Juil 19

Les règles du rugby à l’ère du « light »

Simplifier ! Voilà une exhortation dans l’air du temps. Le rugby n’échappe pas à cet ère du « light », impératif du moment, lui dont une des spécificités est précisément la complexité de ses règles. Régulièrement, celles-ci sont fustigées, au nom d’un spectacle qu’elles entravent ou d’un résultat qu’on les accuse de fausser avec la complicité perverse (pléonasme…) de l’arbitre. A l’image du dernier épisode en date, lors la série des Lions britanniques et irlandais, au cours de laquelle le Français Romain Poite a eu le malheur de tergiverser puis d’interpréter la règle de l’en-avant involontaire en défaveur des demi-dieux néo-zélandais, suscitant, outre l’ire de leurs zélotes, une demande de simplification des lois du jeu formulée par leur coach Steve Hansen. Autant dire un ordre, quand on sait l’influence des All Blacks.

A vrai dire, Hansen a surtout anticipé l’annonce d’un projet de World rugby visant précisément à réformer en profondeur les règles. Lancé l’an dernier, ce « Laws Simplification Project » a conduit à la constitution d’un groupe de travail composé essentiellement d’un Néo-Zélandais (Rod Hill, en charge de la performance des arbitres de haut niveau au sein de la Fédération kiwi), d’un Anglais et de deux Sud-africains. Dans l’attente d’un dévoilement des résultats de son travail et d’une mise en œuvre en 2018, celui-ci a déjà fièrement fait savoir qu’il était parvenu « à réduire de 50% le nombre de mots employés dans le recueil des règles. » Bigre. Cette annonce digne d’une publicité pour yaourt allégé ne laisse pas d’interroger.

La démarche n’est pas en soi critiquable, qui consiste à traquer les incohérences et faire en sorte de diminuer le recours aux interprétations, ces avis officiels de World Rugby censés clarifier les points laissés dans l’ombre par les rédactions successives. Mais en faire la solution miracle contre les erreurs d’arbitrages ou l’insuffisante attractivité du rugby, comme le laissent entendre les premiers commentaires « autorisés », voilà qui semble pour le moins…simpliste.

Malgré sa complexité – c’est réellement sa marque distinctive dès sa création – le rugby a toujours été pratiqué avec bonheur à tous les âges, sans que ses pratiquants ne soient nécessairement diplômés de l’enseignement supérieur. L’engouement suscité par ce sport depuis son entrée dans l’ère professionnelle ne s’est globalement pas démenti malgré des phénomènes de reflux épisodiques observés ça et là.

Quant à penser qu’ôter 50% des mots aux règles du jeu et que les écrire « pour être comprises par un écolier de huit ou neuf ans (sic) » vont permettre au rugby de conquérir de nouvelles parts de marché, il y a un pas dont on attend avec curiosité et scepticisme qu’il soit franchi.

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Juil 18

Le rugby mondial sens dessus dessous

La fameuse partition du rugby entre hémisphère nord et hémisphère sud vient de connaître une sérieuse remise en question avec la décision des organisateurs du Pro 12, la compétition des équipes celtes et italiennes, d’y inclure deux formations sud-africaines, les Cheetahs et les Southern Kings.

Cette intégration spectaculaire résulte de deux volontés convergentes. Celle des dirigeants du Pro12 qui veulent insuffler un nouvel élan à leur compétition, et celle des deux franchises sud-africaines qui devraient faire les frais de la réorganisation du Super Rugby et trouvent donc dans ce projet un moyen de préserver leur avenir.

Après un premier mouvement de curiosité, le public répondra-t-il durablement présent au seul motif que deux formations de l’hémisphère sud se produiront devant lui ? Le climat du nord, en particulier en hiver, siéra-t-il à des équipes habituées à évoluer dans des conditions météorologiques plus favorables ? Les longs trajets en avion seront-ils aussi bien acceptés par les clubs européens qu’ils le sont – contraints et forcés – par les franchises de l’hémisphère Sud ?

Nonobstant ces interrogations, l’ouverture de la compétition celte n’est sans doute pas terminée puisqu’on évoque désormais l’arrivée des formations de la côte Est américaine dans ce championnat.

Parallèlement à ces annonces, Agustin Pichot déclaré en faveur de l’intégration de la Géorgie au Tournoi des six nations et du Japon au Rugby championship. Même si l’ex-demi de mêlée international argentin ne dispose pas d’un pouvoir décisionnaire en la matière, cette prise de position de l’influent vice-président de World Rugby peut contribuer à faire bouger les lignes. Et en tout cas, elle ajoute à l’impression d’un rugby mondial « sens dessus dessous », impression encore renforcée par les résultats récents de l’Ecosse en Australie, des Fidji face à ces mêmes Ecossais, ou des Lions britanniques et irlandais en Nouvelle-Zélande. Doucement, les vieilles frontières du rugby s’estompent.

Faut-il s’en inquiéter ? Ce sport notoirement conservateur accélère ses mutations depuis la mise en place du professionnalisme. Si certaines d’entre-elles apparaissent critiquables, il apparaît vain de s’opposer à une évolution qui est de nature à développer sa pratique au plus haut niveau. Attention cependant à ne pas dénaturer l’esprit des compétitions et leurs spécificités, sans lesquels elles perdront sans doute leur saveur et, pour les spectateurs, leur intérêt.

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Juil 13

Les Lions sont-ils morts à l’Eden Park ?

Le match nul arraché par les Lions britanniques samedi à l’Eden Park d’Auckland fera-t-il rejoindre Sam Warburton et ses coéquipiers dans la légende de cette équipe, aux côtés de leurs collègues de 1955, 1971, 1974 ou 1997 ? Le temps n’a pas encore passé sa patine sur les événements et les souvenirs sont trop récents, trop nets pour pouvoir l’affirmer. Malheureusement, cette série en Nouvelle-Zélande pourrait bien marquer l’histoire pour une raison moins glorieuse. En effet, il est probable qu’elle soit la dernière du genre, avec des matchs de semaine à travers tout le pays hôte.

Bien sûr, le professionnalisme étant passé par là, il n’était plus question depuis longtemps des périples de plusieurs mois, ces derniers appartenant à l’ère amateur. Mais les discussions récentes entre dirigeants fédéraux et présidents des clubs d’Outre-Manche font émerger le risque de voir les futures tournées réduites aux seuls test-matchs. Adieux, donc les rencontres intercalaires, place à des tournées de trois à quatre semaines maximum, calquées sur celles accomplies par les sélections nationales.

On comprend bien que l’hypertrophie calendaire n’est pas l’apanage du seul rugby français. En Angleterre aussi les clubs font grise mine devant l’indisponibilité de leurs internationaux. Et leur puissance financière rend leurs doléances incontournables pour les responsables des Lions.

Mais au-delà de la nostalgie des Tournées épiques, c’est à de véritables risques sportifs et financiers que les Lions et leurs hôtes seront confrontés s’ils acceptent de raccourcir leur tournée. Il faut du temps pour construire un groupe, d’autant que celui-ci est composé de joueurs qui ne sont pas habitués à jouer ensemble. Il faut aussi des matchs. En Nouvelle-Zélande, c’est lors des rencontres de semaine que se sont affirmés les Maro Itoje, Eliott Daly ou Liam Williams. On a certes vu que l’association Sexton – Farrell a rapidement donné satisfaction en dépit d’un temps de jeu ensemble des plus réduits. Mais c’est au prix d’entraînements nombreux, autorisés par la durée de la tournée, que la paire irlando-anglaise a pu trouver ses marques.

Le risque n’est pas seulement sportif, il est aussi financier. Et tout particulièrement pour les fédérations australienne, sud-africaine et néo-zélandaise. Une tournée des Lions génère énormément de revenus pour l’ensemble des acteurs du rugby locaux, et pas seulement : pensez au chiffre d’affaires des hôteliers et restaurateurs qui voient arriver tous les quatre ans la fameuse « sea of red » des supporters britanniques et irlandais. Sans oublier les revenus publicitaires et droits dérivés qui découlent de ce barnum quadriennal.

Alors, les Lions sont-ils morts à Auckland ? Non, bien sûr. Mais il n’est pas certain que la magie tienne longtemps si leur tournée se résumait à trois test-matchs tous les quatre ans. Et sans magie pour les protéger, le pire pourrait bien leur arriver…

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Juil 08

A bout de souffle

La tournée 2017 des Lions britanniques et irlandais au pays des All Blacks n’aura pas livré de vainqueur. Les deux équipes ont en effet conclu leur troisième test-match, haletant et indécis, par un score nul (15-15). Anachronisme du rugby, elles ne seront pas départagées par le goal-average. C’est tant mieux, car au vu des trois confrontations, ce résultat final est logique.

Bien sûr, les supporters auraient préféré que seul leur capitaine brandisse le trophée mis en jeu et pas les skippers des deux formations, comme Kieran Read et Sam Warburton l’ont fait à l’issue de la rencontre. On entend déjà ici ou là quelques voix pour réclamer, lorsque cette occurrence survient, un match d’appui – impossible à organiser, ou une prolongation – largement envisageable. Mais il y a quelque chose d’appréciable dans un résultat qui honore les deux équipes et qui résonne comme une promesse : dans douze ans, une nouvelle tournée homérique se déroulera au pays du long nuage blanc. En espérant, naturellement, que le rugby moderne n’enterre pas des Lions devenus gênants pour les clubs professionnels.

En attendant, ce millésime 2017 est bien parti pour rejoindre dans la légende celui de 1955, qui avaient vu les Lions et les Springboks partager la série de test-matchs après quatre rencontres de haute intensité. Il faut dire qu’en dépit de son score nul et quelque peu étriqué, le troisième test d’Auckland a tenu ses promesses, tenant en haleine toute la planète du rugby, bien au-delà des îles d’Outre-Channel. Comme le précédent, c’est encore une décision d’arbitre – encore un Français – qui a vraisemblablement fait basculer le match.

Mais à la différence du carton rouge infligé par Jérôme Garcès à Sonny Bill Williams à Wellington, la transformation par Romain Poite d’une pénalité pour les All Blacks en mêlée à quelques secondes du terme fera longtemps parler dans les chaumières kiwies. Car l’application stricte de la règle aurait certainement confirmé la pénalité sifflée initialement (un en-avant de Liam Williams repris devant par un de ses coéquipiers). Mais en rugby peut-être davantage encore que dans d’autres sports, les lois du jeu laissent une marge importante d’appréciation à l’arbitre.

En son âme et conscience, après consultation du TMO, Romain Poite a décidé que la faute était involontaire et a sifflé une mêlée en faveur des All Blacks alors qu’une pénalité aurait sans nul doute donné la victoire aux hommes de Steve Hansen. S’il faut avouer qu’une telle décision contre le XV de France aurait fait bondir tous les supporters des Tricolores, profitons de notre neutralité pour souligner combien, au fond, cette interprétation de Monsieur Poite fait honneur au corps arbitral. Après tout, au vu du match, les All Blacks méritaient-ils vraiment la victoire ?

Chez les Lions, très déçus d’être passés si près, Sam Warburton et Toby Faletau ont fait taire leurs détracteurs et Maro Itoje semble avoir signé un long, très long bail avec cette équipe. Et la combinaison Sexton – Farrell a donné raison à ce diable de Warren Gatland, qui restera dans les annales des Lions Britanniques pour avoir mené ces derniers à un niveau d’excellence jamais vu depuis les deux fameuses tournées de 1971 et 1974.

Au terme de cette longue série de matchs, quels que soient leur nationalité, les amoureux du rugby ressentent certainement un vide. Il sera difficile de le combler tant les All Blacks comme leurs invités ont placé haut le niveau de leur jeu et l’intensité de leurs confrontations.

N.B. Le choix de ce titre est tout à fait volontaire. Utilisé il y a quelques semaines au soir du premier test-match du XV de France pour signifier la médiocrité d’une équipe manquant de souffle, il symbolise aujourd’hui l’état dans lequel le dernier match des Lions a laissé les amateurs de rugby : soufflés par le jeu, essoufflés par l’intensité et le suspens offert par deux magnifiques équipes…

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