Pyrrhus sélectionneur ?

Samedi prochain, le XV de France débutera sa série de six matchs automnaux par une confrontation avec la redoutable équipe du Pays de Galles, rencontre destinée à préparer celle qui opposera les Bleus à l’Irlande pour le compte de la dernière journée du Tournoi 2020, reportée pour les raisons que l’on sait.

Ce sont bien six matchs que disputera le XV de France, après que la Fédération française de rugby et la Ligue nationale sont parvenues à un accord sur la mise à disposition des internationaux. Un accord qui, paradoxalement, n’arrange pas franchement les affaires du sélectionneur Fabien Galthié.

En effet, lorsque World Rugby, sans égards pour les championnats professionnels anglais et français, a élargi la fenêtre internationale d’automne pour permettre aux fédérations, étouffées financièrement par la crise sanitaire, d’organiser six rencontres internationales, la LNR avait accepté de laisser les internationaux à la disposition de l’équipe de France pour cinq rencontres. C’était deux de mieux que ce que prévoyait la convention de 2018 organisant les relations entre la sélection tricolore et les clubs.

Mais l’intransigeance de Bernard Laporte, acculé par les déficits à répétitions de la FFR, a conduit les deux instances à un conflit que le Conseil d’Etat a tranché en donnant raison à la LNR, laquelle a maintenu sa proposition. Las, plutôt que de s’incliner, le patron de la fédération a maintenu sa position et menacé de sanctions les clubs qui ne plieraient pas le genou devant son bon plaisir (et celui du trésorier fédéral).

Il faut croire, cependant, que le président de la FFR a fini par écouter ses juristes et accepté de s’asseoir (enfin, pas lui, on a sa fierté…) autour d’une table avec les représentants de la LNR. Au final, un modus vivendi automnal a été trouvé, avec une mise à disposition des joueurs pour les six matchs. On note néanmoins un bémol de taille, puisque chaque joueurs ne pourra pas être inscrit sur plus de trois feuilles de matchs.

Cet accord marque donc, en quelque sorte, un retour à l’esprit de la convention de 2018 plutôt qu’une victoire pour Bernard Laporte. Il obligera Fabien Galthié et son staff à jongler avec une règle de mise à disposition très contraignante. A ceux qui estiment qu’elle permettra au sélectionneur de voir davantage de joueurs, on rétorquera qu’au regard de l’objectif composer une équipe compétitive en vue de la Coupe du monde 2023, chaque match compte pour créer un « esprit club » et roder les automatismes.

C’est donc peut-être une victoire à la Pyrrhus à laquelle Bernard Laporte est parvenue en adoptant une posture de fermeté qui ne s’appuyait sur aucune base juridique solide. Elle a conduit la Ligue à fermer sa position, ce qui était d’autant plus compréhensible que les clubs eux-mêmes sont touchés de plein fouet par la crise sanitaire et que se priver de leurs meilleurs joueurs français (sans parler des internationaux étrangers) n’est pas vraiment de nature à leur faciliter la tâche.

L’avenir dira si ce nouvel avatar de la guerre de positions à laquelle se livre les instances dirigeantes nationales aura eu un impact négatif sur les performances du XV de France. Mais, pour tout dire, on n’est pas franchement convaincu du contraire…

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Non, la Fédération n’a pas « gagné » devant le Conseil d’Etat

Hier, en fin d’après-midi, le Conseil d’Etat a rendu sa décision dans le litige qui oppose la Ligue nationale de rugby à la Fédération française sur la mise à disposition par les clubs professionnels de leurs internationaux au titre des matchs de la fenêtre automnale. Et si elle a débouté la LNR de sa requête, sa décision ne signifie nullement qu’elle ait donné raison à la FFR, contrairement à ce que cette dernière a laissé entendre dans un communiqué au pire tendancieux, et au mieux un chouilla trop optimiste.

Dans ce communiqué, la FFR s’est « réjouie de la décision », pour indiquer ensuite que celle-ci « permettra à l’encadrement du XV de France Masculin de bénéficier des joueurs internationaux conformément à la période internationale du 19 octobre au 5 décembre, telle qu’elle a été définie par la règle 9 de World Rugby. »

C’est aller un peu vite en besogne. Car si, en effet, le Conseil d’Etat a bien rejeté la requête de la Ligue, il n’en a pas moins confirmé qu’elle pouvait à bon droit maintenir sa position consistant à mettre à disposition les internationaux pour une durée inférieure à celle souhaitée par la Fédération.

Le Conseil d’Etat a rejeté la requête qui consistait à demander la suspension de la décision de la FFR de réunir les internationaux durant 7 semaines, afin de disputer 6 rencontres. Le rejet repose sur un constat simple : pour annuler cette décision, il faudrait qu’elle ait une portée juridique. Or le Conseil a rappelé que s’agissant de l’organisation des mises à disposition, c’est la convention conclue en 2018 par les deux parties qui fait foi, convention qui s’inscrit dans le cadre juridique défini par l’article R.132-11 du code du sport. Quant à l’élargissement de la fenêtre internationale décidée par World Rugby, et sur laquelle la FFR s’appuie pour exiger l’extension de la durée de mise à disposition, elle n’a tout simplement aucun effet en droit français.

En rappelant que c’est la convention qui « dit le droit » en la matière, le Conseil d’Etat, loin de donner raison à la FFR, renforce au contraire la position de la LNR. Une position d’ouverture puisque celle-ci propose d’aller au-delà de l’accord de 2018 en permettant au XV de France de disposer de ses joueurs durant cinq semaines pour autant de matchs, quand la convention ne prévoit que quatre semaines et trois matchs.

La Fédération pourra-t-elle passer en force ? Juridiquement, elle serait condamnable, à moins de trouver un improbable accord bilatéral avec les clubs « amis », soutiens de Bernard Laporte afin de ces derniers mettent à disposition leurs internationaux (Agen ou Montpellier, pour citer les supporters les plus convaincus de « Bernie »). Mais dans cette hypothèse, l’image de la FFR, déjà fragilisée, se trouverait sérieusement écornée.

La Ligue comme la Fédération doivent affronter une situation particulièrement difficile, avec des caisses qui se vident sans espoir de se remplir rapidement en raison de la crise sanitaire qui les prive de recettes.

Après son élection contestée, Bernard Laporte parlait de politique de la « main tendue ». Il a l’occasion de mettre ses actes en accords avec ses propos. La saisira-t-elle ? Rien n’est moins sûr, malheureusement.

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Élections à la FFR : L’andouillette commence à sentir fort

« La politique, c’est comme l’andouillette, disait le lyonnais Edouard Herriot, fin connaisseur de l’une et de l’autre, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop. »

Une élection, même à la tête d’une fédération sportive, reste un évènement politique. Et le moins que l’on puisse dire est qu’à cette aune, il est déconseillé aux narines un peu sensibles de trop s’approcher du processus de désignation du prochain président de la Fédération française de rugby.

Entre petites phrases, les attaques ad personam et, dernier coup d’éclat en date, refus de communiquer à la liste adverse les comptes fédéraux malgré l’injonction d’un tribunal, l’actuel président et qui entend bien le demeurer, ne donne pas une meilleure image que celle de ses prédécesseurs contre laquelle, pourtant, il affirmait lutter lors de sa première campagne victorieuse fin 2016.

Malgré les critiques en règles formulées par l’opposition conduite par Florian Grill, Bernard Laporte et sa garde rapprochée n’entendent visiblement pas dévier de leur ligne de conduite actuelle. Il y aurait pourtant intérêt car, d’après certains petits bruits de couloirs, cette attitude produirait un effet inverse à celui recherché, faisant pencher les indécis dans le camp adverse, et avec eux la balance des résultats.

Un nouvel événement vient d’intervenir qui pourrait définitivement coûter son siège au locataire de Marcoussis, avec son placement en garde à vue par la Brigade de répression de la délinquance économique dans le cadre de l’enquête qui le vise, avec Mohed Altrad, pour conflits d’intérêts et favoritisme. Si une garde à vue n’est aucunement synonyme de culpabilité, le symbole fait mal à dix jours du scrutin que Bernard Laporte a maintenu au 3 octobre malgré l’avis du conciliateur du CNOSF de repousser celui-ci de quelques semaines afin de permettre à la campagne de se poursuivre après sa mise entre parenthèses pour cause de crise sanitaire.

La FFR n’est pas la première fédération sportive engluée dans des affaires judiciaires et il suffit d’une rapide recherche sur Google pour constater que les autres disciplines ne sont pas nécessairement des parangons de vertu. Néanmoins, la multiplication des avanies présidentielles écorne chaque jour davantage la réputation d’un sport dont l’image s’est dégradée depuis plusieurs années.

Alors que l’élan né de l’obtention de la Coupe du monde 2023 tend à s’essouffler quelque peu dans le contexte actuel de crise sanitaire, que les clubs professionnels, en conflit quasi-ouvert avec la Fédération, se battent pour sauver leur existence mise en danger par les pertes financières née du COVID, que les clubs amateurs mettent en doute certaines mesures de réorganisation introduites par la fédération et traversent eux-aussi les affres de la pandémies, la réélection de Bernard Laporte qui allait de soi il y a encore quelques semaines n’est désormais plus du tout assurée.

Mais si, aujourd’hui, chaque camp peut envisager la victoire, le rugby français n’aura sans doute rien gagné dans ces élections, sinon la conviction que, décidément, à la FFR plus qu’ailleurs l’andouillette sent particulièrement fort.

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Carton vert au rugby français !

La crise sanitaire que nous traversons a remis sur le devant de la scène des considérations écologiques sous-jacentes depuis de très nombreuses années. Jamais le monde ne s’était senti aussi concerné par ces questions de développement durable et surtout la responsabilité que cela implique chez tout un chacun. Nous, amateurs de rugby, le sommes tout autant. L’écologie est un sujet qui colle à nos valeurs de respect et de nécessité d’agir en commun. Cet article ne constitue en rien un manifeste pour l’écologie et le développement durable. J’aimerais n’avoir à convaincre personne de son bien fondé mais c’est surtout que je laisse cette tâche à des personnes bien plus spécialisées que moi sur le sujet et qui sauront mettre en avant des arguments implacables. Cet article aspire ainsi à autre chose : réfléchir sur le rôle que doit jouer le rugby dans ce nouveau paradigme écologiste.

Alors que les compétitions sont à l’arrêt, qu’on les repense afin de les adapter au contexte sanitaire actuel, le moment semble opportun pour les penser d’un point de vue écologique. Les compétitions professionnelles de rugby ont un impact majeur et très néfaste sur l’environnement. A titre d’information, un aller-retour Paris-New York en avion émet autant de CO2 que devrait en émettre au maximum un citoyen sur une année afin de ne pas contribuer au réchauffement climatique. Alors faire voyager une trentaine d’équipes dans une douzaine de destinations sur tous les continents afin de disputer les World Series est-il compatible avec nos convictions ? De la même manière les équipes du Top 14 qui partent en déplacement en avion pour de simples questions de confort doivent-elles avoir conscience du choix d’une alternative bien plus polluante que le train et bien moins respectueuse de l’environnement.

Le modèle économique du rugby repose sur la consommation à outrance. Acheter des maillots qui changent tous les ans, multiplier les produits dérivés tous plus inutiles les uns que les autres magnifiés par le logo qu’ils arborent… Nos comportements sont irresponsables. Les clubs de 4e série n’ont pas besoin de porte-clés au nom du club ou de bracelets en plastique fabriqués en Chine pour connaître une ferveur authentique. Les joueurs n’ont pas besoin d’avoir un nouveau jeu de maillot chaque semaine, des t-shirts d’entrainements et sacs à foison pour être performants. La marchandisation du rugby pousse ses acteurs à ignorer des convictions qui pourtant sont ancrées au plus profond de nous, jeunes gens de la génération Z. Cette marchandisation on la retrouve aussi dans l’utilisation qui est faite de l’image du rugby. Total bénéficie de la médiatisation de la section paloise pour promouvoir ses activités et la consommation d’hydrocarbures, l’équipe de France elle-même faisait aussi l’apologie de la consommation de véhicules personnels de prestige grâce à son sponsoring par BMW, Air France a aussi longtemps sponsorisé le Paris Sevens. Le rugby est un sport qui attire le plus souvent des entreprises qui partagent ses valeurs comme de nombreuses mutuelles et, en ce sens, échappe à la responsabilité de promouvoir les activités polluantes de nombreuses entreprises.

Mais est-il possible d’imaginer un autre rugby ? Un rugby où les compétitions ne devraient pas être toujours plus internationales pour que règne la performance ? La coupe du monde de football de 2018 avait émis 2,1 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions de 200 000 français sur une année, les événements internationaux sont les bourreaux de notre planète. Alors qu’attend-on pour créer un rugby qui pense aux jeunes joueurs, non pas en adaptant les règles pour éviter qu’ils ne se mettent en danger, mais en pensant au monde qu’il va leur laisser ? Un rugby qui revienne à l’authenticité, qui continue à s’ancrer dans la localité, qui utilise sa force médiatique pour montrer l’exemple et sensibiliser ceux qui lui accordent de l’importance. Le rugby a des valeurs, a lui de montrer qu’elles sont réelles. Certains clubs de football ont entamé la marche, mettant en place des systèmes de récupération des eaux ou encore réduisant leur utilisation d’engrais et fongicides pour l’entretien des pelouses. Le gouvernement français commence à se prononcer quant à la nécessité de faire du sport un appui à la sensibilisation au développement durable. Alors quand verra-t-on un joueur marquer un essai, retirer son maillot avec en dessous un t-shirt en coton écoresponsable sur lequel règne en lettres vertes le slogan « Earth Life Matters » ?

De nombreuses initiatives existent aujourd’hui dans le rugby et elles ne cessent de se multiplier, mais la prise de conscience est encore trop lente. Nous n’avons plus de temps à gaspiller en disant qu’il faut laisser faire le temps. La prise de conscience doit être massive et efficace. J’attends du rugby que j’aime qu’il mette à profit son aura, ses valeurs et sa capacité à fédérer une communauté pour se responsabiliser et apparaître comme un acteur responsable. J’attends de chacun d’entre nous d’y contribuer et j’attends surtout des dirigeants et des joueurs de prendre ouvertement position.

Antoine Duval

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