Juin 29

Grand Stade : la FFR démarre, ses adversaires s’agacent

Crediter absolument la FFR.

Le grand Stade de la FFR, comme le rêve Pierre Camou (Image FFR)

Vendredi dernier, à Ris-Orangis, sur le site même de sa construction, Pierre Camou, le président de la Fédération française de rugby a signé le contrat de conception-réalisation de son Grand Stade avec un groupement d’entreprise, Ibelys, composé de Icade (filiale « immobilier »  de la Caisse des Dépôts), Besix (construction) et Engie (le groupe industriel énergétique français). Pour l’occasion, Pierre Camou était accompagné du Premier ministre lui-même, venu sur « ses terres », qu’il devrait sans doute rejoindre après son séjour à Matignon. Manuel Valls a de son côté signé le Contrat d’intérêt national (CIN) « Portes sud du Grand Paris ». Le CIN, destiné à soutenir des sites « à fort potentiel », doit permettre de faire émerger un projet d’aménagement ambitieux qui dépasse la seule construction du stade.

Ce soutien de l’Etat au Grand stade s’accompagne de celui de la Caisse des Dépôts, directement intéressée au projet via sa filiale Icade, mais qui devra également mettre la main au portefeuille en qualité d’investisseur financier dans le projet. On sait que la CDC est le bras armé de l’Etat pour ce genre d’opération et l’appui substantiel qu’elle vient d’officialiser auprès de la FFR en dit long sur l’engagement du gouvernement actuel en faveur du projet dont on rappellera qu’il coûtera au moins 600M€ – chiffre naturellement susceptible d’augmenter au regard des précédents chantiers de cette nature.

Naturellement, les adversaires du Grand stade n’ont pas manqué de s’agacer devant ce chiffon rouge agité sous leur yeux par le président Camou. La signature du contrat avec Ibelys marque sinon un point de non retour dans ce dossier, du moins une avancée significative pour ses partisans. A cet égard, il faudrait connaître le montant des clauses de dédit pour avoir une idée plus précise des engagements pris. Les supporters de la liste « Laporte » aux prochaines élections fédérales dénoncent cette situation qu’ils estiment relever de la politique du fait accompli. Derrière Pierre Camou, on rétorque que ce projet lancé en 2009 poursuit normalement son cours. Le casus belli que constitue le Grand stade devrait connaître de nouveaux développements lorsque les dispositions contractuelles seront connues.

Gageons que les deux parties resteront quoiqu’il arrive sur leurs positions. Mais, désormais, la FFR peut faire valoir le soutien de l’Etat. Et les prochaines élections présidentielles et législatives en 2017 ne garantissent absolument pas que celui-ci fera machine arrière à la faveur de résultats favorables aux amis de Bernard Laporte. Une fois lancée, la machine étatique est, souvent, bien difficile à arrêter, même en changeant de conducteur.

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Juin 26

Ce sont les intentions qui comptent

27 à 0. Pour le XV de France. Ceux qui découvrent le résultat du deuxième test-match des Tricolores en Argentine se demanderont certainement s’il ne s’agit pas d’une blague. Et pourtant, c’est bien le résultat inespéré d’un match entièrement dominé par les hommes de Guy Novès – si l’on excepte les vingt premières minutes de réglage au cours desquelles les Pumas ont fait illusion.

Dans un stade de Tucuman que les performances des siens a rapidement calmé, et sur une pelouse qui n’aurait pas déparé à l’Euro 2016, le XV de France a affiché de bien jolies intentions et, c’est encore mieux, a concrétisé certaines d’entre-elles en inscrivant trois essais et deux pénalités. Et encore auraient-ils pu en ajouter un ou deux de plus sans une maladresse ou, pour ne citer que lui, le défaut de maîtrise de Yoann Maestri sur un ruck transformant un essai de Maxime Médard en pénalité en faveur des Pumas. Solides en défense, malgré un taux de plaquages réussis quelque peu en retrait des standards internationaux (88%) et une discipline perfectible (14 pénalités concédées, c’est encore beaucoup trop), les Français n’ont pas encaissé le moindre point, ce qui n’était pas arrivé face aux Argentins depuis le premier match entre les deux formations, en 1949.

Certes, les Pumas ont très certainement accompli leur plus mauvais match depuis des lustres. Certes, les conditions climatiques très difficiles ont sans nul doute nivelé les performances et empêché le XV argentin de développer son jeu, axé sur des libérations rapides et des phases de jeu longues et rythmées. Méconnaissables en mêlée, les hommes de Daniel Hourcade ont été ridicules en touche, perdant cinq de leurs douze lancers.

Mais on ne saurait imputer le résultat d’hier soir aux seules insuffisances argentines. Le travail réalisé par le paquet d’avant tricolore a été très intéressant : la première ligne s’est montrée à son avantage en mêlée, Julien Ledevedec a été impérial en touche et la triplette Picamoles, Gourdon et Goujon a fait preuve d’une belle autorité dans le jeu, démontrant au passage qu’il n’était pas possible d’exister en match international sans puissance physique. La charnière Serin – Trinh-Duc a proposé une animation offensive alternant jeu au ras et au large et coups de pied tactiques, l’ouvreur montpelliérain attaquant davantage la ligne que son compère de la mêlée qui a beaucoup cherché à dynamiser. Le numéro 9 de l’UBB s’est, une nouvelle fois, montré très en vue, et postule sans conteste pour une place durable dans le squad.

Chez les trois-quarts, la paire de centres formée par Gaël Fickou et Rémi Lamerat a été gênée par la défense argentine qui a souvent coupé les extérieurs et ne lui a pas permis d’assurer la continuité du jeu comme elle l’aurait souhaité, mais s’est beaucoup proposée, à l’image du deuxième essai inscrit par le futur Clermontois, après un excellent travail de François Trinh-Duc. A l’arrière, Maxime Médard est également à créditer d’un bon match, n’hésitant pas à relancer les ballons (il a couru 104 mètres balle en mains) et offrant des solutions intéressantes à ses coéquipiers. Seuls les ailiers tricolores ont semblé en retrait, pas aidés par les conditions climatiques, il est vrai.

Cette large victoire peut-elle être considérée comme un match fondateur pour Guy Novès ? S’agissant d’une première victoire à l’extérieur pour le sélectionneur, qui plus est chez le quatrième de la dernière Coupe du monde, on ne peut pas minimiser la performance tricolore. D’autant que les Pumas n’alignait pas vraiment une équipe bis comme ce fut le cas en 2012, quand les hommes de Philippe Saint-André l’avait très largement emporté (49 – 10). L’excellent comportement des néophytes laisse présager quelques pistes intéressantes pour le staff qui aura à certain poste des choix cornéliens à faire. C’est suffisamment rare pour être souligné.

Samedi soir à Tucuman, les bonnes intentions tricolores, tant sur le plan du jeu que sur celui des comportements individuels et collectif sur le terrain se sont concrétisées au mieux. C’est le plus important, même s’il y a encore beaucoup de pain sur la planche pour espérer rivaliser avec les meilleures équipes mondiales.

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Juin 25

Racing92, le Brennus au coeur

ob_67677f_racing-92-logoAprès une saison qui n’a pas nécessairement brillé par son spectacle, le Top14 s’est offert une conclusion magistrale hier soit dans le monumental Camp nou de Barcelone. Et même si le match entre le Rugby club toulonnais et le Racing92 n’a pas atteint les sommets de jeu, cette finale figurera sans conteste parmi les bons millésimes, que notre championnat offre trop rarement aux amateurs de rugby.

Devant près de 100.000 spectateurs, un record absolu pour un match de championnat, c’est Dimitri Szarzewski, capitaine du Racing92, qui a brandi le bouclier de Brennus, mettant fin à une disette de vingt-six ans pour le club francilien. Ce succès, pourtant, était loin d’être acquis. Alors qu’on jouait depuis un peu plus de quinze minutes, un plaquage dangereux de Maxime Machenaud valait à son auteur un carton rouge justifié. On pensait qu’avec ce geste, le demi-de-mêlée du Racing condamnait son équipe à l’échec et la finale au fiasco. Et la progression du score semblait confirmer cette opinion, le RCT prenant huit points d’avance à la demi-heure de jeu.

Mais cette finale disputée dans un environnement extraordinaire ne pouvait pas offrir un dénouement quelconque. Réduits à quatorze, les Racingmen ont serré les rangs et les dents pour grignoter leur retard face à un RCT paradoxalement plus déstabilisé que son adversaire par le carton rouge de Machenaud. Menés de deux points seulement à la pause, les hommes de Laurent Travers et Laurent Labit ont étouffé les Toulonnais dans les vingt première minutes de la seconde période, prenant à leur tour douze points d’avance. Retrouvant un semblant de cohésion et d’organisation, les Toulonnais revenaient à cinq points après un essai opportuniste de Maxime Mermoz. La fraîcheur de quinze varois face allait-elle venir à bout de quatorze franciliens exténués ? Il n’en fut rien. Une mêlée à cinq mètres de l’en-but du Racing pénalisée par M. Raynal signait la fin des espoirs toulonnais d’inverser le cours des choses et la botte de Dan Carter permettait aux siens de garder huit points d’avance au coup de sifflet final (29-21).

Cette victoire du Racing92 est peut-être celle d’un président mécène, Jacky Lorenzetti, qui a massivement investi dans cette équipe, mais à voir les larmes de Chris Masoe, portant dans ses bras la petite fille du regretté Jerry Collins, à constater la fierté d’Henry Chavancy, pur produit du club francilien, devant les deux dates inscrites sur le Brennus – 1892 et 2016, à regarder Dan Carter porter le noeud papillon rose de Philippe Guillard qu’il avait tenu à garder sur lui (dans les replis d’une de ses chaussettes) durant tout le match, on se dit que le Racing92 a su puiser dans ses racines, son histoire et dans des vertus qu n’ont rien à voir avec l’argent la force nécessaire pour résister aux assauts toulonnais et remporter son sixième bouclier.

De son côté, le RCT a livré un match à l’image de sa saison, sur courant alternatif, offrant par moment le meilleur mais proposant le médiocre le plus souvent. Le pack varois s’est montré bien peu efficace alors que la ligne de trois-quart a affiché un manque d’inspiration criant. Quant au pari Leigh Halfpenny, réussi lors de la demi-finale,  il n’a pas fonctionné cette fois-ci. Bernard Laporte, dont c’était le dernier match avec Toulon, n’a pas vraiment eu la sortie que son superbe palmarès avec ce club méritait.

Ce succès du Racing couronne une superbe saison pour le club francilien qui n’est pas passé très loin d’un doublé championnat – coupe d’Europe. Les plus pessimistes pourront avancer que ce parcours valide le modèle controversé défendu par son président. En attendant, hier soir au Camp nou, c’est avec le cœur que les joueurs du Racing ont remporté le bouclier de Brennus.

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Juin 24

Back in ’72

flagLes électeurs du Royaume-Uni ont voté majoritairement en faveur de la sortie de leur pays de l’Union européenne. Les partisans du « Leave » ont facilement vendu à leurs concitoyens des lendemains qui chantent face aux tenants du maintien dans l’Union, incapables de convaincre une majorité d’électeurs que le projet européen était plus bénéfique qu’handicapant pour les intérêts de la Couronne et de ses sujets.

Ainsi donc, ce fameux « Brexit » initié par leur premier ministre David Cameron va ramener les Iles britanniques en 1972, dernière année avant l’entrée du pays dans la Communauté économique européenne.

En 1972, le XV de Galles vit la plus belle période de son histoire, avec trois succès de rang dans le Tournoi. Malheureusement, les tragiques événements irlandais – 1972 est l’année du « bloody sunday » de Derry – ne lui permettront pas de faire la passe de quatre. Dans cette équipe constellée de stars, la charnière constituée de Gareth Edwards et Barry John a fait rêver des générations de rugbymen. L’ouvreur prodige choisit pourtant, en cette année 1972, de raccrocher les crampons à seulement 27 ans. Le 25 mars, il enflamme une dernière fois l’Arms Park et conclut sa carrière sur une victoire face à l’équipe de France, 20 à 6. C’est le jeune Phil Bennett, de Llanelli, qui prendra sa suite avec le bonheur que l’on sait.

Dans le sillage du XV de Galles, les Lions britanniques et irlandais ont mis fin à un grosse décennie de revers en allant remporter une série de Test-matchs en Nouvelle-Zélande l’année précédente. Toujours avec un solide contingent de la Principauté, ils iront faire mordre la poussière aux Springboks deux ans plus tard.

N’en déplaise aux nostalgiques anglais, 1972 et les années soixante-dix dans leur ensemble sont loin d’être fastes pour le XV de la Rose, qui collectionne les mauvaises places au classement du Tournoi. 1972 est d’ailleurs l’année de la sixième cuillère de bois de son histoire, soixante-cinq ans après la précédente. Pour l’équipe de France, 1972 est l’année du dernier Tournoi dans le vieux Colombes. Et avant de partir pour son nouvel écrin du Parc des Princes, le XV tricolore de Walter Spanghero inflige un cinglant 37 à 12 à des Anglais dépassés. En tout état de cause, si le vote de ce jeudi avait impliqué de revenir à 1972 sur le plan rugbystique, il n’est vraiment pas certain que le « Leave » l’aurait emporté en Angleterre…

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