Fév 19

Faites vos jeux, rien ne va plus

La composition du XV de France qui affrontera l’Ecosse a été annoncée ce mardi. C’était, paraît-il une demande des joueurs, qui ont désormais la possibilité d’échanger régulièrement avec le staff sur leurs attentes et leur ressenti. Cette innovation tricolore est déjà pratiquée de longue date par les équipes anglo-saxonnes. C’est même la marque de fabrique des All Blacks. Qu’on ne dise pas que le staff français ne fait pas d’effort pour s’améliorer…

La composition du XV de France, donc, a été dévoilée par un encadrement qui ne s’y prendrait pas autrement s’il voulait accréditer l’idée qu’il n’a pas du tout apprécié les sorties médiatiques de Camille Lopez et Morgan Parra en zone mixte à Twickenham. Sorties il est vrai très clairement critiques à l’égard de Jacques Brunel et ses adjoints, accusés de ne pas faire suffisamment travailler leurs joueurs et de ne pas se remettre suffisamment en question.

Exit la meilleure charnière du Top14, au profit d’une paire 100% toulousaine formée d’Antoine Dupont et de Romain N’Tamack, charnière qui pourrait enthousiasmer si le fils de son père n’avait pas passé l’essentiel de son temps de jeu en championnat au centre de l’attaque toulousaine, laissant augurer quelques soucis de repères. On a beau se dire que le turn-over des demis est une spécialité française, le sentiment reste prégnant que parmi les nombreux problèmes de cette équipe, l’instabilité chronique à des postes aussi importants demeure un facteur-clé des contreperformances à répétition du XV de France.

Autre chambardement, au centre de l’attaque tricolore, avec une association Gaël Fickou – Matthieu Bastareaud. Celle-ci avait plutôt bien fonctionné l’an passé face à l’Argentine puis plutôt mal devant les Fidji. En misant sur le courant alternatif qui semble animer cette équipe, on peut peut-être espérer une bonne surprise samedi.

Thomas Ramos sera aligné à l’arrière, et formera un trident qu’on souhaite véritablement offensif avec Damian Penaud, condamné semble-t-il à jouer à l’aile, et Yoann Huget, replacé à un poste d’ailier qu’il maîtrise un peu plus que celui d’arrière. Du moins selon ses admirateurs.

Le paquet d’avants ressemble furieusement à celui qui avait pris la marée blanche à Twickenham il y a dix jours, à l’exception de Wenceslas Lauret préféré à Yacouba Camara qui ne figure même pas sur la feuille de match.

Face à des Ecossais diminués par les absences sur blessure de Finn Russell et Stuart Hogg, excusez du peu, cette composition paraît sur le papier en mesure de s’imposer. Mais la tenace impression de déréliction qui plane sur cette équipe et son encadrement – pour ne pas parler du rugby hexagonal dans son ensemble – fait craindre que ce énième bricolage ne fonctionne pas davantage que les précédents. En conséquence, formuler un pronostic relève d’une véritable gageure.

Bref, comme on le dit dans certains endroits chers au cœur du président de la FFR, faites vos jeux, rien ne va plus…

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Fév 18

Linge sale 2.0

La coïncidence est malheureuse : alors que Hans-Peter Wild, le propriétaire du Stade français, séjourne dans la Capitale et en profite pour faire le point sur la situation et l’avenir du club, ses joueurs se sont inclinés à Jean-Bouin devant le LOU, concurrent très direct aux places de barragistes.

On se doute que l’austère magnat suisse n’a apprécié ni le résultat, ni la manière avec laquelle celui-ci est advenu. Mais pas question d’en avoir une confirmation publique, car Monsieur Wild ne partage visiblement pas le goût de certains de ses pairs pour le lavage de linge sale en public.

Difficile en effet de ne pas opposer le mutisme du propriétaire du Stade français aux propos très durs prononcés publiquement par Mourad Boudjellal à l’encontre de ses joueurs au terme d’une défaite à Agen qui compromet significativement les chances du RCT de participer aux phases finales.

Particulièrement ciblé, le néo-zélandais Julian Savea s’est carrément vu signifier la fin de son contrat (ce qui reste juridiquement improbable). Quant à ses coéquipiers, ils s’en tirent à peine mieux, avec un florilège de flèches à faire pâlir de jalousie Saint-Sébastien.

Le président du RCT n’en est pas à sa première sortie médiatique. Mais celle-ci pourrait bien laisser des traces. Car le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’a pas été très bien accueillie par la communauté des joueurs internationaux, notamment ceux issus de l’Océan Pacifique qui ont d’ores-et-déjà exprimé un certain nombre de critiques via les réseaux sociaux.

Indubitablement, la charge de Mourad Boudjellal ne brille pas par sa nuance. Et le rugby étant ce qu’il est, régler ses comptes publiquement plutôt qu’en famille n’est pas vu du meilleur œil.

Si le premier réflexe est de donner raison à ceux qui critiquent les outrances du président toulonnais et soulignent le risque qu’elles ne soient finalement contreproductives pour son club, on peut néanmoins avancer quelques arguments pour nuancer cette position.

En premier lieu, les contreperformances du RCT en général et de l’ailier All Black en particulier apparaissent suffisamment récurrentes pour ne pas penser que Mourad Boudjellal a déjà fait valoir en interne ses reproches.

Ensuite, la rémunération de l’international néo-zélandais, fixée à l’aune de ses prestations sous le maillot à la fougère, justifie que ce dernier se montre un peu moins économe de ses efforts. Car au-delà des choix contestables de son manager qui peuvent contribuer à expliquer ses difficultés, son manque d’implication devient un tantinet trop évidente pour que Patrice Collazo en endosse seul la responsabilité.

Enfin, de manière plus générale, la génération actuelle de joueurs, et notamment ceux dont les émoluments sont les plus importants, profite assez largement de la médiatisation accrue dont ils sont l’objet, en particulier sur les réseaux sociaux, pour faire fructifier leur image et en tirer des compléments de rémunérations.

Dès lors, même si l’on peut se montrer réservé à l’égard des critiques un peu systématiques formulées par les dirigeants du rugby professionnel à l’égard de leurs salariés, il est difficile de ne pas y voir une évolution que les joueurs eux-mêmes ont contribué à forger.

A l’ère du rugby 2.0, le linge sale se lave désormais dans une sphère qui déborde celle du club. Mais après tout, faut-il totalement s’en désoler ? Car l’histoire de ce sport regorge de bisbilles qui auraient certainement gagné à ne pas rester confinées dans les vestiaires ou les bureaux des hiérarques de la chose ovale.

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Fév 11

Fatalisme mortel

Comme on pouvait le craindre, les soi-disant vertus françaises de combativité et d’imprévisibilité comme armes secrètes susceptibles de faire chuter d’arrogants Anglais auront rapidement montré leurs limites. Environ une minute trente. Le temps pour les joueurs d’Eddie Jones d’inscrire le premier de leurs six essais à des Bleus totalement dépassés, tout juste heureux d’avoir profité d’un relâchement compréhensible de leurs hôtes à la demi-heure de jeu pour marquer quelques points.

Ce qui est le plus effrayant dans cette affaire n’est pas tant le score-fleuve qui a sanctionné la piètre performance tricolore que l’espèce de fatalisme dont les joueurs et leur encadrement semblent désormais faire preuve comme en témoigne la sortie d’Arthur Iturria au micro de France Télévision : « Les Ecossais vont venir chez nous pour nous taper, comme tout le monde maintenant. »

Ce constat lucide en dit long non seulement sur le niveau du jeu français mais sans doute encore davantage sur l’état d’esprit d’une équipe à la dérive. Le staff tricolore, ainsi que l’illustrent les propos lénifiants du sélectionneur après la rencontre, ne paraît plus vraiment avoir de prise sur les événements, si tant est qu’il en eut jamais.

Avant la rencontre, Julien Bonnaire s’est élevé contre certains anciens internationaux dont il ne goûte pas les critiques. Il est pourtant difficile de ne pas comprendre l’incompréhension voire la colère de ceux qui ont porté fièrement le maillot bleu devant la déliquescence d’un jeu qui ne fait plus peur à personne, à part à ses supporters.

Les consultants et les journalistes français ne sont plus les seuls à critiquer ouvertement la situation dramatique du XV de France. Après sa prestation quelconque à Twickenham, notre équipe nationale est devenue la risée de la presse anglo-saxonne. On veut bien croire que celle-ci n’a jamais été tendre avec nous, mais au moins pouvait-on penser qu’il y avait derrière les sarcasmes une forme de crainte devant un rugby capable de terrasser les meilleurs. Ce n’est bien entendu plus le cas désormais.

Alors qu’il faut maintenant envisager la glaçante probabilité d’une cuillère de bois dans le Tournoi (la vraie, celle réservée à l’équipe battue cinq fois dans la compétition, ce qui serait la première depuis 1957), et que la poule de la mort de la prochaine Coupe du monde mérite de moins en moins son nom tant Anglais et Argentins font figure de favoris naturels pour les quarts-de-finales, il serait temps d’arrêter d’attendre des miracles et de se mettre vraiment au travail pour permettre au XV de France de renaître de ses cendres et faire cesser le fatalisme mortel dans lequel il paraît se complaire.

Il faudrait pour cela une réelle volonté de changement, et avoir le courage d’admettre que sans sa vitrine, le championnat professionnel ne suffira pas à enrayer la spirale du désenchantement qui gagne progressivement l’ovalie hexagonale.

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Fév 06

« Sainte-Trouille », épisode 155

Les matchs se suivent et se ressemblent pour le XV de France qui ne sait plus gagner, même en menant de 16 points à la pause. Deux essais offerts aux Gallois par manque de lucidité auront permis aux hommes de Warren Gatland de s’imposer. Et on se dit que même avec vingt minutes et autant de mêlées de plus, les Tricolores n’auraient pas nécessairement trouvé les ressources pour l’emporter.

De leur côté, les Anglais ont triomphé en Irlande où, pourtant, la défaite leur était promise par tous les observateurs de la chose ovale, tant le XV du Trèfle semblait marcher sur l’eau depuis une bonne année. Mais tout porte à croire que le coup de mou de nos meilleurs ennemis qui avait offert un succès inespéré l’an passé à Jacques Brunel n’était qu’une péripétie sur le chemin d’un second titre mondial pour lequel Eddie Jones a été recruté.

Il ne faut pas se leurrer. C’est d’abord question du talent qui s’impose : Owen Farrell est un ouvreur de tout premier choix, les frères Vunipola incontournables devant, la ligne de trois-quarts May-Tuilagi-Slade-Nowell et l’arrière Eliott Daly ont été brillants. Et c’est à peu près toute l’équipe qui pourrait être citée pour sa performance du week-end dernier. Qu’on le veuille ou non, Eddie Jones ne remplacerait certainement aucun de ses titulaires par un joueur français. Même derrière.

Pour autant, il n’est pas non plus douteux, en particulier au vu de leur première période, que les hommes de Jacques Brunel ont en eux un potentiel qui devrait normalement leur permettre de remporter des matchs, y compris contre des Gallois qui pourraient bien réapprendre à perdre dès le week-end prochain. De là à affirmer que le problème est psychologique, il n’y a qu’un pas qu’il est difficile de ne pas franchir.

L’importance de la dimension mentale du sport de haut niveau n’est plus à démontrer. Dans le rugby, elle n’est pas nouvelle. C’est précisément sur elle que Sir Clive Woodward a sans nul doute le plus investi lorsqu’il a pris les rênes du XV de la Rose en 1997, avec le résultat que l’on sait six ans plus tard. En France, les dirigeants semblent éprouver ce qui ressemble à de la honte à aborder frontalement le sujet et admettre qu’ils ne font pas assez dans ce domaine. On peut même avancer qu’ils ne font rien dans ce domaine l’équipe nationale.

Dimanche, les Tricolores se rendront à Twickenham avec l’étiquette de victimes expiatoires sacrifiées sur l’autel du renouveau anglais. A moins, lit-on ici ou là, que l’enjeu ne les transcende. A moins que la peur de prendre une déculottée ne leur apporte le zeste de lucidité qui leur fit si cruellement défaut à Saint-Denis samedi et ne les transforme en combattants héroïques renversant les pronostics les plus pessimistes.

La fameuse « sainte trouille », donc. Celle qu’on invoque avec la régularité d’une pluie d’hiver sur la banlieue londonienne à chaque fois que les défaites précèdent une confrontation avec un adversaire censément plus fort.

Cette antienne apparaît à la fois vaine et paradoxale. Vaine parce que l’histoire du XV de France abonde d’exemples de matchs perdus d’avance qui l’ont été dans les faits – souvenons-nous de la marée noire d’octobre 2015. Paradoxale, car s’en remettre à la « sainte trouille », c’est finalement tenter le ressort psychologique, sur lequel les Bleus devront s’appuyer pour espérer l’improbable.

Alors pourquoi ne pas essayer de recourir aux leviers mentaux de manière active plutôt que réactive alors que la spirale de la défaite paraît si durablement enclenchée ? Il n’y a rien de déshonorant à se faire aider sur ce plan. Car s’il est question de fierté, c’est celle du rugby français dans son entier qui est posée aujourd’hui.

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