est particulièrement sensible à ce facteur qui prend des airs de privilège tant les chances de victoire pour les visiteurs leurs sont défavorables. Mais cet avantage du terrain n’est pas le seul motif à l’insuccès chronique des barragistes les moins bien classés. Il faut simplement reconnaître que sur la durée d’une saison, les clubs terminant aux 3ème et 4ème rangs sont logiquement mieux armés pour l’emporter.

Cette remarque conduit naturellement à s’interroger sur la pertinence de ces barrages. A part l’argument financier, qui n’est jamais très loin lorsqu’il faut justifier les choix du rugby professionnel, on ne voit pas bien. L’intensité, le suspens ? Pour le suspens, il faut le dire vite, comme en témoignent les statistiques présentées plus haut. L’argument de l’intensité est quant à lui recevable, mais il porte en creux une critique sur le format même du Top14 : pourquoi devoir attendre les phases finales pour obtenir ce qu’on serait en droit d’attendre de la saison régulière ? Tout simplement parce que ces phases finales assorties d’un calendrier à rallonge induisent une perte d’intérêt pour les vingt-six journées qui les précèdent. Il suffit de rappeler que la lutte pour le maintien génère chaque année davantage de passion que celle pour les six premières places du classement.

Les phases finales sont consubstantielles au rugby français. Mais rappelons que jusqu’en 2004, la saison régulière de première division était organisée selon le principe de poules de classement indépendantes (les clubs se rencontrant uniquement au sein de leur poule). Il était donc logique d’organiser une phase éliminatoire pour déterminer le champion. Depuis maintenant quinze ans, une seule poule regroupe l’ensemble des clubs qui se rencontrent deux fois. Des phases finales ne présentent donc plus de pertinence sur le plan strictement sportif. On peut le regretter mais c’est un fait.

Les maintenir relève d’un parti-pris historique et financier au sens large : l’effervescence créée par les phases finales entretien l’écosystème auquel participe activement un diffuseur dont elles gonflent les audiences. Demeure néanmoins la question des barrages : quand le champion de France est, depuis l’origine de leur introduction, systématiquement issu des quatre premiers du classement, il est difficile de ne pas conclure à leur inutilité. Ecosystème ou pas.

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