N’en déplaise aux Sicambres

La défaite française en Ecosse n’est pas encore digérée qu’on apprend que l’ultime levée de ce qui aurait pu être un Grand Chelem mais demeure potentiellement une victoire finale dans le Tournoi – ce qui est loin d’être négligeable – cette dernière manche, donc, ne sera pas disputée ce week-end mais à l’automne prochain. La faute à un virus bien plus virulent que ne le furent nos Tricolores face aux Ecossais.

C’est, possiblement, un mal pour un bien. D’ici là, les blessés du week-end (Penaud, Dupont, Chat, Ntamack) et des semaines précédentes (Baille) seront remis sur pied. Et, peut-être plus important encore, la déception comme les enseignements de la défaite de Murrayfield auront, on l’espère, été assimilés par les Tricolores.

Il ne faut pas être spécialiste es psychologie pour déceler dans les propos et les attitudes des joueurs après la rencontre une forme de cassure. Cassure logique dans la dynamique de groupe jusque là positive, qui s’accompagne tout aussi logiquement des premières remises en cause de la part de supporters pressés ou de spécialistes de la chose ovale soucieux de démontrer l’inanité de l’enthousiasme né de trois succès de rangs, dont deux face aux meilleures équipes européennes du moment.

C’est une habitude aussi vieille que Clovis, le fier Sicambre sommé par Saint-Rémy d’adorer ce qu’il brûla et de brûler ce qu’il adora. En France, on aime vouer aux Gémonies celui (ou celle) qu’on a d’abord porté aux nues – et inversement. Les Bleus de Fabien Galthié ne font pas exception : Mohamed Haouas est montré du doigt pour avoir joué du poing (« ce qui devait arriver »), Antoine Dupont est devenu nul, Matthieu Jalibert, dont certains regrettaient depuis le début du Tournoi qu’il ne soit pas titulaire, est remis en cause au profit de Louis Carbonel, et le reste est à l’avenant.

On rétorquera qu’au rayon des mauvaises habitudes, celle consistant à réaliser une non-performance après avoir suscité des rêves d’exploit a la vie dure au sein du XV de France. La piètre prestation d’ensemble des joueurs de Fabien Galthié mérite certainement qu’on s’y arrête pour analyser ses causes. Et nul doute que le staff y procèdera rigoureusement.

Mais au-delà de l’analyse technique, c’est l’aspect psychologique de la défaite qui vaudra d’être décortiqué.  Erreurs, faits de jeux et décisions arbitrales défavorables, tout s’est enchaîné pour pourrir le match de l’équipe de France et l’en faire sortir. Plus ennuyeux, le manque de férocité à l’entame de la partie a sauté aux yeux de tous les spectateurs, tout comme le défaut de lucidité collective qui a conduit l’équipe à délaisser le jeu au ras pourtant plus sûr moyen d’user la bête écossaise. L’expulsion logique de son pilier droit a illustré que les vieux démons bleus ne sont pas morts. Cette sanction a très largement contribué à la défaite, sans cependant suffire à occulter le trop grand nombre d’approximations tant défensives qu’offensives.

Il est trop tôt pour tirer des jugements définitifs. Que ce soit sur le plan individuels, car ils sont nombreux dans ce groupe à être jeunes et donc à pouvoir progresser, ou sur celui du collectif : n’oublions pas que Fabien Galthié a pris les commandes en janvier dernier.

S’il faut rester prudent sur le devenir de cette équipe, le crédit qu’elle a amassé en quelques semaines ne mérite pas d’être dévalué sur un seul match. La jeune garde tricolore n’a pas perdu en quatre-vingt minutes tout ce qui lui a permis de l’emporter face à l’Angleterre ou au Pays de Galles. Le sélectionneur a déjà annoncé qu’il travaillerait sur les facteurs psychologiques que ses joueurs devront maîtriser pour mieux gérer les situations comme celles qu’ils ont traversées à Murrayfield. Qu’il envisage cet aspect du management est, en soit, un grand progrès, qui, c’est certain, en appellera d’autres. N’en déplaise aux Sicambres.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/nen-deplaise-aux-sicambres/

Echec et malt

On a coutume de présenter le rugby comme un jeu d’échecs qui se jouerait en courant avec un ballon. Et s’il fallait commenter le match du XV de France face à l’Écosse à cette aune, on pourrait avancer que l’équipe de Fabien Galthié a multiplié les motifs de s’incliner sans coup férir : pertes de pièces maîtresses avant ou au début de la rencontre, un comportement de « fou » qui lui vaut de passer cinquante minutes en infériorité numérique, une défense trop lisible et insuffisamment agressive. Et pour emprunter à un autre jeu de plateau, des attaques trop sporadiques pour espérer aller à dame plus de deux fois et enlever la mise.

En face, les Ecossais loin d’être redevenus des foudres de guerre après leur Mondial totalement raté, ont exécuté très efficacement ce qu’ils savent faire : être pénibles dans les regroupements, provoquer les Français et, dans une ambiance propice à se transcender, profiter des erreurs adverses pour inscrire des points.

On pressentait que ce match serait le vrai test pour ce XV de France, davantage encore que celui de Cardiff. Car il s’agissait pour les Tricolores de confirmer leurs belles dispositions collectives et poursuivre leur dynamique victorieuse face à un adversaire réputé moins fort que les équipes vaincues jusque là. Et force est de constater que les Français ont raté le test en question.

Il ne faudrait pas (trop) accabler Mohamed Haouas, qui a cédé à la tentation de coller une droite à un Ecossais accouru de vingt mètres pour lui mettre la main dans la figure. Le Montpelliérain a certes perdu ses nerfs et commis l’irréparable, récoltant un carton rouge mérité et laissant ses partenaires se débrouiller à 14 durant une mi-temps complète. Mais il ne saurait malgré tout être tenu pour seul responsable de la défaite. Et même si la tentation est forte, on n’incriminera pas outre mesure l’arbitre de la rencontre, dont on regrettera cependant qu’il ne fusse pas plus inspiré quant aux fautes écossaises dans le rucks.

Les joueurs français sont passés à travers leur match, c’est entendu, et ont ainsi perdu une magnifique occasion de marquer les esprits en plus des points au classement de la compétition. En échec face aux Ecossais, ils ont affichés leurs limites mais, c’est paradoxal et encourageant, ont alimenté les espoirs. Car malgré le score en sa défaveur, ce résultat n’invalide pas les progrès accomplis par ce groupe. Bien plutôt, il souligne ce qu’il reste encore à travailler : la constance, la lucidité et la discipline.

La déception est grande pour les Tricolores et leurs supporters de ne pas décrocher une finale pour le Grand Chelem. Le « malt » est fait, et il est amer. Mais il faut désormais se remobiliser pour remporter le Tournoi devant l’Irlande, ce qui serait déjà une performance remarquable après des années passées à terminer, au mieux, troisième de la compétition.

Une victoire finale sanctionnerait des progrès indéniables, que l’échec écossais ne saurait remettre en cause. Elle permettrait à Fabien Galthié de poursuivre la construction d’une équipe qui a montré trop de belles choses jusque là pour qu’on ne place pas en elles de beaux espoirs. Malgré tout.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/echec-et-malt/

Conserver l’état d’esprit !

Jusque-là tout va bien. On ne parle pas de ce fichu virus qui attaque les organismes aussi bien que les esprits, au point de décider du report d’Irlande-Italie, mais de la série de matchs victorieux du XV de France qui laisse entrevoir la possibilité d’une victoire dans le Tournoi voire, osons le dire, un Grand Chelem dix ans après le dernier remporté par les Tricolores.

Mais pour espérer l’une et, a fortiori, ambitionner l’autre, il faudra gagner en Ecosse. Et il n’est jamais facile de repartir d’Edimbourg avec le scalp de ceux qui ne rêvent que d’une chose au moment de fouler la pelouse de Murrayfield : faire subir à leur adversaire le même sort que celui que réserva Robert le Bruce au roi Edouard II du côté de Bannockburn il y a quelques siècles. Bref, elle a beau n’avoir plus le même éclat qu’il y vingt ou trente ans, la petite fleur d’Ecosse n’en conserve pas moins ses piquants…

Pour autant, le XV de France qui se présentera dimanche face aux hommes de Greg Townsend possède des atouts qui devraient logiquement lui permettre d’enlever la décision : une défense conquérante, une mêlée retrouvée, une touche qui semble avoir trouvé les bons réglages, et une attaque plutôt efficace à en juger les statistiques dans ce domaine. Emmené par une charnière en or, le XV de France n’est plus le coq sans tête capable de trente minutes flamboyantes avant de s’écrouler lamentablement, mais s’est transformé en un prédateur à sang froid, plus du tout disposé à laisser sa proie s’échapper une fois prise dans sa nasse défensive.

La clé d’un quatrième succès de rang est bien là : dans la capacité de l’équipe de France à conserver intacte durant la totalité de la rencontre sa faculté de gérer ses temps forts et ses temps faibles, sa résilience et sa solidarité défensive et sa réussite offensive. Pour résumer, il lui faudra préserver l’état d’esprit irréprochable dont elle a fait preuve depuis le début du Tournoi.

A cet égard, ce n’est certainement pas par hasard que le staff a fait le choix de laisser Gaël Fickou sur l’aile et garder au centre Arthur Vincent, épatant il y a deux semaines. Alors que le premier est un élément central du dispositif défensif tricolore, le second s’est rendu sinon indispensable, du moins sacrément utile à son poste. Quant à Teddy Thomas, seul titulaire des trois premières rencontres à laisser sa place en l’absence de pépin physique, il cède sa place à Damian Penaud, payant peut-être justement un investissement moins irréprochable que celui de ses coéquipiers.

Dimanche, le XV de France passera un nouveau test, celui de la constance. Il ne sera pas forcément plus simple que l’épreuve de Cardiff. Mais si l’état d’esprit demeure, on peut être sûr qu’il le passera haut la main.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/conserver-letat-desprit/

Poésie en Ovalie

Chaque année, depuis plus de vingt ans, est organisé le printemps des poètes. Cette manifestation qui se déroule à partir du mois de mars voit fleurir sur l’ensemble du territoire de nombreuses initiatives ayant pour point commun la promotion de la poésie, cet art sensible et délicat trop souvent délaissé par nos sociétés si peu contemplatives. Le printemps de poètes est l’occasion pour tout un chacun de découvrir que la poésie peut s’épanouir en tout lieu, dès lors qu’on prend le temps de s’y adonner.

Le rugby ne fait pas exception.

C’est ce credo que défend l’école de rugby de Peyrehorade, club dont l’amour du beau jeu et l’implication dans la formation des jeunes rugbymen est célèbre en ovalie. Avec le soutien de l’association culturelle « L’Atelier du mot », implantée dans le sud des Landes, le Peyrehorade Sport Rugby Pays d’Orthe a organisé des ateliers d’écriture pour les 8-12 ans du club. Animé par Didier Lacaule et des éducateurs du club, ces ateliers ont permis à ces jeunes rugbymen d’exprimer par la poésie leur amour du ballon ovale et faire partager ce « supplément d’âme » que ce sport peut apporter à ceux qui le pratiquent.

Quinze de ces poèmes seront rassemblés avec quinze autres choisis par les enfants dans deux ouvrages, Les enfants en poésie (Gallimard Jeunesse) et Mille ans de poésie (Editions Milan), pour former un recueil inédit : Ovalie rime avec poésie.

Ceux qui le souhaitent pourront se rendre au Club house du Peyrehorade sports le mardi 17 mars à 19 heures pour assister à la remise de l’ouvrage aux enfants et éducateurs du club ainsi qu’à la lecture de leurs poèmes et de ceux de Mathias Atayi, rugbyman amoureux de poésie*, passé par le CA Brive et Massy, aujourd’hui responsable de l’école de rugby de Limoges.

Renvoi aux 22 est heureux de relayer cette belle initiative, et de vous donner un avant-goût du talent de ces jeunes qui ne s’exprime pas seulement avec un ballon.

* Mathias Atayi a publié Envolées fugaces, aux éditions Euphorie Chimérique

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/poesie-en-ovalie/