Mai 23

Exit le fantôme ?

Si la tournée estivale du XV de France a été le théâtre de quelques uns de ses plus grands exploits, force est de constater que ces dix dernières années, elle a surtout produit une série d’échecs retentissants, jusqu’à la pathétique série de test-matchs disputés en Afrique du Sud la saison dernière, désastre sportivo-médiatique, la Tache ultime sur le CV de Guy Novès,  qui a provoqué l’Indignation des supporters et grandement contribué à enterrer les espoirs du Toulousain de demeurer à son poste jusqu’à la prochaine Coupe du monde.

L’arrivée de Jacques Brunel à la tête de la sélection nationale avant le Tournoi des six nations a suscité quelques espoirs : Un homme recueillant une certaine unanimité sur son nom, sinon un Professeur de désir, du moins un entraîneur capable de recréer du lien dans un « club France » enkysté dans la sinistrose et la spirale de la défaite. Malgré des sorties poussives face à l’Ecosse ou l’Italie, la presque victoire devant l’Irlande et aux Pays de Galles et le succès de prestige remporté face au vieux rival anglais ont suscité un frémissement d’optimisme dans le landerneau rugbystique hexagonal. Frémissement très largement atténué par la perspective d’une tournée d’été aux allures de cauchemar.

Pensez donc. Trois Test-matchs chez les maîtres incontestés du ballon ovale, les All Blacks, qui préparent d’arrache-pied la passe de trois au Japon. L’affaire, habituellement compliquée, ne semble pas se présenter sous les meilleurs auspices : début juin, le groupe français arrivera, comme d’habitude, fatigué par une saison aussi longue que les précédentes, et amputé de plusieurs de ses cadres victimes de blessures diverses et variées ou, à l’image du capitaine Guilhem Guirado, épargnés par le sélectionneur pour cause d’épuisement. Face à des joueurs plus habitués aux leçons d’anatomie qu’aux « skills », les hommes de Steve Hansen sont tellement favoris que certains s’inquiètent du taux de remplissage des trois stades qui accueilleront les tests.

La fédération néo-zélandaise tente bien de raviver la flamme des fans des All Blacks en invoquant les glorieux faits d’armes tricolores, en particulier le fameux « essai du bout du monde » de 1994. Mais si le XV de France peut se targuer d’avoir régulièrement été la Némésis de celui à la Fougère, ce n’est pas pratiquer le rabaissement à son endroit mais dresser un constat malheureux que d’affirmer qu’il n’est plus aujourd’hui pour Sam Whitelock et ses copains qu’un aimable sparring-partner avant le Rugby Championship prochain.

Si la cause semble entendue s’agissant des résultats au tableau d’affichage, parlons travail, car il est douteux que Jacques Brunel ait envie de laisser courir en attendant des jours meilleurs cet automne. Nul doute que le sélectionneur voudra profiter de cette tournée pour aguerrir certains jeunes espoirs comme Babillot, Baille ou Lambey et leur donner le temps de jeu qu’ils n’ont pas eu l’hiver dernier, revoir ceux que les blessures ont éloigné des terrains pendant plusieurs mois (Fofana, Sanconnie…), et, d’avantage encore qu’une équipe, continuer à construire un état d’esprit.

Alors, exit le fantôme de l’été 2017 ? Malgré les risques de déroute sportive bien réels, il faut l’espérer, car une rechute replongerait notre rugby dans les affres du doute, à un an d’une compétition mondiale déjà bien mal engagée.

 

 

[Vous l’aurez compris, à l’occasion de ce billet, hommage est rendu au grand écrivain américain Philip Roth, disparu ce jour à l’âge de 85 ans.]

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Mai 18

Salary cap ou pas cap ?

Cette semaine, le Stade français a annoncé plusieurs recrutements en vue de la saison suivante. Et pas n’importe lesquels : Nicolas Sanchez, ouvreur international de la franchise argentine des Jaguares, Yoann Maestri et Gaël Fickou, respectivement deuxième-ligne et trois-quarts centre du Stade toulousain, porteront ainsi le maillot rose du club de la capitale. On se doute bien que ces trois joueurs ne viendront pas pour des clopinettes. Il faudra même au Stade français racheter une partie du contrat de Gaël Fickou à qui il reste normalement une année toulousaine.

Bénéficiant de la manne financière de son président, le très riche Hans-Peter Wild, le club parisien compte bien faire concurrence aux habitués des recrutements dorés sur tranche, dont les plus emblématiques sont Montpellier, Toulon ou le Racing 92. Dans le même temps, l’Union-Bordeaux Bègles a annoncé plusieurs arrivées qui ont nécessité un effort financier assez significatif.

Cette valse des contrats à six chiffres laisse dubitatif sur le respect par les équipes du Top14 du fameux Salary cap, censé limiter les dépenses salariales des clubs, et qui est fixé à 11,3M€ pour la saison à venir. Pourtant, le règlement édicté par la Ligue Nationale de Rugby, qu’on peut aisément consulter sur son site Internet, semble particulièrement drastique. En effet, sont pris en comptes non seulement les rémunérations servies par les employeurs des joueurs mais également les versements effectués par des « parties associées » aux clubs aux « parties associées aux joueurs ».  Ces «parties associées » sont considérées de manière très large, sans qu’un lien juridique soit absolument nécessaire, puisqu’un lien économique peut suffire à qualifier une entité de « partie associée ».

A titre d’exemple, une somme versée par un sponsor au cousin germain du joueur doit être prise en compte dans le calcul de la masse salariale. Idem pour les contrats de cession de droits d’image. A cet égard, le règlement de la LNR cherche à ratisser large dans l’espace (ceux qui versent et ceux qui reçoivent) et temps le temps (les rémunérations perçues après la fin du contrat sont également concernées). De surcroît, le plafond intègrera désormais les contrats espoirs et les jokers médicaux.

Reste qu’au vu des rémunérations annoncées à chaque intersaison, et de l’importance des effectifs professionnels (au moins une trentaine), la question se pose de l’effectivité de ce dispositif. Entre ceux qui fustigent le non respect du salary cap par quelques uns et ceux qui dénoncent l’hypocrisie d’un système contourné par tout le monde, il est difficile d’y voir vraiment clair.

On sait pertinemment que le rugby français, ça ne date pas du professionnalisme, déteste parler d’argent. Il aurait pourtant tout à gagner à afficher clairement la donne. Quitte à instaurer, comme en NBA, une « luxury tax » pour les dépassements, qui ne serait pas une sanction comme celles qui existent actuellement, mais plutôt la contrepartie à des velléités de recrutements dispendieuses.

Il semble vain de vouloir imposer un système rigide, même si son fondement est sportivement et éthiquement justifié. Mais la vérité des prix vaut mieux qu’une situation qui laisse la porte ouverte aux pratiques discutables et aux fantasmes alimentant la défiance plus ou moins généralisée des dirigeants du rugby pro hexagonal.

Alors messieurs les présidents de clubs, rugbymen et agents, cap ou pas cap de jouer la transparence ?

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Mai 13

Champions Cup : l’intelligence au pouvoir

(Photo Gabriel Bouys – AFP)

Et de quatre ! Le Leinster a égalé samedi la performance toulousaine en enlevant un quatrième titre de champion d’Europe devant le Racing92. La finale ne brilla guère que par son suspens, mais l’histoire retiendra que la province Irlandaise a remporté la finale grâce à sa solidité défensive, à son efficacité à scorer dans les moments clés et, peut-être surtout, à une intelligence supérieure à son adversaire.

Car si le Racing92 a rejoint la cohorte déjà bien fournie des clubs français poly-battus en Champions Cup avec cette deuxième défaite en finale, il le doit d’abord à un manque d’intelligence de ses joueurs. Le mot est sans doute fort, mais il a le mérite d’être clair : face à des équipes aussi « cliniques » que le Leinster, on ne peut se permettre d’enchaîner les pénalités en fin de match, et encore moins de lui rendre la balle dans son propre camp comme l’a fait Teddy Thomas dans les dernières minutes de la rencontre plutôt que de sécuriser un match nul synonyme de prolongation.

Le Racing92 a donc dû s’incliner de trois points devant une équipe qui n’aura été devant au score qu’à partir de la 79ème minute et aura profité de deux pénalités idéalement placées pour le coiffer au poteau. La défaite est d’autant plus rageante que le Leinster était loin de dominer les débat comme se l’imaginaient nombre de spécialistes avant la rencontre. Certes, on sentait bien la formation irlandaise un cran au dessus dans l’animation offensive et très bien organisée en défense. Mais ce n’était pas, tant s’en faut, l’ogre censé terrasser son adversaire par plus de dix points d’écart ainsi qu’on pouvait le lire ici ou là.

Il faut rendre hommage à la science tactique des coachs franciliens qui avaient bien préparé leur finale, et à la grande implication défensive de leurs joueurs, au premier rang desquels l’admirable Yannick Nyanga, qui a annoncé la fin de sa carrière à l’issue de la présente saison. Quant à la charnière « bis » formée par Teddy Iribaren et Rémi Talès (entré dès le début de la partie à la suite d’une nouvelle blessure de Pat Lambie), elle aura été presque au rendez-vous. Presque, car quelques coups de pied ratés, en particulier le dernier drop de Talès, ont empêché le sort de basculer du bon côté. Mais ce n’est clairement pas du côté des demis du Racing qu’il faut chercher les raisons de la défaites.

Non, on l’a dit, c’est sur l’intelligence que s’est joué la rencontre. Il fut un temps où les Irlandais ne brillaient que par leur « fighting spirit ». Ce temps est révolu. Pas en ce qui concerne leurs vertus guerrières, mais parce que celles-ci s’accompagnent désormais de qualités techniques et d’une lecture du jeu particulièrement affutée, dont sont malheureusement loin de disposer nombre des joueurs qui exercent sous des maillots français.

Après une période un peu délicate, liée notamment au renouvellement de ses cadres, le Leinster a décroché un trophée que son parcours cette saison justifie amplement, et qui symbolise la domination d’une formation où les neurones sont aussi important que les muscles. L’intelligence au pouvoir, en quelque sorte.

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Mai 11

Un lien de coach à effet

Patrice Collazo n’entrainera plus La Rochelle. La faute à des incompatibilités d’humeurs entre membres du staff, auxquelles la rumeur a ajouté des motifs scabreux, rumeur que le club a fermement – et fort justement – condamnée. Le coach rochelais, qui avait conduit l’équipe des « maritimes » des combats de ProD2 aux joutes pour les Brennus et la Champions Cup, et dont le contrat avait été renouvelé il y a peu, ne sera donc plus aux commandes la saison prochaine.

Le feu couvait visiblement depuis quelque temps, et on ne peut s’empêcher de penser que celui-ci n’est pas sans rapport avec les résultats décevants enchaînés par la formation charentaise depuis plusieurs mois, la privant de phases finales cette saison, elle qui avait failli disputer la première finale de première division de son histoire l’an passé.

Il faudrait être journaliste, et non un simple blogueur, pour mesurer ce que la dégringolade rochelaise doit  à la mésentente larvée puis ouverte survenue entre les membres du staff. A l’appui d’une telle hypothèse, on relèvera cependant que dans deux équipes qui,  elles aussi, ont connu une (très) mauvaise saison 2017-2018, de pareils épisodes conflictuels ont débouché sur le départ d’un ou plusieurs entraîneurs.

Ainsi au CA Brive-Corrèze Limousin, la descente au classement du Top14 a coïncidé avec l’éviction de son manager, Nicolas Godignon, dont le discours ne passait plus, semble-t-il, auprès de ses joueurs. Le départ du manager briviste avait été précédé de celui de Philippe Carbonneau, pour des motifs qui n’ont pas été clairement donnés, mais qui pourraient bien trouver leur source dans les relations entre les deux hommes.

Autre club passé au travers de sa saison, l’Union Bordeaux-Bègles. Pas aidée il est vrai par la défection de Jacques Brunel pour cause de XV de France, l’UBB a de surcroît pâti des problèmes relationnels entre Rory Teague, promu entraîneur en chef et Jeremy Davidson, en charge des avants, problèmes qui ont abouti au départ de ce dernier vers…Brive.

Difficile, au final, de ne pas imaginer un lien « de coach à effet » entre ces brouilles intestines et les échecs de formations concernées. Elles illustrent en tout cas l’impérative nécessité pour un club de disposer d’un staff solide sur ses fondations. Cela ressemble à du bon sens : comment fédérer un groupe, lui donner une cohésion à l’épreuve de l’échec si l’exemple n’est pas donné par ceux chargés de l’encadrer ?

Les épisodes rochelais, brivistes et bordelo-béglais illustrent également  l’importance du facteur humain dans le management, qui ne saurait reposer sur les seules compétences tactiques et techniques des coachs mais aussi et avant tout sur leur capacité à créer du lien. Et d’abord entre eux, ce qui, on le constate, n’est pas forcément évident.

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