Fév 18

Les jokers médicaux, la plaie du Top14

Ce week-end, Bayonne et Castres disputeront la dix-huitième journée de Top14 avec des ambitions diamétralement opposées. L’Aviron, quasi-condamné, tentera de bien figurer sur la pelouse de Clermont. De son côté, le club tarnais cherchera à grappiller au moins un point et pourquoi pas davantage à Bordeaux, en vue de conforter sa place de barragiste.

Ces deux formations ont cependant un point en commun : celui d’avoir laissé partir un joueur vers la concurrence en cours de saison. Pourtant titulaire à douze reprises, l’ouvreur bayonnais Willie du Plessis a rejoint Montpellier jusqu’à la fin de la saison. L’ailier castrais Rémy Grosso, moins bien loti en termes de temps de jeu, a quant à lui anticipé son transfert prévu en fin de saison à l’ASMCA.

Tous deux ont été recrutés en qualité de jokers médicaux, remplaçant des joueurs blessés dont leurs clubs respectifs n’ont pas voulu pallier la défection en interne. S’il est compréhensible que soit prévu un dispositif assouplissant les conditions de recrutement, on peut néanmoins s’interroger sur son utilisation accrue par les clubs du Top14.

Elle témoigne du peu de cas que ces derniers font de leurs jeunes joueurs, jamais suffisamment prêts, toujours « trop justes » pour les exigences du haut niveau aux dires des dirigeants. Elle reflète également la réalité d’un championnat ne souffrant aucune prise de risque dès lors que celle-ci pourrait coûter de précieux points. Enfin, elle constitue un curieux paradoxe quand les mêmes qui fustigent le scandale des doublons faussant le Top14 ne trouvent rien à redire à un dispositif dont l’utilisation qui en est faite interroge sur l’impact en terme d’équité sportive et de lisibilité.

Ce recours systématique – pour ne pas écrire « abusif » – aux jokers médicaux, tout comme le système des « joueurs supplémentaires », constitue l’une des plaies d’un championnat professionnel de plus en plus dérégulé, pour le plus grand plaisir des businessmen qui le régentent désormais, bien aidés par des agents sportifs y trouvant leur compte (en banque). On attend maintenant la mise en place de contrats au mois, ou pourquoi pas au match, qui contenteront sans doute tout le monde.

Sauf peut-être les amateurs de rugby, qui n’ont de toute façon pas voix au chapitre.

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Fév 13

Vakatawa ou les limites du contrat fédéral made in France

(DR)

Le rugby est un sport dont la vertu première est certainement de ne jamais laisser les individualités prendre le pas sur le groupe, au nom d’une règle d’or intrinsèque à cette discipline : « sans les autres, tu n’es rien ». Pourtant, cette primauté du collectif ne saurait occulter les responsabilités individuelles des uns ou des autres dans la réussite ou l’échec. Hier, à l’occasion du match entre la France et l’Ecosse, un joueur en particulier a focalisé les critiques : Virimi Vakatawa, auteur d’une performance particulièrement médiocre défensivement et pas beaucoup plus réussie sur le plan offensif.

Sa responsabilité clairement engagée sur les deux essais encaissés par le XV de France, l’ailier fidjien a paru plombé par son entame et a été remplacé rapidement en seconde période, ce qui est assez inhabituel pour un trois-quarts aile. La plupart des critiques à son endroit ont porté sur ses repères défensifs déficients mais elle ont également concerné sa relative discrétion dans le jeu au regard de ses capacités et de ses prestations précédentes.

Certes, la prestation du seul contractuel fédéral n’a pas été beaucoup plus mauvaise que celle de l’ensemble de l’équipe. Cela ne doit pas nous empêcher de poser la question de sa progression à XV et des conditions dans lesquelles il pourrait parvenir au niveau auquel ses qualités exceptionnelles lui permettrait d’accéder.

Sans club, Virimi Vakatawa s’entraîne souvent seul ou participe à l’entraînement des jeunes espoirs à Marcoussis. Ce n’est pas en vain, si l’on juge les progrès qu’il a accompli sur les ballons hauts, qui n’était pas son point fort. Néanmoins, ses carences défensives reflètent un manque d’habitudes qu’il lui sera difficile d’acquérir s’il doit seulement compter sur les rencontres du XV de France. L’image est sans doute caricaturale, mais le Fidjien fait l’effet d’un fruit qu’on ferait pousser hors sol et qui serait bien meilleur s’il s’épanouissait sur le terrain d’un club professionnel.

A cet égard, on notera que les All Blacks, eux-aussi sous contrat fédéral, ne se contentent pas d’évoluer entre eux dans le confort d’une sélection autarcique. Ils disputent une vraie saison, dans des équipes qui les accueillent pour le Super Rugby.

Mais le modèle néo-zélandais, voire celui du Pays de Galles avec ses contrats partagés entre fédération et provinces, est difficilement transposable à la France et ses clubs jaloux de leur indépendance. Comment, dès lors, résoudre la difficultés ?

Quelques pistes peuvent être avancées : négocier un contrat spécifique avec un club après un appel d’offres, instaurer un système de « draft » à l’américaine en privilégiant les clubs venant de monter en Top14 ou laisser les clubs libres de recruter en instaurant des compensations financières en contrepartie de la libération des joueurs…

Rien ne dit, bien entendu, que Virimi Vakatawa ne progressera pas sans modification de son statut. Mais ses performances mitigées au sein du XV de France esquissent les limites du contrat fédéral à la mode FFR.

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Fév 12

Comme un léger sentiment de retour en arrière…

Foin de défaites encourageantes ! Ce soir, face à l’Ecosse, le XV de France a décroché un succès qui lui permet d’éviter de sombrer dans la neurasthénie et entretient l’espoir de bien figurer dans ce Tournoi 2017. Mais on a beau dire que la confiance se nourrit des victoires, celle arrachée par les Tricolores ne devrait pas franchement rassurer le staff comme les supporters.

On était loin de Twickenham aujourd’hui. Maladresses, mauvais choix, soutiens offensifs déficients, les Tricolores ont en outre offert deux essais à leurs adversaires qui auraient pu gagner sans que personne ne crie au scandale. Heureusement, la mêlée française a, comme on l’escomptait, copieusement dominé sa rivale, obtenant de précieuses pénalités qui ont permis à Camille Lopez de meubler le score, cachant la misère d’une performance laborieuse devant de valeureux Ecossais rapidement privés de leur capitaine et maître à jouer Greig Laidlaw.

On retiendra en particulier les carences inacceptables des Tricolores dans les rucks offensifs : quand il n’était pas en retard, le soutien était presque systématiquement inefficace, révélant les insuffisances individuelles en la matière. Pas étonnant, dès lors, que Baptiste Serin – qui plus est amoindri par un coup sur le genou – éprouve les pires difficultés à éjecter rapidement et proprement les ballons.

La conquête en mêlée, on l’a dit, s’est montré à la hauteur et le comportement en touche fut satisfaisant malgré la concurrence des frères Gray. Derrière, les difficultés à combiner rapidement dans le bon timing furent encore une fois patentes, empêchant les Tricolores de concrétiser leurs intentions, à l’exception de leur seul essai, bien amené par des libérations rapides (tiens tiens…) et des courses judicieuses. Cela fait un peu maigre pour une équipe censée vouloir jouer les premiers rôles. C’est même un sentiment de « retour en arrière » qui prévaut, tant certaines situations de jeu ont rappelé un temps qu’on espérait révolu…

À part Kevin Gourdon, de loin le meilleur Français sur la pelouse et Cyril Baille, vraie révélation, difficile de relever des satisfactions individuelles. Chez les avants, la première ligne a fait le métier en mêlée, moins dans le jeu courant, Louis Picamoles fut l’ombre du « King Louis » de Twickenham, Yoann Maestri a une nouvelle fois déçu et Loann Goujon n’est pas parvenu à convaincre que son profil apportait davantage que celui d’un gratteur/récupérateur. Baptiste Serin a été en deçà de sa prestation anglaise et Camille Lopez a apporté de l’eau au moulin de ceux qui le trouvent limité au plan international.

La paire de centres Lamerat / Fickou a alterné le médiocre et le moins bon, même si Gaël Fickou a inscrit un essai et que son compère aurait pu se voir accorder le sien sans un arbitrage vidéo discutable.

Le trident offensif 11-15-14 fut sans conteste la grande déception de ce match. Virimi Vakatawa a été transparent en attaque et décisif en défense…pour l’adversaire. Sa responsabilité est en effet engagée sur les deux essais. Noa Nakaïtaci a rajeuni de 18 mois, affichant un niveau proche de celui de la coupe du monde. Tout comme Scott Spedding, d’ailleurs.

On est sans doute très sévère à l’égard de ce XV de France qui, après tout, l’a emporté. Mais on se doit de l’être avec cette équipe a soulevé trop d’enthousiasme depuis un an pour qu’on se contente d’une victoire de raccroc.

L’impression plus que mitigée qu’on éprouve au soir de ce succès étriqué devra rapidement être gommée. Le public du Stade de France, qui a affiché une belle constance dans son soutien cet après-midi, pourrait bien montrer moins de patience la prochaine fois. Et on ne parle pas d’un président de la FFR qui va avoir du mal à continuer d’afficher (publiquement) son soutien au sélectionneur en cas de défaite en Irlande puis face au Pays Galles. Et au vu des prestations de ces deux équipes ce week-end, cette éventualité est tout sauf improbable.

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Fév 11

Le XV de France sur des chardons ardents

Le froid a repris ses droits sur la capitale, mais il y a fort à parier que l’ambiance sera chaude demain au Stade de France. Entre des Français avides de transformer leur série de défaites encourageantes en succès probant et des Écossais convainquant vainqueurs des Irlandais la semaine dernière, il y a de quoi espérer autre chose que les purges auxquelles, il faut bien le dire, les confrontations franco-calédoniennes nous ont habitués depuis près de vingt ans.

Pour retrouver trace d’un match vraiment enthousiasmant entre les deux nations dans l’enceinte dyonisienne, il faut remonter à 1999. Comme par hasard, ce fut là la dernière victoire écossaise sur le sol français, victoire acquise avec la manière. A cet égard, l’équipe de Craig Laidlaw n’est pas sans évoquer celle de Gary Armstrong, demi-de-mêlée comme lui, dont les coéquipiers l’avaient emporté en inscrivant la bagatelle de cinq essais au moyen d’un rugby de mouvement alerte et séduisant.

Demain, les gazelles de Glasgow (quatre des sept trois-quarts appartiennent au seul club Écossais qualifié pour les quarts de l’ERCC), se présenteront à Saint-Denis avec des arguments offensifs qui ne demanderont qu’à s’exprimer. Il leur faudra bien sûr avoir des ballons pour cela. La mêlée est le point faible des Calédoniens ? Ce n’est pas nouveau, et pas nécessairement handicapant. D’abord parce que le nombre de mêlée a tendance à se réduire dans le rugby actuel, ensuite parce que l’arbitrage du moment semble moins enclin à récompenser le pack dominateur. Enfin, et c’est encore plus important, l’alignement des Highlands est particulièrement efficace en touche. Les Irlandais ont payé pour le constater…

La supériorité écossaise en touche pourrait bien constituer l’une des clés du match de dimanche. D’autant qu’en mettant Damien Chouly sur le banc, Guy Novès s’est privé du capitaine de touche des tricolores. Insuffisamment présent dans le jeu, moins dense physiquement que son remplaçant Loann Goujon, le flanker Clermontois est le seul changement opéré par le sélectionneur après la défaite inaugurale à Twickenham. Il faut espérer que le gain dans le jeu escompté par la présence de Goujon fera plus que compenser l’absence de Chouly dans l’alignement français.

Contre cette Écosse tellement à l’aise dans le jeu désorganisé, Guilhem Guirado est ses camarades devront résister à l’envie de galoper avant d’avoir malaxé leurs adversaires devant, en profitant si possible de leur densité physique supérieure. Même si le spectacle doit en souffrir, il faudra s’appliquer dans la fixation au ras et contraindre en particulier les redoutables frères Gray, plaqueurs infatigables et mobiles, à rester au chaud dans les regroupements.

Les tricolores sont prévenus. Le temps des victoires faciles face aux Écossais est révolu. Ils sont redevenus ces chardons ardents qui tenaient la dragée haute aux Français – quand ils ne les dominaient pas – il y a quelques décennies.

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