Always blame the french (referee) !

World Rugby vient de désigner Jérôme Garcès pour arbitrer la finale de la Coupe du monde entre l’Angleterre et l’Afrique du Sud. Si l’ensemble de la communauté ovale française se félicite de cette décision, il n’en est pas de même, loin s’en faut, sur les réseaux sociaux voire chez certains médias anglo-saxons.

Ces réactions témoignent d’abord d’une vieille défiance de nos amis outre-Manche pour tout ce qui vient de France. Après tout, il faut rappeler que la FFR n’a été invitée à la table de l’IRB, devenue World Rugby, qu’en 1978. L’édition 2019 de la Coupe du monde est la neuvième de l’histoire, et c’est seulement la première à être dirigée par un Français…

Ensuite, les critiques sont le fruit d’une croyance tenace chez les supporters Sud-Africains selon laquelle Jérôme Garcès serait « anti-Springboks », comme en témoignerait le ratio de défaites / matchs dans lesquels le sifflet était confié au Palois. On rappellera, après Mark Twain, qu’il y a trois sortes de mensonges : les petits, les gros, et les statistiques. Nul défiance de la part de l’arbitre français, seulement l’application du règlement, comme il s’est toujours attaché à le faire en toute circonstance.

Enfin, on a bien senti dans la presse outre-Manche, en particulier galloise, que la campagne de dénigrement organisée à l’encontre de Jérôme Garcès avait pour corolaire le soutien de la candidature de Nigel Owens, alors que celle de l’Anglais Wayne Barnes, favori logique, était invalidée par la présence du XV de la Rose en finale. Visiblement, ce lobbying médiatique n’a pas eu le succès escompté, même si est avancée une blessure au mollet pour justifier l’absence de l’intéressé dans le groupe des arbitres en charge de diriger la partie.

La désignation de Jérôme Garcès répond peut-être à des considérations plus politiques que sportives : après tout, la France organisera la prochaine édition de la Coupe du monde, et la décision de World Rugby témoigne de son soutien au rugby français qui n’a pas été à la fête depuis plusieurs années au plan international, y compris au sein des instances du rugby mondial. Mais il faut surtout retenir que l’arbitre tricolore doit l’honneur qui lui a été fait à l’excellence de ses prestations sur le terrain.

Certes, il n’a pas évité quelques erreurs, mais quel arbitre peut prétendre avoir été parfaitement irréprochable sur ce plan ? On lui reproche une certaine libéralité dans les rucks, mais il faut rappeler que l’arbitrage en rugby obéit à deux impératifs. En premier lieu, il faut trier les fautes, c’est-à-dire relever celles qui empêchent de manière significative le jeu de se dérouler. Tout siffler reviendrait paradoxalement à rendre les matchs injouables. Le second impératif consiste à faire preuve de cohérence. Ainsi, il est possible de faire preuve de bienveillance sur tel ou tel aspect du jeu, mais le faire équitablement, et ne pas sanctionner une équipe quand l’autre le serait pour le même type de faute.

N’en déplaise à ses détracteurs, Jérôme Garcès répond à ces deux attentes. Il sait créer les conditions pour que la décision d’un match ne soit pas dans les mains de l’arbitre mais dans celles des deux équipes qui s’opposent. « Always blame the French ! » dit un adage anglo-saxon. On aurait pu ajouter « referee » sans dénaturer ce dicton.

En attendant de juger sur pièce la prestation de Jérôme Garcès, on rappellera qu’un autre Béarnais avant lui avait su créer les conditions de jeu idéales pour faire entrer un match dans la légende du rugby. Il s’appelait Georges Domercq, et dirigea la rencontre Barbarians britanniques – Nouvelle-Zélande du 20 janvier 1973.

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