Avec le rugby Kids festival, l’ovalie s’arrondit

Marcelia et les jeunes de Terres en Mêlées pendant la demi-finale de la Coupe du Monde Angleterre-Nouvelle-Zélande

À première vue, on ne remarque qu’elle tant son sourire rayonne. Pourtant elle est bel et bien entourée de monuments du rugby mondial. Conrad Smith, Jonny Wilkinson et les épaules du Dark Destroyer Thierry Dusautoir ne parviennent pas à lui faire d’ombre. Au contraire, eux aussi l’admirent. Elle ne les a pas connus avec un maillot sur les épaules. C’est qu’il n’y a pas de télévisions dans son village de la côte saphir de Madagascar. Pourtant, elle n’est pas moins légitime qu’eux pour se rendre au rugby Kids Festival organisé par la Société Générale en marge de la Coupe du Monde au Japon. Pourquoi ? Parce qu’elle représente l’avenir du rugby mais surtout, elle inspire des jeunes davantage qu’aucun capitaine de l’équipe de France ne pourra le faire.

Cette femme s’appelle Marcelia.

Qui est Marcelia ? Cette jeune femme a découvert le rugby en 2011 lorsque les éducateurs de l’association toulousaine Terres en Mêlées ont posé leurs sacs dans un village de pêcheur à une semaine de taxi brousse de la capitale malgache. Mère à treize ans du petit Cristiano, elle a trouvé dans le rugby le secret de son émancipation. Très vite, elle s’impose sur les terrains de sable sur lesquels elles et ses copines se confrontent aux villages voisins. Elle prend des initiatives, elle entraîne les enfants du village, les garçons l’admirent. Pour la première fois le respect qu’elle inspire est unanime, dans son village plus personne ne la regarde avec sa condition de femme mais ils la voient comme celle qui joue au rugby.

Sélectionnée comme capitaine dans l’équipe régionale créée et financée par Terres en Mêlées, elle se rend pour la première fois à la capitale Tana pour affronter des filles de tout le pays. L’issue du tournoi, Christophe Vindis la conte magnifiquement dans le documentaire La jeune fille et le ballon ovale : championnes, les filles repartent dans leurs villages et commencent à représenter bien plus qu’une simple équipe de rugby. Il s’agit de modèles d’émancipation et de réussite dans des territoires marginalisés et délaissés par le gouvernement. Terres en Mêlées et son partenaire principal la Société Générale s’attachent à cette jeune fille qu’ils amèneront jusqu’au Stade de France pour donner le coup d’envoi fictif du match France-Pays de Galles disputé en février 2018. Ambassadrice, elle ira aussi jouer avec les joueuses de l’équipe de France et raconter son expérience à des enfants d’écoles toulousaines comme à des cadres de la fédération française. À son retour, Marcelia est nommée parmi les cinq femmes les plus influentes de l’année à Madagascar par la première dame du pays et est décorée pour son implication pour changer la condition féminine à « Mada ». 

Marcelia a grandi et est devenue éducatrice pour Terres en Mêlées. Grâce à la fondation Société Générale, elle a eu l’opportunité d’amener huit jeunes joueurs et joueuses de son île au rugby kids festival organisé au Japon du 23 au 27 octobre dernier, et d’assister avec eux à la demi-finale de Coupe du monde. Des enfants de Chine, de Corée, d’Inde, de Taïwan, d’Australie ou encore du Vietnam se sont rencontrés à l’occasion de ce festival aux vocations culturelles et sociales. Au programme, une journée d’échanges mutuels, de nombreuses visites, un tournoi de rugby, une journée de découverte de la culture japonaise et une sortie de sensibilisation à l’écosystème aquatique à l’aquarium de Yokohama. Pour les accompagner, des joueurs ambassadeurs du groupe bancaire et, bien sûr, Marcelia, accueillis chaleureusement par les enfants ravis de pouvoir prendre des photos et signer des autographes avec ces rugbymen au parcours si différent. 

Au-delà des sourires et de la belle histoire de Marcelia, recentrons-nous sur l’intérêt d’un tel festival.

Certains parleront d’une sorte de greenwashing social de la part d’un groupe bancaire qui contribue à l’exploitation de certains pays, africains notamment, à la faveur du profit. Peut-être n’est-il pas infondé de l’avancer, il est même important de le garder à l’esprit, mais ne nous y limitons pas. Si tout n’est pas désintéressé, il faut souligner l’impact positif de la fondation qui finance des projets dans des régions où l’État est absent et où les moyens manquent. Seuls les entrepreneurs locaux agissent mais avec des ressources trop souvent limitées en considération des besoins. Le rugby de demain est un rugby privé, un rugby financé par une combinaison d’acteurs économiques locaux comme globaux. Ce rugby de demain, c’est le rugby pour le développement. Un rugby qui a un pouvoir intégrateur, un impact social positif mais aussi et surtout un rugby éducatif, un rugby qui colle aux valeurs du XXIe siècle, un rugby des objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU.

Les fédérations bien implantées restent leader dans leurs pays et il n’est pas question de remettre ce principe en cause mais à une époque où l’image d’une entreprise est importante, le rugby en profite et les associations aussi. Madagascar, Togo, Maroc et Burkina Faso pour Terres en Mêlées, Colombie pour Passe au large, Cameroun pour la Serge Betsen Academy … Les projets ne manquent pas, seuls les financements sont contraignants. World Rugby pourrait même sembler être devenu un acteur mineur du développement du rugby au vu de l’impact de tous ces acteurs. Vous l’avez compris, il s’agit d’un appel à faire vivre ce rugby qu’on aime. 

Mais quel lien avec l’arrondissement de la planète ovale évoqué dans le titre de cet article ? Il est sous nos yeux. Ces acteurs amateurs de rugby qui se mobilisent de par le monde pour partager leur passion avec le plus grand nombre font émerger de nouveaux foyers rugbystiques. Afrique, Asie, Amérique centrale, tant de régions où les pratiquants du ballon ovale ne sont pas légion mais qui peu à peu se placent sur la carte du monde du rugby. On se rapproche plus de la planète football où tous les pays sont présents que de la planète rugby qui a défini le siècle précédent.

Le rugby se globalise, chaque année, de nouvelles fédérations sont reconnues par World Rugby. Le rugby devient planétaire. Mais le changement le plus radical réside en l’origine des joueurs que l’on trouve sur le terrain. Pendant longtemps, ces joueurs étaient chirurgiens, hommes d’affaires, avocats… les joueurs de demain viennent des bidonvilles, des villages de pêcheurs, de villes perchées dans les Andes. Le rugby est allé vers ceux qui ne pouvaient pas l’atteindre. Et quel succès. Alors que le rugby semble perdre de la vitesse en France, il ne cesse de se répandre dans les pays en développement et de nombreux enfants apprennent la vie grâce à lui, ses valeurs, et ses entraîneurs passionnés et dévoués. Car si cette tribune est aussi l’occasion de féliciter tous ceux qui s’investissent au quotidien pour le rugby, il s’agit aussi de remercier les bénévoles qui font tenir le rugby que ce soit en France ou dans le monde. 

La Société Générale l’a bien compris dans ses campagnes de publicité. L’avenir, c’est nous. L’avenir du rugby repose sur nos épaules, faisons-en un sport utile pour la société. 

Antoine Duval 

Pour en savoir plus sur l’association Terres en Mêlées : http://terres-en-melees.com/

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