Août 14

La vie et rien d’autre

Il s’appelait Louis Fajfrowski, était âgé de 21 ans et débutait sa carrière professionnelle au sein du club d’Aurillac qu’il avait rejoint il y a deux ans. Il est décédé au soir d’un match amical de pré-saison, après avoir perdu connaissance dans les vestiaires du Stade Jean-Alric. Plaqué par un adversaire – sans que ce geste ait été jugé irrégulier par l’arbitre comme par les spectateurs du match, Louis Fajfrowski est sorti du terrain sonné mais conscient, avant de faire plusieurs malaises, le dernier s’avérant fatal pour le jeune homme.

La consternation et le deuil ont rapidement cédé la place aux interrogations et à la colère de ceux, de plus en plus nombreux, qui jugent que le rugby professionnel est devenu une machine à broyer ceux qui le pratiquent.

Même si l’autopsie pratiquée sur le corps du malheureux Louis Fajfrowski n’a pas conclu à un rapport direct entre le plaquage et le décès, certains ont d’ores et déjà fait le lien avec l’évolution du rugby depuis l’avènement du professionnalisme il y a vingt ans. La rudesse accrue des contacts, associée à l’augmentation de la densité physique des joueurs et à l’accroissement de leurs qualités athlétiques ont conduit à la multiplication des blessures et traumatismes en tout genre.

Le décès de Louis Fajfrowski, qui n’est pas le premier dans son genre et n’est pas, encore une fois, formellement relié à la violence du choc qui l’a obligé à sortir du terrain, est pourtant porteur d’une charge symbolique forte. D’abord parce qu’il frappe un jeune sportif, ensuite parce que ce malheur survient au sein d’une équipe professionnelle. Enfin, parce qu’il survient peu de temps après l’éviction médiatisé du neurochirurgien Robert Chazal de l’observatoire médical du rugby, institution mise en place par la FFR en octobre 2017 pour surveiller la santé des joueurs, après que ce dernier a ouvertement alerté l’opinion sur l’insuffisance des mesures de prévention actuelles et la nécessité de réformer en profondeur le rugby.

C’est entendu, le rugby a toujours présenté des risques et, dès son origine, a connu des accidents mortels. Mais cela ne doit certainement pas justifier qu’en 2018 on puisse mourir sur un terrain. D’autant que ce qui pouvait autrefois être mis sur le compte de la malchance ou d’une anomalie physique non décelée chez le pratiquant semble aujourd’hui relever d’un risque systémique, inhérent à la pratique elle-même. Alors que l’évitement est devenu l’exception au profit de chocs systématiques à haute intensité, le rugby d’aujourd’hui favorise les situations dangereuses : plaquages hauts, à deux joueurs, déblayages violents dans les rucks (la fréquence de ces derniers étant en hausse exponentielle). Le choix d’aligner de véritables colosses à tous les postes, colosses désormais capables de courir très vite, accroit naturellement les risques pour ceux qui subissent les impacts sans autre protection que leur propre corps.

A cet égard, les renforts en mousse autour des épaules ou les casques ne sont que des pis-aller, tout particulièrement en ce qui concerne les traumatismes crâniens. Comme un automobiliste et sa ceinture, le rugbyman casqué ne peut pas grand-chose pour protéger son cerveau des impacts liés aux chocs subis à grande vitesse…

Alors que faire ? Les idées sont nombreuses, parfois contradictoires, pour diminuer les risques de traumatismes et éviter des drames dont on pressent qu’ils vont se multiplier si les instances dirigeantes ne se mobilisent pas d’avantage. Même si certaines d’entre-elles seront peut-être accusées de remettre en cause les fondements du rugby, un seul impératif doit prévaloir désormais : la vie et rien d’autre.

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Juin 25

XV de France : à moins d’en appeler au Dr Frankenstein…

Les internationaux français vont enfin pouvoir partir en congés. Et comme on pouvait le craindre, ils quittent la Nouvelle-Zélande avec un excédent de bagages. Les trois test-matchs disputés par le XV de France face aux All Blacks se sont en effet soldés par autant de défaites, sur un score moyen de 42 à 13. Et si cette tournée estivale n’a pas provoqué au sein de l’encadrement et des dirigeants fédéraux le même psychodrame que sa devancière en Afrique du Sud, on peut difficilement considérer que le bilan soit fondamentalement meilleur qu’il y a un an.

Certes, les prestations du XV de ce mois de juin 2018 n’ont pas été aussi catastrophiques que lors de la tournée 2017 et les All Blacks sont d’un tout autre calibre que les Springboks actuels. Mais on ne saurait se retrancher derrière ces arguments et quelques bouts de matchs satisfaisants pour tirer un bilan vraiment positif du rugby tricolore à un an de la coupe du Monde.

Les joueurs du XV de France ne sont toujours pas capables de tenir le rythme sur l’intégralité d’une rencontre, comme en témoignent les scores fleuves enregistrés sur les seules secondes périodes. Ils continuent de manquer d’efficacité à proximité de la ligne d’en-but adverse et ne parviennent pas à concilier dynamisme offensif et rigueur défensive, comme si leur logiciel était incapable d’articuler ces deux aspects du jeu.

Face à des All Blacks visiblement en rodage, profitant du troisième test-match pour installer quatre nouveaux capés dans leur effectif, les Bleus ont rivalisé sur quelques séquences seulement. Et s’il est vrai que leur résistance à 14 contre 15 dans la deuxième rencontre est digne d’éloges, il n’en demeure pas moins qu’ils n’ont jamais semblé en mesure de remporter la partie contre des adversaires pourtant clairement à côté de leur sujet.

C’est entendu, les Néo-Zélandais sont au rugby ce que les Japonais sont au Sumo : des demi-dieux à jamais dépositaires d’un jeu qu’ils incarnent sans contestation possible et dont ils condescendent néanmoins de temps en temps à abandonner le leadership à d’autres nations. Il n’en demeure pas moins que sans même parler de rivaliser avec les All Blacks, le rugby français, par son potentiel et sa puissance économique, ne peut se satisfaire d’évoluer aujourd’hui à la périphérie des meilleurs mondiaux.

Malgré des signaux encourageants en provenance des U20 et quelques concessions octroyées par les clubs professionnels à l’équipe nationale, la situation du rugby tricolore reste problématique. Il est à craindre qu’en l’absence de volonté de changer les choses en profondeur, il faille se satisfaire d’éclairs de génies noyés dans un océan de médiocrité, et se raccrocher à des morceaux de matchs pour tenter d’espérer en l’avenir.

A moins d’en appeler au Docteur Frankenstein pour occuper le poste de sélectionneur et donner à ces morceaux épars une forme cohérente, on risque bien d’attendre longtemps un succès du XV de France au pays du long nuage blanc.

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Juin 22

Management barbecue

Le Stade français a décidé de se séparer de plusieurs joueurs (on évoque une dizaine de cas) actuellement sous contrat. Avec cette décision, le club parisien poursuit son opération de renouvellement massif de son effectif avec en ligne de mire l’objectif fixé par son milliardaire de président de soulever le Bouclier de Brennus d’ici trois ans.

La méthode fait jaser, d’autant qu’elle contredit quelque peu la philosophie familiale prônée par la direction du club à l’occasion de la présentation de son projet « Révolution ». La manifestation s’était conclue par un barbecue que plusieurs joueurs mettront certainement un petit moment à digérer.

Il est tentant de faire parallèle avec le Montpellier Hérault Rugby de Mohed Altrad qui avait, la saison passé, profité du même type de réception pour annoncer leur licenciement à plusieurs de ses rugbymen. Au-delà de l’épisode « barbecue », force est de constater la similitude des démarches, empruntant au monde de l’entreprise une brutalité managériale assez discordante avec les valeurs sportives habituellement mises en avant dans le rugby.

Pour autant, la comparaison s’arrête là. Alors que les joueurs licenciés par le MHR n’était pas des seconds couteaux, ceux qui ont été remerciés par le Stade français étaient assez clairement un cran en dessous de leurs coéquipiers et ne faisaient pas partie des joueurs sur lesquels le staff semblait en mesure de bâtir un groupe compétitif la saison prochaine.

Par ailleurs, la montée en puissance de jeunes issus du club auxquels du temps de jeu a été donné et le sera – à en croire les dirigeants – encore davantage à l’avenir doit conduire sinon à l’optimisme du moins à nuancer un peu la critique : l’objectif de promouvoir la formation interne, s’il est tenu, conduira certainement les supporters assez justement courroucés par la méthode employée à l’égard des joueurs licenciés à se montrer magnanime avec le magnat du jus de fruit.

En résumé, il faut croire que les révolutions se font rarement sans couper des têtes, et espérer que le « management barbecue » ne sera qu’un mal nécessaire au club parisien. Un mal nécessaire et, surtout, passager.

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