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Mai 04

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A la masse

(Photo Max Berrullier)

« L’équipe de rugby prévoit, sur quinze joueurs, huit joueurs forts et actifs, deux légers et rusés, quatre grands et rapides, et un dernier, modèle de flegme et de sang-froid. C’est la proportion idéale entre les hommes »

Combien cette citation de Jean Giraudoux, qui fit le bonheur des amateurs de rugby, semble aujourd’hui dévaluée devant l’uniformisation des gabarits des joueurs professionnels. Désormais, les trois-quarts centres sont aussi grands et costauds que des troisièmes-lignes, qui eux-mêmes ne se distinguent plus vraiment des deuxièmes. Quant aux piliers bedonnants, ils sont devenus une exception quand ils étaient il y a encore vingt ans plutôt la règle, même au plus haut niveau. Seuls les demi-de-mêlée et les ouvreurs semblent un peu épargnés par le phénomène, et encore est-on tenté de ne réserver qu’au numéro 9 la possibilité de jouer dans l’élite en affichant moins de 85 kilos sur la balance.

C’est devenu un truisme, la course à l’armement physique a tué le rugby d’hier pour en faire un sport de collisions. Afin de se prémunir autant que possible des percussions, les corps se carapaçonnent de muscles et la prise de masse devient l’alpha et l’omega du rugbyman moderne. Il ne faut donc pas s’étonner de la montée en flèche des ruptures ligamentaires parmi les joueurs qui se blessent parfois sans avoir subi le moindre choc.

Quand la diversité des situations dans lesquelles ce genre de blessure survient ne permet pas de pointer la responsabilité d’une pelouse synthétique ou d’un préparateur physique défaillant, c’est certainement dans l’approche collective du rugby qu’il faut chercher : l’uniformité du phénomène d’athlétisation à outrance des rugbymen professionnels, et le calendrier surchargé qui ne permet pas aux corps de se reposer comme ils le devraient, sont sans doute des motifs à prendre en considération pour expliquer la fragilité croissante des organismes et la recrudescence des traumatismes.

Avec les commotions à répétition, les blessures ligamentaires représentent une pierre dans le jardin fort encombré du rugby aujourd’hui frappé – c’est en tout cas une réalité en France – par un phénomène de désaffection qui se matérialise dans la chute du nombre de ses pratiquants et le tassement des audiences télévisées. Un rugby qui peine à répondre aux enjeux posés dans le domaine de la santé comme de sa prospérité.

Un rugby un peu à la masse, en somme.

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