Auld alliance, mais pas trop…

Alors que la FFR se démène pour trouver des causes aux défaillances de son protocole sanitaire et attend (espère ?) un report de la rencontre qui doit opposer le XV de France – ou ce qu’il en reste compte tenu du nombre de titulaires touchés par la COVIC-19 – à son homologue du Chardon, la Scotish Rugby Union a fait savoir qu’elle comptait bien disputer le match dimanche prochain au Stade de France. Et tant pis pour les Frenchies s’ils doivent aligner une équipe bis ou ter.

Alors que certaines mauvaises langues insinuent que les Ecossais profitent de la situation pour augmenter leurs chances de victoires en affrontant un adversaire très amoindri, la SRU avance des soucis de mise à disposition de ses joueurs par les clubs anglais où ils évoluent pour justifier sa position.

Il faudrait avoir une sacrée dose de mauvaise foi pour en vouloir aux Écossais de tenir à jouer dimanche plutôt que d’accepter un report. Les supporters des Tricolores, qui le sont aussi de leur club de cœur, savent combien les relations entre les sélections et les employeurs des internationaux sont délicates et réclament des compromis. Celui trouvé par la SRU avec ses interlocuteurs anglais ne semble pas permettre un report et il faut en prendre acte.

Certains diront que la Auld Alliance n’est plus ce qu’elle était, et que le professionnalisme a mis à mal l’amitié franco-écossaise, une amitié nouée au fil des siècles et qui s’exprime désormais pour l’essentiel dans les relations tissées par nos deux nations autour d’un ballon ovale.

Si l’amitié franco-écossaise est une réalité, il faut néanmoins se garder d’avoir une vision trop idyllique des choses et rappeler qu’en matière de rugby, nos « cousins » à tartans – en tout cas leurs dirigeants – n’ont jamais été vraiment très bien disposés à l’égard des « Froggies ».

Cette méfiance envers la France s’est d’abord manifestée dans les réticences écossaises à envoyer le XV du chardon sur le continent. La première rencontre entre les deux équipes nationales a ainsi été organisée le 22 janvier 1910, soit quatre ans après le match inaugural du XV de France face à l’Angleterre.

Dernière Home nation à accepter les Tricolores dans le giron du Tournoi, l’Ecosse fut la première à les boycotter en 1913, après une rencontre marquée par des incidents non pas sur le terrain mais dans les tribunes. Les supporters français, peu au fait des règles du jeu et déjà fortement empreints de chauvinisme, avaient vertement manifesté leur désapprobation à l’égard de l’arbitre anglais, accusé de favoriser les visiteurs écossais, pourtant supérieurs dans le jeu.

Le XV d’Ecosse boycotta donc celui du coq lors du Tournoi 1914. Les cinq années que dura la première guerre mondiale et la fraternité d’armes née de ce conflit aplanir le ressentiment celte et les Ecossais retrouvèrent les Français sur le pré en 1920, quand la compétition sportive repris ses droits.

Pourtant, les dirigeants de la SRU n’avaient pas pour autant perdu toute méfiance à l’égard de Français jugés violents et, plus grave encore, peu rigoureux dans l’application des sacro-saints principes d’amateurisme dont les Ecossais furent, plus encore que les Anglais, les plus farouches défenseurs.

En 1931, les accusations d’amateurisme marron adressées par les Home Nations à la France du rugby furent particulièrement sévères de la part de la SRU, partisane d’une position dure à l’égard d’une FFR confronté à la révolte d’un certain nombre de ses clubs. Et c’est cette position dure qui l’emporta, provoquant le bannissement du XV de France, bouté hors du Tournoi. Il fallu attendre 1946 pour que celui-ci pût de nouveau affronter ses homologues d’Outre-Manche.

En 1951, de nouvelles menaces de boycott planèrent sur la FFR et, encore une fois, les Ecossais ne furent pas empreint de la plus grande bienveillance devant le rapport accablant présenté devant l’International Board pour fustiger les comportements français.

En 1985, l’idée d’organiser une coupe du monde de rugby, initiée par Albert Ferrasse, fut très débattue par l’IRB, au sein de laquelle l’Ecosse opposa la plus ferme résistance au projet français. Lorsque, finalement, le projet fut adopté, l’Ecosse, encore elle, défendit sans succès le principe que les matchs disputés durant cette compétition ne comptent que pour une sélection unique…

Le communiqué de presse diffusé lundi par la SRU doit être compris à l’aune de cette histoire sportive un peu mouvementée entre l’Ecosse et la France. S’il ne s’agit pas pour nos « vieux alliés » de remettre en cause une très longue tradition d’amitié, ils n’ont jamais fait passer celle-ci devant l’idée qu’ils se font du rugby et, bien naturellement, de leurs intérêts sportifs.

Auld alliance, donc, mais pas trop, s’agissant de ballon ovale.

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