Fév 13

Gueule de bois

Alors que sa situation sportive dépite ses supporters, son comportement en dehors du terrain afflige encore un peu plus tous les amoureux du XV de France. Un incident survenu au soir de la défaite en Ecosse a valu à sept de ses joueurs d’être proprement éjectés du groupe par le sélectionneur, Jacques Brunel. Cette décision survient au nom de l’éthique que les fautifs se doivent de respecter en tant qu’internationaux et qu’ils auraient bafouée.

Si les motifs invoqués pour leur mise à pied sont clairs, il n’en est pas de même des circonstances qui leur ont valu cette sanction. On évoque une bagarre avec des supporters écossais, mais sans que les intéressés ou leur encadrement n’aient apporté d’explication susceptible à ce stade de lever le doute.

Ce qui n’est pas douteux, c’est qu’en demandant à Teddy Thomas, Arthur Itturia, Rémy Lamerat ou Louis Picamoles de faire leurs valises, Jacques Brunel s’est singulièrement compliqué la tâche en vue d’un match face à l’Italie qui ne se présentait déjà pas sous les meilleurs auspices avant cette mesure disciplinaire.

Et que dire de l’image de marque du XV de France, qui n’avait vraiment pas besoin de cet épisode extra-sportif ? Les réactions des observateurs comme des supporters oscillent entre mansuétude à l’égard de ce qui n’est pas la première incartade d’un groupe d’internationaux en goguette et sévérité pour des joueurs qui n’ont pas vraiment fait preuve de lucidité sur le comportement qu’il convenait d’adopter après un huitième match sans victoire.

En tout état de cause, la gestion de cet incident par l’encadrement tricolore n’a pas contribué à calmer les inquiétudes et éteindre les rumeurs. Entre le déni initial du chargé de com et la sanction sévère prononcée par le sélectionneur à l’arrivée – après tout l’intervention de la police écossaise ne s’est pas traduite par des poursuites, assortis de commentaires laconiques distillés par Bernard Laporte, cette affaire a enflé jusqu’à atteindre des proportions gênantes.

Ce qui est sûr, c’est que le XV de France a perdu le sens de la fête, faisant celle-ci quand elle ne se justifiait pas forcément et oubliant la nécessaire retenue que les circonstances comme le statut d’international exigent. Alors qu’elle a enchaîné une deuxième défaite en autant de matchs dans le Tournoi et que les perspectives à court terme ne sont pas franchement réjouissantes, cette équipe affiche aujourd’hui une jolie gueule de bois.

De celui dont on fait les cuillères…

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Fév 11

Festival déchets

Les Bleus de Jacques Brunel ont enregistré leur deuxième défaite en deux matchs. Après avoir failli l’emporter sur le fil face à l’Irlande, ils ont cette fois laissé les Ecossais gagner dans les dernières minutes, en ayant mené au score durant la quasi-totalité de la rencontre. C’est une nouvelle déception à ajouter à la très longue liste des déconvenues tricolores, ouverte sous le mandat de Philippe Saint-André, il y a plus de cinq ans maintenant.

Qu’on nous parle de l’excellent état d’esprit du groupe français ou des deux beaux essais inscrits par l’ailier Teddy Thomas ne changera rien à l’affaire, mal embarquée, de ce XV de France pas plus efficace sous l’ère Jacques Brunel qu’il ne l’était avec Guy Novès. Si tant est qu’ils aient jamais regardé vers le haut, c’est vers la fin du classement que devront désormais lorgner Guilhem Guirado et ses coéquipiers. Il leur faudra gagner face à l’Italie à Marseille dans une quinzaine de jours pour abandonner à Sergio Parisse la triste cuillère de bois. Quant à espérer un succès devant l’Angleterre ou au Pays de Galles, il ne faudra pas trop y compter.

Les bonnes âmes se réjouiront certainement de ces deux essais inscrits par les Tricolores et de leur prestation très honorable en première mi-temps. Les autres soupireront devant les statistiques une nouvelles fois défavorables tant sur le plan de la possession que de l’occupation du terrain, et déploreront une discipline particulièrement déficiente à Murrayfield. Mais il n’est pas étonnant de constater que l’indiscipline française a coïncidé avec la domination offensive écossaise. Quand vous passez une grande partie du temps à défendre, vous vous exposez forcément aux coups de sifflet.

Le banc tricolore n’aura pas pesé sur les débats, à la différence de celui de son hôte, avec en particulier un David Denton qui a rappelé à tous ceux qui l’avaient oublié pourquoi il fut 26 fois titulaires avec le maillot écossais. Lionel Beauxis, titulaire par défaut après la vague de blessures chez les Bleus, aura justifié une mi-temps la hype dont il est l’objet, avant de sombrer avec l’ensemble de ses camarades. Maxime Machenaud a quant à lui profité de la bonne dynamique tricolore dans les quarante premières minutes. Blessé, il a cédé sa place à un Baptiste Serin médiocre comme tous ses camarades remplaçants. Parmi les plus grosses déceptions de ce match, on citera Geoffrey Palis, passé à travers, et Virimi Vakatawa, qui n’est plus que l’ombre du joueur qui illuminait l’équipe de France à 7 il y a trois ans.

On attendait des Ecossais revanchards après leur lourde défaite à Cardiff. Ils l’ont été, mais sans vraiment convaincre qu’ils sont les mêmes que ceux qui ont passé cinquante points aux Australiens l’automne dernier. Aussi brouillons que les Bleus, Stuart Hogg et ses coéquipiers ont multiplié les fautes de mains et les mauvais choix avant de se ressaisir en seconde partie de rencontre. Du déchet, il y en eut beaucoup chez les Français, malgré deux essais de belles factures et, plus globalement, de bonnes intentions. Mais comme au cinéma, on ne fait jamais grand chose de bien avec seulement de bonnes intentions.

Il n’y a désormais plus rien à attendre du XV de France dans ce Tournoi. Et il est à craindre que la disette se poursuive au moins jusqu’à la prochaine Coupe du monde.

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Fév 09

Festival d’essais

Les matchs se suivent et les compositions du XV de France se ressemblent, en cela qu’elles varient avec constance. Cette situation est en grande partie due à la kyrielle de blessures qui viennent priver à chaque échéance l’équipe de France de plusieurs de ses éléments. Le phénomène n’est pas réservé au seul rugby français. Ainsi, nos amis anglais – qui eux aussi, tiens donc, se plaignent d’un calendrier surchargé, font-ils également face à la décimation de leurs titulaires.

La différence entre les deux côtés du Channel réside dans la profondeur du vivier dans lequel peuvent puiser les sélectionneurs. Quand Eddie Jones peut aller chercher des remplaçants dont on a parfois du mal à distinguer en quoi ils sont moins bons que ceux qu’ils remplacent, Jacques Brunel doit se gratter la tête pour trouver un candidat présentable au niveau international.

A cet égard, la titularisation de l’ouvreur Lionel Beauxis, qui n’était plus apparu en bleu depuis presque six ans, illustre parfaitement le constat selon lequel le bassin de recrutement de joueurs taillés pour la sélection affiche aujourd’hui une profondeur de pédiluve.

En rappelant Beauxis et en titularisant Marco Tauleigne au centre de la Troisième-ligne, Jacques Brunel aligne des joueurs qui présentent l’avantage de n’être pas inconnus de lui. L’ouvreur lyonnais a opéré sous le maillot frappé du coq quand le sélectionneur était l’adjoint de Bernard Laporte et le numéro huit de l’UBB a été coaché par Brunel durant un peu plus d’une saison. Cela sera-t-il suffisant pour huiler offensivement le collectif tricolore ? Cela reste à démontrer.

Après la défaite logique enregistrée devant l’Irlande, les Tricolores pourraient bien faire les frais des velléités revanchardes d’Ecossais passés largement à côté de leur match à Cardiff. Le déficit de puissance calédonien, certes accentué par de nombreuses défections dans ses premières lignes, ne constitue plus autant qu’avant le talon d’Achille sur lequel les équipes de France pouvaient s’appliquer à appuyer jusqu’à la rupture. Pour peu que Finn Russell ne perde pas le fil du jeu écossais comme cela lui arrive un peu trop fréquemment, cette équipe sera dangereuse en attaque et certainement moins prévisible que sa cousine irlandaise.

Quant à sa défense, les trente-quatre points encaissés face au Pays de Galles démontrent qu’elle n’est pas imperméable. Mais encore faudra-t-il que les Français ne rendent pas systématiquement le ballon comme ils l’ont fait la semaine passée. Peut-on compter sur une charnière Machenaud – Beauxis pour jouer le jeu de la vivacité et de l’alternance pied/main ? Voire…

C’est triste à dire, mais le seul festival d’essais que le XV de France paraît désormais être capable d’offrir concerne sa composition. Et tant que rien ne sera entrepris pour réformer le rugby hexagonal en profondeur, cela n’est sans doute pas près de changer.

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Fév 04

A un drop du hold up

S’il s’en est fallu d’un drop (magnifique) de Jonathan Sexton pour priver les supporters français d’une victoire aux airs de déjà-vu. Souvenez-vous, il y a deux ans, dans ce même Stade de France, Maxime Médard inscrivait un essai exactement au même moment du match face aux Irlandais qui faisaient jusque là la course en tête. Cette fois, le miracle n’a pas eu lieu. Le coup de pied assassin de l’ouvreur irlandais a conduit au résultat reflétant le mieux la physionomie générale de la rencontre.

L’effet Brunel s’est peut-être concrétisé dans les attitudes des joueurs tricolores, dans leur implication sans faille et leur volonté farouche de ne pas céder devant les assauts irlandais. Mais pas ailleurs, et surtout pas dans la gestion du match. Privés de ballons, les Bleus ont avec constance rendu les quelques-uns qu’ils sont parvenus à grappiller, ne sachant que faire de l’objet les rares fois où ils entreprirent de le conserver. Seul l’éclair de la soixante-douzième minute, conclu par l’ailier Teddy Thomas après une belle course au cœur de la défense irlandaise est venu égayer une bien terne prestation.

De leur côté, les Irlandais n’étaient visiblement pas venus pour mettre le feu aux quatre coins du terrain. Contrôlant parfaitement leurs adversaires, aidés en cela par le manque d’imagination offensive de leurs hôtes, ils ont concrétisé leurs incursions dans le camp tricolore par des points au pied de Sexton. Après tout, il ne leur était nul besoin de faire davantage, puisque les Français se sont évertués à leur offrir les occasions de scorer à peu près à chaque fois qu’ils parvenaient dans leurs quarante mètres.

Il faut y insister, une victoire des hommes de Jacques Brunel aurait été très heureuse, davantage encore que celle d’il y a deux ans. En 2016, au moins, les Bleus avaient-ils dominé territorialement et en termes de possession. Hier, les statistiques étaient favorables aux Irlandais dans des proportions confinant à la caricature, avec près de 70% de domination. Guilhem Guirado et ses copains ont plaqué à 253 reprises contre 113 pour leurs adversaires. A titre de comparaison, le chiffre était de 103 pour les Bleus et 191 pour les visiteurs il y a deux ans. On pourra reprocher également aux Français leur indiscipline, avec 10 fautes sifflées pour un total de 6 aux hommes de Joe Schmidt. Mais quand vous passez votre temps à défendre, cela n’a rien d’étonnant.

Avec une victoire, même relevant du hold up, les hommes de Jacques Brunel auraient certainement bénéficié d’un peu de confiance avant d’aller défier des Ecossais passés à travers de leur match au Pays de Galles. Là, la vérité toute nue s’est affichée à la face du rugby mondial : le XV de France demeure une équipe médiocre, ravalée au dixième rang mondial, derrière l’équipe des Fidji (950 000 habitants, 45000 licenciés).

Derrière les discours convenus, positivant ce qui peut l’être, la réalité d’une cinquième place dans le Tournoi se profile à l’horizon. Jacques Brunel avait promis de se raser la moustache en cas de Grand Chelem. Il doit se féliciter de n’avoir pas fait le même pari pour la cuillère de bois.

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