Carton vert au rugby français !

La crise sanitaire que nous traversons a remis sur le devant de la scène des considérations écologiques sous-jacentes depuis de très nombreuses années. Jamais le monde ne s’était senti aussi concerné par ces questions de développement durable et surtout la responsabilité que cela implique chez tout un chacun. Nous, amateurs de rugby, le sommes tout autant. L’écologie est un sujet qui colle à nos valeurs de respect et de nécessité d’agir en commun. Cet article ne constitue en rien un manifeste pour l’écologie et le développement durable. J’aimerais n’avoir à convaincre personne de son bien fondé mais c’est surtout que je laisse cette tâche à des personnes bien plus spécialisées que moi sur le sujet et qui sauront mettre en avant des arguments implacables. Cet article aspire ainsi à autre chose : réfléchir sur le rôle que doit jouer le rugby dans ce nouveau paradigme écologiste.

Alors que les compétitions sont à l’arrêt, qu’on les repense afin de les adapter au contexte sanitaire actuel, le moment semble opportun pour les penser d’un point de vue écologique. Les compétitions professionnelles de rugby ont un impact majeur et très néfaste sur l’environnement. A titre d’information, un aller-retour Paris-New York en avion émet autant de CO2 que devrait en émettre au maximum un citoyen sur une année afin de ne pas contribuer au réchauffement climatique. Alors faire voyager une trentaine d’équipes dans une douzaine de destinations sur tous les continents afin de disputer les World Series est-il compatible avec nos convictions ? De la même manière les équipes du Top 14 qui partent en déplacement en avion pour de simples questions de confort doivent-elles avoir conscience du choix d’une alternative bien plus polluante que le train et bien moins respectueuse de l’environnement.

Le modèle économique du rugby repose sur la consommation à outrance. Acheter des maillots qui changent tous les ans, multiplier les produits dérivés tous plus inutiles les uns que les autres magnifiés par le logo qu’ils arborent… Nos comportements sont irresponsables. Les clubs de 4e série n’ont pas besoin de porte-clés au nom du club ou de bracelets en plastique fabriqués en Chine pour connaître une ferveur authentique. Les joueurs n’ont pas besoin d’avoir un nouveau jeu de maillot chaque semaine, des t-shirts d’entrainements et sacs à foison pour être performants. La marchandisation du rugby pousse ses acteurs à ignorer des convictions qui pourtant sont ancrées au plus profond de nous, jeunes gens de la génération Z. Cette marchandisation on la retrouve aussi dans l’utilisation qui est faite de l’image du rugby. Total bénéficie de la médiatisation de la section paloise pour promouvoir ses activités et la consommation d’hydrocarbures, l’équipe de France elle-même faisait aussi l’apologie de la consommation de véhicules personnels de prestige grâce à son sponsoring par BMW, Air France a aussi longtemps sponsorisé le Paris Sevens. Le rugby est un sport qui attire le plus souvent des entreprises qui partagent ses valeurs comme de nombreuses mutuelles et, en ce sens, échappe à la responsabilité de promouvoir les activités polluantes de nombreuses entreprises.

Mais est-il possible d’imaginer un autre rugby ? Un rugby où les compétitions ne devraient pas être toujours plus internationales pour que règne la performance ? La coupe du monde de football de 2018 avait émis 2,1 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions de 200 000 français sur une année, les événements internationaux sont les bourreaux de notre planète. Alors qu’attend-on pour créer un rugby qui pense aux jeunes joueurs, non pas en adaptant les règles pour éviter qu’ils ne se mettent en danger, mais en pensant au monde qu’il va leur laisser ? Un rugby qui revienne à l’authenticité, qui continue à s’ancrer dans la localité, qui utilise sa force médiatique pour montrer l’exemple et sensibiliser ceux qui lui accordent de l’importance. Le rugby a des valeurs, a lui de montrer qu’elles sont réelles. Certains clubs de football ont entamé la marche, mettant en place des systèmes de récupération des eaux ou encore réduisant leur utilisation d’engrais et fongicides pour l’entretien des pelouses. Le gouvernement français commence à se prononcer quant à la nécessité de faire du sport un appui à la sensibilisation au développement durable. Alors quand verra-t-on un joueur marquer un essai, retirer son maillot avec en dessous un t-shirt en coton écoresponsable sur lequel règne en lettres vertes le slogan « Earth Life Matters » ?

De nombreuses initiatives existent aujourd’hui dans le rugby et elles ne cessent de se multiplier, mais la prise de conscience est encore trop lente. Nous n’avons plus de temps à gaspiller en disant qu’il faut laisser faire le temps. La prise de conscience doit être massive et efficace. J’attends du rugby que j’aime qu’il mette à profit son aura, ses valeurs et sa capacité à fédérer une communauté pour se responsabiliser et apparaître comme un acteur responsable. J’attends de chacun d’entre nous d’y contribuer et j’attends surtout des dirigeants et des joueurs de prendre ouvertement position.

Antoine Duval

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