Beau…et désespérant

Même s’ils ne le criaient pas sur les toits, les Springboks venaient en Nouvelle-Zélande pour décrocher un résultat, et pourquoi pas accrocher le scalp des All Blacks. Ils repartent chez eux avec les valises lestées de la plus lourde défaite jamais enregistrée par une équipe sud-africaine dans l’histoire des confrontations entre les deux nations : cinquante-sept points encaissés, pas un seul inscrit. C’est une déroute qui impressionne et désespère à la fois.

Impressionnante, cette victoire l’est non seulement par son ampleur mais également par la manière dont elle a été acquise. Les plus pointilleux des observateurs relèveront quelques difficultés en mêlée – le pilier gauche Kane Hames n’étant pas le premier choix de Steve Hansen, et des imprécisions en touche. Pour le reste, ce fut un récital comme les All Blacks seuls savent l’exécuter : rucks ultra-rapides, soutiens omniprésents, justesse des gestes, intelligence des choix.

La légende prétend que leur surnom provient d’une faute typographique, un « l » ayant été ajouté à la phrase « they are all backs » : « ce sont tous des arrières ». Rarement comme ces dernières années les All Blacks n’ont été aussi fidèles à leur légende. A l’image du deuxième-ligne Brodie Retallick à la conclusion d’une contre-attaque de quatre-vingt mètres, les avants néo-zélandais sont capables de jouer les ballons comme des trois-quarts. C’est bien sûr l’une des forces de ces All Blacks, mais ce n’est pas la seule. La défense est à l’unisson de l’attaque, aussi économe que pertinente. En contrôle ou en « rush » quand la situation l’exige, capables de ralentir le jeu à proximité de leur en-but et sachant patienter jusqu’au bon moment pour gratter le ballon, les All blacks ont réalisé face aux Sud-Africain une performance hallucinante de justesse.

Tout cela laisse l’amateur de rugby béat d’admiration…et aussi légèrement désespéré. Cette équipe semble devenue imbattable au point qu’on regarde ses matchs comme une démonstration de savoir-faire. Chatouillée par les Lions britanniques et irlandais cet été, les All Blacks ont repris leur marche impériale sans qu’on n’éprouve un nouvel espoir de les voir chuter. Peut-être le match retour en Afrique du Sud verra-t-il les hommes d’Allister Coetze relever la tête et prendre leur revanche ? Au vu de la raclée infligée aujourd’hui, une telle perspective reste très hypothétique. L’Australie en octobre ? C’est peut-être plus envisageable. La tournée d’automne ? On peut rêver d’un exploit français, mais les derniers résultats du XV de France en Afrique du Sud ne prêtent pas à l’optimisme. Et les Néo-Zélandais éviteront leur plus sérieux adversaire du moment, le XV d’Angleterre.

A force de gagner, les All Blacks risquent-ils d’ennuyer ? Sans doute pas. Mais à l’image des Harlem Globe Trotters, qui enchantaient les amateurs de basket il y a quelques années, le spectacle d’un ballet bien réglé ne suffit pas à faire oublier le manque de sel d’une possible défaite. On se résigne presque désormais à voir gagner les Néo-Zélandais.

Et la résignation n’a jamais procuré de plaisir…

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