Il y a loin de la Coupe aux Jeux…

François-Xavier, l’envoyé spécial de Renvoi aux 22 à la Coupe du monde nous adresse son dernier article. L’occasion pour lui de dresser un bilan de la compétition, non pas en termes de jeu, mais d’organisation : si la réussite japonaise est indéniable, il faut nuancer ce constat positif. A quelques mois d’un autre événement sportif autrement plus considérable…

Me voilà de retour dans ma campagne après ce grand bain de foule, qui me marquera pour longtemps.

Pour ce dernier billet, plutôt que de partager mes expériences, je vais emprunter les chemins de la futurologie. Dans les colonnes de Renvoi aux 2, Antoine Duval a eu des mots très justes sur l’accueil d’évènements sportifs d’envergure mondiale par des pays hôtes comme le Japon. Je me permets d’ y ajouter ma propre vue prise depuis les trottoirs nippons.

Pour moi comme pour bon nombres d’observateurs, la coupe du monde du rugby au Pays du Soleil Levant a été globalement un succès. Quitte à me répéter, je ne tarirai pas d’ éloges sur l’organisation, la mobilisation sociale, la qualité des infrastructures.

Mais au risque de surprendre, dire que l’événement a peu suscité d’enthousiasme localement me semble rendre compte de la réalité.

Les supporters gaijins (étrangers) se sont souvent sentis seuls dès qu’ ils s’ éloignaient du microcosme des matchs. Dans les izakaya (les bars à tapas locaux) enfumés (la loi japonaise réprime la tabagie dans la rue et pourchasse les délinquants par une police ad hoc mais laisse les fumeurs s’ adonner à leur vice dans les restaurants … allez comprendre), la télévision diffuse les matchs dans l’indifférence générale. Si l’on ne sort pas de son hôtel, ce n’ est guère mieux.

Dans les halls, des excuses sont affichées (y compris dans le sabir international globish) pour les désagréments (bruits notamment) liés à la diffusion des matchs dans les salons.

Ne nous y trompons pas : les médias locaux ne se sont guère intéressés au sujet. La victoire des locaux contre l’ Irlande (et surtout contre l’Ecosse) a bien bouleversé momentanément la donne, mais cela a plus tenu du prurit nationaliste
que d’un engouement réel. Les quelques scènes de liesse populaire auxquelles j’ai pu assister ont donné lieu à des excuses immédiates de la part des contrevenants à l’ordre établi…

Le rugby a vraiment eu du mal à se frayer un chemin dans le tourbillon local. J’ai ainsi vu des kakemonos rugbystiques détournés pour permettre la diffusion de compétitions de base-ball ou de golf, autrement plus populaires. Trouver un gadget lié à la coupe du monde pour ramener à ses proches en dehors du mégastore de la place de la gare de Shinjuku a véritablement relevé du parcours du combattant.

La préparation même de l’événement, lourde comme peut l’être tout ce qui touche à l’adminisitration au Japon, a donné lieu à diverses algarades et autres controverses.

Tout d’ abord, entre la puissante fédération japonaise de soccer et le comité d’organisation. La tenue des matchs imposa de priver les « pousse-citrouille » de leur terrains favoris pour les réléguer vers des stades de seconde zone. L’ intérêt national les fit certes plier mais sans faire profiter les nouveaux bénéficiaires des installations de leur conseils avisés, en particulier sur la gestion des spectateurs. Une petite anecdote va souligner ce manque de coopération. La troisième mi-temps d’ Ecosse-Irlande a donné lieu à des « débordements »de la part de supporters déçus de n’avoir pas pu consommer de bière, manifestations d’humeur peu appréciés des autorités locales. Il est vrai que l’approvisionnement en boisson houblonnée avait été établi sur des normes basses d’ une demi-pinte par spectateur… ce qui a laissé beaucoup de spectateurs celtes sur leur soif.

Autre exemple: l’amateur de musique vivante que je suis s’est désolé de l’absence d’orchestre pour interpréter les hymnes nationaux. Le coupable était à chercher du côté de l’hégémonique fédération de baseball, premier sport collectif au Japon, qui a tout bonnement refusé de se démunir des formations musicales animant ses compétitions au profit des matchs de la coupe du monde.

D’ une certaine façon, ces incidents ne sont qu’un aspect d’une des caractéristiques du fonctionnement social japonais : la difficulté de prendre rapidement des décisions. Ce défaut a d’ailleurs été combattu par les entraîneurs de rugby occidentaux « importés » par les clubs de rugby japonais, qui ont concentré en particulier leurs efforts sur la formation morale des demis. J’ai été personnellement frappé par les limites des capacités d’improvisation et d’adaptation des locaux à des situations imprévues ou à des interlocuteurs n’ayant pas les mêmes référents culturels, déjà mises à rude épreuve par une affluence somme toute limitée. Je vais illustrer cela par petit souvenir personnel : j’ai assisté avec quelques compères au match Ecosse-Samoa, confortablement installé dans les salons de notre hôtel. Voulant fêter la victoire de l’Ecosse, nous avons fait venir quelques boissons accompagnées de légères victuailles. Notre ravitaillement subissant du retard, nous nous sommes enquis, certes de manière peut-être un peu vives au regard des « normes » locales, de la livraison de notre provende. Cela nous a valu de bénéficier d’une double ration par rapport à nos commandes. Cela ne nous effraya pas mais nous étions en dette ! Notre anglais, bien que supérieur à celui de nos hôtes, ne nous a toutefois pas permis de faire comprendre que nous souhaitions nous acquitter de notre dû. Nous nous sommes résolus, de guerre lasse, à commettre soit de la grivèlerie, soit à bénéficier d’une générosité non sollicitée…

De même les désordres très relatifs engendrés par l’événement, et somme toute inhérents à un événement sportif, ont troublé la société locale. Je ne reviendrai pas sur l’ « affaire » du Paquito qui a agité le métropolitain tokyoïte – et les réseaux sociaux. Pour s’en tenir à des désagréments de moindre échelle, les insulaires n’hésitèrent pas à gourmander les gaïjins pour les bruits causés par ce que j’estime être l’existence normale d’un groupe lors d’une manifestation festive. L’harmonie sociale a parfois des exigences poussées.

Un autre élément qui m’ a interpellé est la surrperésentation parmi les bénévoles de personnes d’un âge certain mais appartenant à mon avis à la génération du baby-boom. L’activité des personnes âgées est certes une réalité quotidienne au Japon. Mais devoir mobiliser à ce point les classes d’âge les plus avancées laisse songeur quant aux capacités de mobilisation complémentaire qui devront être nécessairement actionnées pour les prochains Jeux Olympique.

A cet égard, je pense que la coupe du monde de rugby n’aura été qu’un tour de chauffe pour les JO de 2020. Il s’ agissait d’ un test de la résilience du corps social, de sa capacité à absorber une dose d’extranéité et, même si le mot peut paraître fort, de désordre supérieure à l’étiage habituel.

Au final, même si la réussite globale de la coupe du monde est un signal encourageant pour la société japonaise, qu’en sera-t-il pour un événement beaucoup plus intense comme les JO, qui seront plus ramassés dans le temps et l’espace ? Réponse dans un peu moins d’un an…

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Avec le rugby Kids festival, l’ovalie s’arrondit

Marcelia et les jeunes de Terres en Mêlées pendant la demi-finale de la Coupe du Monde Angleterre-Nouvelle-Zélande

À première vue, on ne remarque qu’elle tant son sourire rayonne. Pourtant elle est bel et bien entourée de monuments du rugby mondial. Conrad Smith, Jonny Wilkinson et les épaules du Dark Destroyer Thierry Dusautoir ne parviennent pas à lui faire d’ombre. Au contraire, eux aussi l’admirent. Elle ne les a pas connus avec un maillot sur les épaules. C’est qu’il n’y a pas de télévisions dans son village de la côte saphir de Madagascar. Pourtant, elle n’est pas moins légitime qu’eux pour se rendre au rugby Kids Festival organisé par la Société Générale en marge de la Coupe du Monde au Japon. Pourquoi ? Parce qu’elle représente l’avenir du rugby mais surtout, elle inspire des jeunes davantage qu’aucun capitaine de l’équipe de France ne pourra le faire.

Cette femme s’appelle Marcelia.

Qui est Marcelia ? Cette jeune femme a découvert le rugby en 2011 lorsque les éducateurs de l’association toulousaine Terres en Mêlées ont posé leurs sacs dans un village de pêcheur à une semaine de taxi brousse de la capitale malgache. Mère à treize ans du petit Cristiano, elle a trouvé dans le rugby le secret de son émancipation. Très vite, elle s’impose sur les terrains de sable sur lesquels elles et ses copines se confrontent aux villages voisins. Elle prend des initiatives, elle entraîne les enfants du village, les garçons l’admirent. Pour la première fois le respect qu’elle inspire est unanime, dans son village plus personne ne la regarde avec sa condition de femme mais ils la voient comme celle qui joue au rugby.

Sélectionnée comme capitaine dans l’équipe régionale créée et financée par Terres en Mêlées, elle se rend pour la première fois à la capitale Tana pour affronter des filles de tout le pays. L’issue du tournoi, Christophe Vindis la conte magnifiquement dans le documentaire La jeune fille et le ballon ovale : championnes, les filles repartent dans leurs villages et commencent à représenter bien plus qu’une simple équipe de rugby. Il s’agit de modèles d’émancipation et de réussite dans des territoires marginalisés et délaissés par le gouvernement. Terres en Mêlées et son partenaire principal la Société Générale s’attachent à cette jeune fille qu’ils amèneront jusqu’au Stade de France pour donner le coup d’envoi fictif du match France-Pays de Galles disputé en février 2018. Ambassadrice, elle ira aussi jouer avec les joueuses de l’équipe de France et raconter son expérience à des enfants d’écoles toulousaines comme à des cadres de la fédération française. À son retour, Marcelia est nommée parmi les cinq femmes les plus influentes de l’année à Madagascar par la première dame du pays et est décorée pour son implication pour changer la condition féminine à « Mada ». 

Marcelia a grandi et est devenue éducatrice pour Terres en Mêlées. Grâce à la fondation Société Générale, elle a eu l’opportunité d’amener huit jeunes joueurs et joueuses de son île au rugby kids festival organisé au Japon du 23 au 27 octobre dernier, et d’assister avec eux à la demi-finale de Coupe du monde. Des enfants de Chine, de Corée, d’Inde, de Taïwan, d’Australie ou encore du Vietnam se sont rencontrés à l’occasion de ce festival aux vocations culturelles et sociales. Au programme, une journée d’échanges mutuels, de nombreuses visites, un tournoi de rugby, une journée de découverte de la culture japonaise et une sortie de sensibilisation à l’écosystème aquatique à l’aquarium de Yokohama. Pour les accompagner, des joueurs ambassadeurs du groupe bancaire et, bien sûr, Marcelia, accueillis chaleureusement par les enfants ravis de pouvoir prendre des photos et signer des autographes avec ces rugbymen au parcours si différent. 

Au-delà des sourires et de la belle histoire de Marcelia, recentrons-nous sur l’intérêt d’un tel festival.

Certains parleront d’une sorte de greenwashing social de la part d’un groupe bancaire qui contribue à l’exploitation de certains pays, africains notamment, à la faveur du profit. Peut-être n’est-il pas infondé de l’avancer, il est même important de le garder à l’esprit, mais ne nous y limitons pas. Si tout n’est pas désintéressé, il faut souligner l’impact positif de la fondation qui finance des projets dans des régions où l’État est absent et où les moyens manquent. Seuls les entrepreneurs locaux agissent mais avec des ressources trop souvent limitées en considération des besoins. Le rugby de demain est un rugby privé, un rugby financé par une combinaison d’acteurs économiques locaux comme globaux. Ce rugby de demain, c’est le rugby pour le développement. Un rugby qui a un pouvoir intégrateur, un impact social positif mais aussi et surtout un rugby éducatif, un rugby qui colle aux valeurs du XXIe siècle, un rugby des objectifs de développement durable (ODD) fixés par l’ONU.

Les fédérations bien implantées restent leader dans leurs pays et il n’est pas question de remettre ce principe en cause mais à une époque où l’image d’une entreprise est importante, le rugby en profite et les associations aussi. Madagascar, Togo, Maroc et Burkina Faso pour Terres en Mêlées, Colombie pour Passe au large, Cameroun pour la Serge Betsen Academy … Les projets ne manquent pas, seuls les financements sont contraignants. World Rugby pourrait même sembler être devenu un acteur mineur du développement du rugby au vu de l’impact de tous ces acteurs. Vous l’avez compris, il s’agit d’un appel à faire vivre ce rugby qu’on aime. 

Mais quel lien avec l’arrondissement de la planète ovale évoqué dans le titre de cet article ? Il est sous nos yeux. Ces acteurs amateurs de rugby qui se mobilisent de par le monde pour partager leur passion avec le plus grand nombre font émerger de nouveaux foyers rugbystiques. Afrique, Asie, Amérique centrale, tant de régions où les pratiquants du ballon ovale ne sont pas légion mais qui peu à peu se placent sur la carte du monde du rugby. On se rapproche plus de la planète football où tous les pays sont présents que de la planète rugby qui a défini le siècle précédent.

Le rugby se globalise, chaque année, de nouvelles fédérations sont reconnues par World Rugby. Le rugby devient planétaire. Mais le changement le plus radical réside en l’origine des joueurs que l’on trouve sur le terrain. Pendant longtemps, ces joueurs étaient chirurgiens, hommes d’affaires, avocats… les joueurs de demain viennent des bidonvilles, des villages de pêcheurs, de villes perchées dans les Andes. Le rugby est allé vers ceux qui ne pouvaient pas l’atteindre. Et quel succès. Alors que le rugby semble perdre de la vitesse en France, il ne cesse de se répandre dans les pays en développement et de nombreux enfants apprennent la vie grâce à lui, ses valeurs, et ses entraîneurs passionnés et dévoués. Car si cette tribune est aussi l’occasion de féliciter tous ceux qui s’investissent au quotidien pour le rugby, il s’agit aussi de remercier les bénévoles qui font tenir le rugby que ce soit en France ou dans le monde. 

La Société Générale l’a bien compris dans ses campagnes de publicité. L’avenir, c’est nous. L’avenir du rugby repose sur nos épaules, faisons-en un sport utile pour la société. 

Antoine Duval 

Pour en savoir plus sur l’association Terres en Mêlées : http://terres-en-melees.com/

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Plafond de vert

Four more years

L’affaire semblait entendue. Au regard des performances comparées du XV d’Angleterre et de celui d’Afrique du Sud depuis le début de la compétition, et du surcroît de fraîcheur physique supposément acquis aux hommes d’Eddie Jones en raison de l’annulation de leur match face à aux Français, le trophée William-Webb-Ellis ne pouvait échapper aux sujets de Sa Très Gracieuse Majesté.

Pourtant, ce n’est pas Owen Farrell mais Siya Kolisi, le capitaine Sud-Africain, qui a brandi la coupe dorée, laissant aux Anglais les dérisoires médailles argentées destinées aux vaincus. Qui plus est, la victoire des Springboks est apparue implacable, comme en témoigne le score dont la sévérité (32-12) reflète l’emprise totale des tuniques vertes sur leurs adversaires du jour.

Le sentiment qui domine après cette victoire sud-africaine est celui de l’impuissance anglaise à modifier le cours du match. Les propos tenus par l’encadrement et les joueurs du XV d’Angleterre, selon lesquels ces derniers ne pouvaient être mieux préparés qu’ils ne le furent au moment de fouler la pelouse du stade de Yokohama, conduisent à se demander s’il ne faudrait pas se résigner à ne jamais, sauf exploit très improbable, voir une équipe de l’hémisphère Nord remporter le trophée mondial.

On entend déjà les objections qui ne manqueraient pas de fleurir si cette question était posée aux spécialistes de la chose ovale : les Anglais ont déjà gagné une Coupe du monde et un match ne saurait motiver un jugement définitif sur un fossé Nord-Sud qui serait devenu infranchissable.

Les deux arguments s’entendent, à ceci près que le titre de 2003 a couronné une équipe dont la préparation était en avance sur son temps. L’approche « scientifique » mise en œuvre par Clive Woodward il y a quinze ans est désormais monnaie courante. De surcroît, cette approche révolutionnaire s’adressait à un groupe de joueurs arrivé à son zénith au moment de la Coupe du monde. Pas certain qu’une telle conjonction de facteurs se reproduisent de sitôt : si en 2023, l’effectif anglais sera vraisemblablement « hors normes », sa préparation ne le sera pas forcément.

De surcroît, l’échec anglais s’accompagne de celui de ses voisins Irlandais et Gallois, deux modèles alternatifs à celui développé par la RFU, reposant sur une approche qui assure la primauté de la sélection nationale sur les équipes de clubs. Ces revers récurrents apportent de l’eau au moulin d’une appréciation pessimiste sur les chances de l’hémisphère nord d’être autre chose qu’un faire-valoir d’une sorte de Rugby Championship élargi à huit nations tous les quatre ans. Et on ne parlera pas du XV de France, pour lequel ses supporters furent à deux doigts de parler d’exploit pour qualifier un match contre les Gallois que celui-ci battait neuf fois sur dix au début de ce siècle.

Aujourd’hui, la tentation est grande de considérer qu’il existe une sorte de plafond de verre – en l’occurrence teinté de vert –  sur lequel viendrait se briser tous les espoirs des sélections du vieux monde. A cet égard, les prochaines années seront déterminantes, avec en point d’orgue l’édition 2023 de la coupe du monde, organisée par la France.

Un nouvel échec de l’hémisphère Nord transformerait certainement ce qui n’est qu’un sentiment diffus en irréfragable conviction.

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Always blame the french (referee) !

World Rugby vient de désigner Jérôme Garcès pour arbitrer la finale de la Coupe du monde entre l’Angleterre et l’Afrique du Sud. Si l’ensemble de la communauté ovale française se félicite de cette décision, il n’en est pas de même, loin s’en faut, sur les réseaux sociaux voire chez certains médias anglo-saxons.

Ces réactions témoignent d’abord d’une vieille défiance de nos amis outre-Manche pour tout ce qui vient de France. Après tout, il faut rappeler que la FFR n’a été invitée à la table de l’IRB, devenue World Rugby, qu’en 1978. L’édition 2019 de la Coupe du monde est la neuvième de l’histoire, et c’est seulement la première à être dirigée par un Français…

Ensuite, les critiques sont le fruit d’une croyance tenace chez les supporters Sud-Africains selon laquelle Jérôme Garcès serait « anti-Springboks », comme en témoignerait le ratio de défaites / matchs dans lesquels le sifflet était confié au Palois. On rappellera, après Mark Twain, qu’il y a trois sortes de mensonges : les petits, les gros, et les statistiques. Nul défiance de la part de l’arbitre français, seulement l’application du règlement, comme il s’est toujours attaché à le faire en toute circonstance.

Enfin, on a bien senti dans la presse outre-Manche, en particulier galloise, que la campagne de dénigrement organisée à l’encontre de Jérôme Garcès avait pour corolaire le soutien de la candidature de Nigel Owens, alors que celle de l’Anglais Wayne Barnes, favori logique, était invalidée par la présence du XV de la Rose en finale. Visiblement, ce lobbying médiatique n’a pas eu le succès escompté, même si est avancée une blessure au mollet pour justifier l’absence de l’intéressé dans le groupe des arbitres en charge de diriger la partie.

La désignation de Jérôme Garcès répond peut-être à des considérations plus politiques que sportives : après tout, la France organisera la prochaine édition de la Coupe du monde, et la décision de World Rugby témoigne de son soutien au rugby français qui n’a pas été à la fête depuis plusieurs années au plan international, y compris au sein des instances du rugby mondial. Mais il faut surtout retenir que l’arbitre tricolore doit l’honneur qui lui a été fait à l’excellence de ses prestations sur le terrain.

Certes, il n’a pas évité quelques erreurs, mais quel arbitre peut prétendre avoir été parfaitement irréprochable sur ce plan ? On lui reproche une certaine libéralité dans les rucks, mais il faut rappeler que l’arbitrage en rugby obéit à deux impératifs. En premier lieu, il faut trier les fautes, c’est-à-dire relever celles qui empêchent de manière significative le jeu de se dérouler. Tout siffler reviendrait paradoxalement à rendre les matchs injouables. Le second impératif consiste à faire preuve de cohérence. Ainsi, il est possible de faire preuve de bienveillance sur tel ou tel aspect du jeu, mais le faire équitablement, et ne pas sanctionner une équipe quand l’autre le serait pour le même type de faute.

N’en déplaise à ses détracteurs, Jérôme Garcès répond à ces deux attentes. Il sait créer les conditions pour que la décision d’un match ne soit pas dans les mains de l’arbitre mais dans celles des deux équipes qui s’opposent. « Always blame the French ! » dit un adage anglo-saxon. On aurait pu ajouter « referee » sans dénaturer ce dicton.

En attendant de juger sur pièce la prestation de Jérôme Garcès, on rappellera qu’un autre Béarnais avant lui avait su créer les conditions de jeu idéales pour faire entrer un match dans la légende du rugby. Il s’appelait Georges Domercq, et dirigea la rencontre Barbarians britanniques – Nouvelle-Zélande du 20 janvier 1973.

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