Déc 12

Rugby addictif

Les lecteurs du quotidien l’Equipe auront eu ce mercredi 12 décembre l’occasion de lire un article édifiant de Frédéric Bernès dans lequel Brian O’Driscoll, ancien international irlandais, l’un des tout meilleurs trois-quarts centre de sa génération, apporte son témoignage sur l’un des aspects les moins reluisants du rugby professionnel, à savoir sa surmédicalisation.

Ainsi apprend-on que dans les dernières saisons de sa carrière, O’Driscoll absorbait avec régularité des antalgiques et anti-inflammatoires non pas pour soigner telle ou telle blessure mais comme médicaments de confort destinés à lui permettre de se sentir le mieux possible pour encaisser le rythme des entraînements et les chocs des matchs.

Rien d’illégal dans cette pratique largement partagée par ses coéquipiers et adversaires. On voit bien néanmoins ce que celle-ci peut avoir de moralement douteuse et, plus grave, de physiologiquement dangereuse. Sans que celui-ci ne l’avoue formellement, l’impression est forte que l’ancien champion a conservé une forme d’accoutumance pas très éloignée de l’addiction.

Plusieurs autres témoignages mentionnés dans l’article confirment non seulement le caractère habituelle de la pratique médicamenteuse, mais également ses risques. Si les exemples cités par le journal concernent des joueurs du Royaume-Uni, il est douteux que les accros aux « painkillers » soient demeurés de l’autre côté du Channel et que le recours aux pilules ait été épargné aux pratiquants d’un Top14 aux cadences infernales.

Cette question est, avec celle de la violence des chocs, l’un des dangers qui le plus sûrement érode l’attractivité d’un sport que les parents – parfois même d’anciens joueurs de haut niveau – ne souhaitent plus forcément voir pratiqué par leurs enfants.

Alors que les valeurs qui ont fait sa renommée compensent de plus en plus difficilement  les critiques dont il est l’objet aujourd’hui, force est de constater que le rugby professionnel est devenu addictif, mais plus forcément pour les bonnes raisons.

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Déc 08

Armand Vaquerin, le canon sur la tempe

 

Pour les amateurs de rugby, Armand Vaquerin est une légende. Dix fois champion de France avec son club de l’AS Béziers, pilier international à vingt-six reprises, il incarnait la force tranquille derrière laquelle pouvaient s’abriter ses jeunes coéquipiers qui le considéraient comme leur « papa ». Dur au mal, impavide, d’une force herculéenne, il suscitait la crainte sur le terrain et la fascination en dehors.

Malheureusement, Armand Vaquerin doit aussi d’être resté fameux dans l’histoire du rugby français pour sa fin tragique, à seulement 42 ans. Le 10 juillet 1993, au bar des Amis, avenue Gambetta à Béziers, Vaquerin se tua d’une balle de revolver, en jouant à la roulette russe. C’est, du moins, ce que prétend la légende. Car l’incertitude plane toujours sur les causes de son décès.

Le journaliste Alexande Mognol, fils et neveu de joueurs de rugby de l’ASB, qui ont bien connu Vaquerin, a longuement enquêté sur cette histoire, pour tenter d’apporter un éclairage inédit sur le pilier biterrois et les motifs de sa mort. Le fruit de ce travail patient et opiniâtre (un an d’enquête) est à retrouver dans un podcast « Le canon sur la tempe », produit par Nouvelles Ecoutes. En sept épisodes d’une quarantaine de minutes, Alexandre Mognol parvient à esquisser un portrait tout en nuance de l’idole disparue.

Surmontant les réticences des Biterrois – même celles de sa famille – à évoquer « Armand » et sa disparition, le journaliste est parvenu à dénouer les fils d’une réalité complexe. Au fil des épisode, cette figure légendaire de la ville héraultaise, le dieu du stade des Sauclières laisse place peu à peu à l’homme aux fêlures intimes et aux fréquentations dangereuses. Une phrase résume parfaitement cette personnalité ambigüe et fascinante : quand Alexandre Mognol interpelle un des protagonistes de son enquête en déclarant : « Armand, c’est un peu Kennedy ! », celui-ci lui répond : « plutôt Al Capone »…

Si le fond de ce documentaire passionne, sa forme surprend. En mêlant interviews traditionnelles, discussions familiales et conversations informelles, Alexandre Mognol nous embarque avec lui et nous fait partager les affres de sa quête de vérité, où le doute et l’enthousiasme se mêlent étroitement.

Au terme de l’écoute, on ressent certainement un peu de frustration devant les zones d’ombres qui demeurent, mais on éprouve surtout de l’admiration et de la compassion pour Armand Vaquerin, icône si profondément humaine et attachante du rugby français.

« Le canon sur la tempe », d’Alexandre Mognol est notamment disponible sur Soundcloud, ITunes, Audible, Spotify et accessibles aux applications de podcasts.

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Nov 25

Etique et toc

C’est donc sur la plus improbable des défaites que le XV de France a conclu sa tournée d’automne. Improbable, du moins pour tous ceux qui, envers et contre tout, l’optimisme chevillé au corps, pensaient que les Fidjiens et leurs neufs défaites pour autant de confrontations avec les Bleus ne représenteraient qu’une menace très relative, l’espace d’une heure de jeu tout au plus, avant que leurs démons habituels ne leur fassent perdre le fil de leur jeu.

La triste réalité des faits a rattrapé les Tricolores qui s’étaient certainement vus un peu trop beaux après leur succès lillois devant des Pumas qui ne sont plus – du moins pour le moment – les épouvantails du rugby mondial qui faisaient chuter le XV de France avec une agaçante régularité il y a encore trois ans.

La victoire fidjienne, dans un Stade de France déserté par le public, doit d’abord aux joueurs du Pacifique eux-même. Il faut les saluer comme les beaux vainqueurs qu’ils sont, malgré toutes les imperfections de leur jeu. Leur envie de bousculer enfin la litanie des statistiques défavorables n’a eu d’égale que leur rigueur, une rigueur peut-être apprise dans le Top14 qui accueille un grand nombre d’entre eux, mais qui ne saurait néanmoins servir d’excuse pour expliquer le naufrage français.

Car c’est à un naufrage auquel il nous a été donné d’assister hier soir. Celui d’un rugby dans son ensemble, étique dans le jeu, dans ses ambitions et sa mise en œuvre. Il ne faut pas seulement blâmer les joueurs – dont on peut s’interroger sur le niveau et leur capacité à répondre aux exigences des joutes internationales, ou leur encadrement – les réactions de Jacques Brunel au micro de France télévision ont semblé totalement déconnectées des réalités, mais également l’ensemble du rugby français, à commencer par les responsables fédéraux.

A force de déni – volontaire ou non – les acteurs de l’ovalie hexagonale n’en finissent pas de creuser la tombe du rugby de haut niveau tricolore. Toutes les mesures annoncées qui devaient donner au XV de France des chances d’exister au plan international s’avèrent autant de cautères sur une jambe de bois, ce bois dont sont visiblement faites les langues des dirigeants de ce sport.

A force de superficialité dans l’approche des problèmes, une superficialité favorisée par les divergences d’intérêts particuliers qui caractérisent les relations formation/ clubs pros / équipe nationale, le vernis des vertus françaises censées pallier les insuffisances tactiques et techniques a fini par s’écailler pour laisser apparaître la réalité d’un rugby de seconde zone, que seuls les moyens financiers des clubs professionnels fait paraître puissant.

Un rugby étique et toc, en somme.

 

 

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Nov 18

Rester positif

Tous les compétiteurs vous le diront, seule la victoire est jolie. Alors, même si elle a été acquise face à un adversaire très loin de son meilleur niveau, même si on trouvera encore à redire sur l’animation offensive et les carences défensives du XV de France à dix mois d’une compétition qui ne souffrira pas l’à peu près, il ne faut pas bouder le plaisir simple d’un succès large, agrémenté de trois essais, après neuf mois de disette.

L’entame parfaitement ratée des Tricolores, sanctionnée d’un essai argentin qu’on craignait être le premier d’une longue série, ne les a pas assommés, révélant une solidité mentale dont on doutait après la déconvenue sud-africaine une semaine plus tôt. Patiemment, et malgré plusieurs choix individuels discutables, les hommes de Jacques Brunel ont su exploiter des failles défensives argentine plutôt inhabituelles mais bienvenues pour transformer leur domination en points. Et si les Pumas ont paru retrouver par moment le fil de leur jeu, ils n’ont jamais vraiment inquiété la défense française.

Avant le match, Nicolas Sanchez, l’ouvreur argentin, déclarait que l’équipe qui remporterait ce match gagnerait celui qui opposera les deux formations en phase de poule de la prochaine coupe du monde. On accepte bien volontiers l’augure, même si, il faut l’avouer, il est difficile d’imaginer que ces Pumas offriront la même perméabilité défensive et une identique inconstance offensive dans dix mois.

En attendant, on espère que Jacques Brunel aura la chance de travailler dans la continuité avec un groupe stable et de bénéficier de l’apport d’un Gaël Fickou transfiguré depuis son arrivée au Stade Français et d’un Mathieu Bastareaud qui n’est certainement pas le prototype du trois-quarts centre à la mode internationale mais dont le XV de France ne peut pas se passer actuellement. Ce joueur atypique réussit même, à trente ans révolus, à faire évoluer son jeu pour le rendre moins frontal pour contribuer à donner de la fluidité à l’attaque tricolore.

Bien sûr, la comparaison du match d’hier soir avec celui qui s’est disputé un peu plus tôt à Dublin entre l’Irlande et la Nouvelle-Zélande est assez douloureuse, tant les deux meilleures équipes mondiales semblent pratiquer un rugby d’une tout autre dimension. Mais il faut rester positif, en retenant ce qui a fonctionné lors des deux premiers Tests de la Tournée d’automne et en travaillant ce qui peut l’être d’ici la prochaine Coupe du monde. A cet égard, le Tournoi 2019, avec des déplacements en Angleterre et en Irlande, constituera une étape cruciale de la préparation du groupe français.

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