Sep 21

La conjuration des imbéciles

Bienvenue dans le monde merveilleux du rugby français ! Un monde où les présidents de clubs s’insultent et se menacent en duel (sic !), où les patrons de la fédération et de la ligue font semblant de s’accepter tout en se menant une guerre sans merci en coulisses, où les joueurs peuvent inventer des stratagèmes pour rompre leurs contrats ou conclure des prolongations avec de substantielles augmentations à la clé, où les supporters deviennent des spécialistes du droit plutôt que de la façon de réussir un deux-contre-un.

Bref, tout va pour le mieux dans le meilleur des World rugby possibles.

Dans une interview au Figaro, Mohed Altrad a finalement fendu sa carapace d’humilité pour laisser entrevoir toute l’ambiguïté de sa personnalité, où l’arrogance et la condescendance le disputent à un esprit de revanche teinté de paranoïa. Pour le président du Montpellier Hérault Rugby, plusieurs présidents du Top14 sont « des imbéciles », ce qui lui a valu une réponse cinglante d’Alain Tingaud – notoirement connu pour n’être pas le plus délicat des contradicteurs. Toujours est-il que ce nouvel épisode de la crise systémique secouant le rugby tricolore plonge un peu plus les amateurs de ballon ovale dans la neurasthénie. Et, il faut le craindre, ce ne sont pas les prochains matchs du XV du France qui pourront leur redonner le moral.

En début de semaine, le landernau du professionnalisme s’était retrouvé à l’Olympia pour y célébrer la Nuit du Rugby. Certes superficiel et sans grand intérêt sportif, cet événement médiatique avait le mérite de faire un peu oublier les remugles des affaires en court. Et les joueurs, premiers concernés par cette manifestation, ne cachaient pas leur plaisir de se retrouver autour d’un verre le temps d’une troisième mi-temps de luxe rue Cambon. Mais la dure réalité du rugby français a rapidement repris ses droits avec les saillies de Mohed Altrad conjuguées à l’annonce d’une possible non application du nouveau protocole commotion prévu par World rugby sur les pelouses du Top14 en raison d’un désaccord entre la FFR et la LNR.

On est assez tenté de reprendre les termes de Mohed Altrad pour qualifier non pas quelques présidents du Top14 mais l’ensemble des dirigeants de ce sport qui affiche aujourd’hui des indicateurs alarmants dont les pertes de licenciés et la dégringolade du XV de France sont les plus visibles.

Bernard Laporte voit dans le dossier « Altrad » la marque d’un complot contre lui ourdi par une camarilla d’ancien fidèles de Pierre Camou et d’une ligue nationale à la botte de Paul Goze. Pour notre part, il est surtout l’une des manifestions d’une plus vaste conjuration. La conjuration d’imbéciles qui tirent collectivement le rugby français vers le bas.

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Sep 16

Beau…et désespérant

Même s’ils ne le criaient pas sur les toits, les Springboks venaient en Nouvelle-Zélande pour décrocher un résultat, et pourquoi pas accrocher le scalp des All Blacks. Ils repartent chez eux avec les valises lestées de la plus lourde défaite jamais enregistrée par une équipe sud-africaine dans l’histoire des confrontations entre les deux nations : cinquante-sept points encaissés, pas un seul inscrit. C’est une déroute qui impressionne et désespère à la fois.

Impressionnante, cette victoire l’est non seulement par son ampleur mais également par la manière dont elle a été acquise. Les plus pointilleux des observateurs relèveront quelques difficultés en mêlée – le pilier gauche Kane Hames n’étant pas le premier choix de Steve Hansen, et des imprécisions en touche. Pour le reste, ce fut un récital comme les All Blacks seuls savent l’exécuter : rucks ultra-rapides, soutiens omniprésents, justesse des gestes, intelligence des choix.

La légende prétend que leur surnom provient d’une faute typographique, un « l » ayant été ajouté à la phrase « they are all backs » : « ce sont tous des arrières ». Rarement comme ces dernières années les All Blacks n’ont été aussi fidèles à leur légende. A l’image du deuxième-ligne Brodie Retallick à la conclusion d’une contre-attaque de quatre-vingt mètres, les avants néo-zélandais sont capables de jouer les ballons comme des trois-quarts. C’est bien sûr l’une des forces de ces All Blacks, mais ce n’est pas la seule. La défense est à l’unisson de l’attaque, aussi économe que pertinente. En contrôle ou en « rush » quand la situation l’exige, capables de ralentir le jeu à proximité de leur en-but et sachant patienter jusqu’au bon moment pour gratter le ballon, les All blacks ont réalisé face aux Sud-Africain une performance hallucinante de justesse.

Tout cela laisse l’amateur de rugby béat d’admiration…et aussi légèrement désespéré. Cette équipe semble devenue imbattable au point qu’on regarde ses matchs comme une démonstration de savoir-faire. Chatouillée par les Lions britanniques et irlandais cet été, les All Blacks ont repris leur marche impériale sans qu’on n’éprouve un nouvel espoir de les voir chuter. Peut-être le match retour en Afrique du Sud verra-t-il les hommes d’Allister Coetze relever la tête et prendre leur revanche ? Au vu de la raclée infligée aujourd’hui, une telle perspective reste très hypothétique. L’Australie en octobre ? C’est peut-être plus envisageable. La tournée d’automne ? On peut rêver d’un exploit français, mais les derniers résultats du XV de France en Afrique du Sud ne prêtent pas à l’optimisme. Et les Néo-Zélandais éviteront leur plus sérieux adversaire du moment, le XV d’Angleterre.

A force de gagner, les All Blacks risquent-ils d’ennuyer ? Sans doute pas. Mais à l’image des Harlem Globe Trotters, qui enchantaient les amateurs de basket il y a quelques années, le spectacle d’un ballet bien réglé ne suffit pas à faire oublier le manque de sel d’une possible défaite. On se résigne presque désormais à voir gagner les Néo-Zélandais.

Et la résignation n’a jamais procuré de plaisir…

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Sep 12

Du champagne et du brouet

Une semaine avant la Nuit du rugby organisée par la LNR, le Top14 a offert le champagne aux spectateurs de plusieurs des matchs des trois premières journées, à l’image d’un La Rochelle – Clermont particulièrement spectaculaire. Indéniablement, on retrouve chez certains joueurs un appétit de ballons qui semblait les avoir quittés ces derniers mois, à l’instar d’un Matthieu Bastareaud transformé dans son jeu comme dans son physique.

Faut-il en conclure que le championnat de l’élite tricolore est désormais à la hauteur des millions d’euros placés en lui par des présidents-mécènes et des diffuseurs prodigues ? C’est loin d’être certain. Car à côté du rugby pétillant proposé à quelques occasions, le Top14 propose aussi le brouet sans saveur de matchs unidimensionnels physico-physiques hachés par les fautes, les coups de sifflets et les interminables séances de video-arbitrage.

Il ne faut pas croire que l’ordinaire du ballon ovale soit réservé aux promus ou aux moins aisés financièrement des clubs de première division. Les plus riches sont aussi concernés, à commencer par celui du meilleur ami de Bernard Laporte (selon le JDD), Mohed Altrad. Bien que repris par un parangon du rugby d’attaque, Vern Cotter, et renforcé de plusieurs recrues ne détestant pas se passer le ballon dans les intervalles, le MHR n’a pas encore livré son meilleur nectar aux assoiffés de beau jeu.

Ne désespérons pas. Le meilleur est forcément à venir. Avec l’enchaînement des matchs, l’arrivée de la Coupe d’Europe et le retour des internationaux blessés ou au repos, gageons que les grosses cylindrées tourneront plus rond dans quelques semaines. Et qui sait si la perspective pour le treizième au classement de jouer un barrage chez le finaliste de ProD2 plutôt que de descendre directement au purgatoire ne va pas libérer joueurs et entraîneurs de l’angoisse d’une relégation qui, dit-on, leur noue les tripes et réduit leurs ambitions de jeu aux plus strict minimum.

En attendant, vivement la prochaine journée de Top14, histoire de reprendre une petite coupe. C’est qu’on finit par y prendre goût.

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Sep 06

Laporte – Goze, le (beaucoup moins drôle) combat des chefs

La hache de guerre semblait avoir été enterrée entre Paul Goze et Bernard Laporte. Mais seuls les naïfs ou les optimistes, qui sont souvent les mêmes, pouvaient penser à un apaisement. Les deux hommes forts du rugby français sont toujours à couteaux tirés, comme en témoigne le dernier épisode en date, celui du « Grenelle de la santé des joueurs professionnels ». Lancé par la Ligue nationale de rugby, ce rendez-vous censé aborder ce dossier très sensible a été ostensiblement boudé par la Fédération française.

Peu importe qu’au final ce sont les joueurs qui pâtissent de cette absence. L’essentiel est visiblement pour Bernard Laporte de couler les initiatives dès lors qu’elles aient un rapport de près ou de loin avec le président de la LNR.

Inutile de dire que pour celui qui a poussé Pierre Camou à la retraite avec un discours de démocratie et de transparence, l’affaire Altrad – Laporte est un coup monté de son homologue de la Ligue. Quand bien même celle-ci a provoqué le départ sur démission de sept membres de la commission disciplinaire d’appel nommés par la FFR, quand bien même le contrat conclu par le président de la fédération avec une société de celui du Montpellier-Hérault Rugby existe bien, et qu’il ait effectivement passé quelques coups de téléphone « maladroits » pour influencer des décisions en faveur du MHR, Bernard Laporte voit derrière tout ça la main de celui qui ne supporterait pas la perspective de voir sa position remise en cause et qui ferait cause commune avec d’anciens affidés de Pierre Camou animés d’un esprit de vengeance.

Le quotidien l’Equipe évoque d’ailleurs dans son édition du 6 septembre un document démontrant très clairement la volonté du Gaillacois d’écarter le Catalan. On peut aisément imaginer que ce dernier ne fasse pas grand-chose pour faciliter la vie de celui qui veut sa tête. Mais à ce stade, aucune preuve de l’implication de Paul Goze dans un éventuel complot n’a été mise en évidence.

Les suites judiciaires qui pourraient être données à cette affaire restent très hypothétiques, même si l’inspection générale de la jeunesse et des sports serait tenue de saisir le procureur de la République si elle constate des faits délictuels. En attendant, le combat des chefs du rugby gaulois risque bien de durer un bon moment. Qui en sortira vainqueur ? Sans doute pas le rugby français qui mérite mieux qu’un remake – en beaucoup moins drôle, de l’album d’Astérix.

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