Mai 25

Montpellier au White spirit

Mourad Boudjellal avait menacé la LNR de demander aux Anglais d’inscrire le RC Toulon en Premiership. Aujourd’hui, on se demande si Mohed Altrad ne va pas faire de même auprès de la SARU et solliciter la participation du Montpellier Hérault Rugby à la Currie Cup. Le recrutement à outrance de joueurs sud-africains – dont on cherche parfois ce qu’ils peuvent avoir de plus que les Français, à part la même nationalité que l’entraîneur Jake White, tourne à la caricature. Pas un jour, ou presque, sans une nouvelle signature.

A part les agents de joueurs spécialisés dans le super-rugby, et quelques supporters qui préfèrent fermer les yeux sur la situation au prétexte que cela rapporte des trophées à leur club, on voit mal qui peut se réjouir de cette situation. Et si, encore, cette équipe « hors sol » produisait le jeu qui fait tant bader (avec ou sans « n ») les amateurs de ballon ovale. Même pas. Jake White n’est pas un adepte de la double redoublée ou de la croisée à hauteur. Non, le coach de la plus ennuyeuse équipe ayant jamais été sacrée championne du monde a dupliqué ses bonnes vieilles recettes : le physico-physique, et ce qu’on appelle le « jeu direct » pour éviter de lui donner d’autres noms mettant en évidence sa pauvreté.

Jake White aime visiblement les choses simples. Foin de complexes schémas de jeu et foin d’embêtante gestion de nationalités et donc de cultures différentes. Comment réagir autrement qu’avec incrédulité quand on apprend que l’entraîneur montpelliérain préfère titulariser le transparent mais anglophone Nic White au détriment d’un Benoit Paillaugue en pleine bourre pour la finale de la Challenge cup ? Et que dire de la décision de White de ne même pas placer François Trinh-Duc sur le banc pour la dernière rencontre du MHR à domicile ? L’ouvreur français, formé à la belle école du Pic Saint-Loup, symbole de ce club qui a tant besoin de se forger une histoire, lui qui n’a été créé que dans les années 80, n’aura pas droit à l’ovation qu’il mérite. Quel risque prenait White de l’aligner ? Parce que Montpellier jouera contre Toulon, futur employeur de Trinh-Duc. On aimerait que cela n’en soit pas la raison mais, à vrai dire, on ne saurait l’écarter totalement.

François Trinh-Duc va donc partir de Montpellier sur la pointe des pieds. Et peut-être y reviendra-t-il l’an prochain à la tête de l’attaque toulonnaise, en vainqueur. On le lui souhaite. En attendant, le président Mohed Altrad, qui est paraît-il un homme formidable, laisse son entraîneur transformer son club en vulgaire succursale d’une holding sans âme.

Imperturbablement, Jake White lessive tout ce qui faisait du MHR un club sympathique, dont on appréciait l’enthousiasme et les ambitions. Un club est fait des hommes et des femmes – de tous horizons – qui le construisent patiemment et forgent son identité. Pas sûr que le passer au « white spirit » fera vraiment grandir le Montpellier Hérault Rugby.

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Mai 22

UBB : encore raté ?

LOGO_UBBÇa va devenir une sale manie : l’Union Bordeaux-Bègles est bien partie pour rester. Rester aux portes des barrages qui opposeront les clubs du Top14 classés de la troisième à la sixième place. Comme l’an passé, le club girondin va certainement nourrir des regrets pour avoir oublié quelques points ou laissé filé des victoires qui lui tendaient les bras. Comme hier ? Pas impossible. Sur la pelouse de Montpellier, l’UBB aurait pu sans doute, aurait dû, peut-être, rapporter quatre points et non un seul, quatre points qui lui auraient permis de grimper à la sixième place du classement à laquelle s’accroche le Castres Olympique avec une belle réussite.

Malheureusement pour les Bordelo-Béglais, leur fragilité en mêlée et leur manque de densité face aux colosses sud-africains de Mohed Altrad leur auront coûté la victoire. Le MHR propose actuellement un rugby qui fait davantage rêver les culturistes que les danseurs classiques, mais c’est le rugby qui, en Top14, finit souvent (toujours ?) par gagner. Et à ce jeu là, l’UBB reste un cran en dessous. On veut bien, avec son président Laurent Marti, trouver que le club girondin n’a pas été aidé par un arbitrage plus favorable aux défenses qu’aux attaques (pour dire le moins), mais il serait trop facile de se cacher derrière des prétextes faciles plutôt que de chercher les vrais raisons de cette saison qui s’annonce ratée. Car la non qualification pour les barrages sera évidemment synonyme d’échec pour ce club qui a réalisé de gros efforts de recrutement.

Depuis le départ de Vincent Etcheto, en fin de saison dernière, le jeu de l’UBB n’est plus tout à fait aussi excitant à regarder. Malheureusement, il n’est à l’évidence pas beaucoup plus efficace. Certains joueurs n’ont pas donné toute la mesure de leur talent, en particulier les deux australiens Sekope Kepu et Adam Ashley-Cooper. Metuisela Talebula n’est plus le « facteur X » des saisons précédentes, et malgré ses progrès en conquête, le pack reste encore en deçà du rendement attendu d’un candidat au Brennus. Comme plusieurs autres clubs de l’hexagone, l’UBB a pâti de la Coupe du monde qui l’a privé de plusieurs joueurs et de ses nouvelles recrues en début de saison. Mais cette explication paraît un peu courte. Il faut peut-être également regarder du côté de l’encadrement qui n’a pas su ou pas pu créer les conditions favorables au succès de leur troupe.

Mathématiquement, l’Union Bodeaux-Bègles n’est pas éliminée de la course aux barrages, puisqu’elle ne compte qu’un point de retard sur Castres et qu’il reste deux journées à disputer. Mais le calendrier est pleinement favorable aux Castrais qui joueront face à Oyonnax et au Stade Français, deux formations qui n’ont plus rien à espérer dans ce championnat, alors que l’UBB devra affronter le CAB Brive et aller à Toulon.

Le club girondin peut espérer un rebond favorable du destin, mais celui-ci relèvera sinon du miracle, du moins d’un sacré coup de pouce du destin. On peut comprendre que Laurent Marti, qui y a beaucoup investi, soit agacé de devoir compter là-dessus pour enfin voir l’UBB décrocher son billet pour les barrages.

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Mai 21

Toulouse : sale temps pour les « vieux »

L’affaire a fait grand bruit sur les réseaux sociaux, alimentée d’ailleurs par l’intéressé lui-même. Après quatorze saisons passées au Stade toulousain, Vincent Clerc a signé au Rugby club toulonnais. Un transfert que l’ailier multi-titré avec Toulouse n’a pas forcément appelé de ses voeux. Lui souhaitait poursuivre l’aventure encore une petite année dans le club haut-garonnais, mais les conditions financières proposées par René Bouscatel ne lui convenaient pas. Il a donc préféré partir chez d’autres rouge-et-noirs plus enclins à s’aligner sur ses prétentions salariales.

En ces temps de crise et de chômage élevé, on pourrait trouver un peu déplacée la position de Vincent Clerc qui a refusé un salaire d’environ 8000€ net. Cependant, comment qualifier l’attitude de René Bouscatel ? L’âge de Vincent Clerc (35 ans) justifie-il de diviser sa rémunération par trois ? D’autant qu’il reste l’un des meilleurs marqueurs d’essais de son équipe cette saison et que son hygiène de vie lui permet de tenir la dragée haute à des concurrents plus jeunes mais bien moins efficaces. Au-delà de ces arguments sportifs, ce qu’a apporté Vincent Clerc au Stade toulousain aurait mérité davantage de considération de la part des dirigeants de ce club.

Les explications données par René Bouscatel, qui accable le salary cap, font sourire quand on voit que le très peu convaincant Paul Pérez a été prolongé ou que le club est sur les rangs pour recruter le pilier droit All Black Charlie Faumuina, dont le contrat sera très certainement substantiel. On devine qu’il y a d’autres motifs derrière la façon cavalière avec laquelle Vincent Clerc a été traité.

Avec le départ de « Chicken », c’est un chapitre entier de l’histoire du Stade toulousain qui se referme. D’autant qu’un autre joueur emblématique des rouge-et-noirs, Clément Poitrenaud, a récemment annoncé sa retraite sportive à la fin de la saison, avec l’espoir que le Stade lui propose une reconversion intéressante au sein du club.

On sait bien que désormais professionnel, le rugby ne s’encombre plus de sentiments. Et Toulouse n’est pas la seule équipe à manquer singulièrement de classe dans la gestion de ses « vieux ». Mais on est toujours peiné de voir un club aussi emblématique de ce rugby qu’on chérit tant se montrer aussi oublieux des valeurs dont ils s’est longtemps prévalu.

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Mai 18

Cancoriet, l’indispensable remplaçant

150526-cancorietFranck Azéma n’est pas content, mais alors pas du tout. La raison ? Les sélectionneurs du XV de France des moins de vingt ans ont appelé le troisième-ligne Judicaël Cancoriet pour disputer le championnat du monde U20 qui se disputera en Angleterre en juin prochain. L’entraîneur est en colère, car, affirme-t-il, il comptait sur Cancoriet pour les phases finales du Top 14.

Si les supporters clermontois connaissent bien le jeune troisième-ligne, les amateurs moins informés doivent certainement se demander qui est ce joueur devenu soudainement si précieux que son coach ne veuille pas le laisser partir pour participer à la compétition la plus importante de sa catégorie d’âge, le dernier tournoi mondial qu’il disputera à moins de faire partie des rares élus qui auront la chance de disputer un jour la « grande » coupe du monde.

Rien d’étonnant à ce que le nom de Cancoriet ne parle pas au plus grand nombre. Ses apparitions en Top14 cette saison se comptent sur les doigts d’une seule main. Cela est compréhensible, puisqu’il joue à un poste où la concurrence est particulièrement relevée, avec les Bardy, Gérondeau, Lapandry, Kolelishvili et Yato.

La réaction de Franck Azéma pourrait prêter à sourire. Après tout, n’est-ce pas un réflexe d’Auvergnat que de vouloir conserver par devers soi toutes ses richesses ? Mais l’agacement du manager clermontois suscite davantage celui des défenseurs de la sélection nationale qui voient dans cette réaction la énième manifestation du principe cher au rugby professionnel : « ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est négociable ».

On n’a pas entendu le même Azéma remercier la FFR de sa démarche vis-à-vis d’un autre grand espoir, Arthur Iturria, sollicitant le coach de l’ASMCA sur l’opportunité de sélectionner le deuxième-ligne pour la tournée d’été en Argentine ou de le laisser à la disposition de son club pour les phases finales. C’est d’ailleurs cette deuxième solution qui a été retenue. Comme quoi, la Fédération n’est pas systématiquement en opposition vis-à-vis des employeurs des joueurs…

Il est dommage que Franck Azéma, ancien international U21, adopte une attitude aussi fermée, alors que Judicaël Cancoriet est encore loin d’être un titulaire indiscutable de son équipe. Affirmer que les phases finales du Top14 sont plus formatrices qu’un championnat du monde U20 est discutable, car l’expérience d’un tournoi mondial est inestimable pour un joueur de très haut niveau. Mais ce qui l’est encore plus, c’est de vanter les mérites d’une compétition à laquelle l’intéressé n’est pas certain de participer autrement, dans le meilleur des cas, qu’en qualité de remplaçant. Pas sûr que faire banquette sur une pelouse du Top14 soit incommensurablement plus formateur que de batailler dans les rucks face à l’élite de la jeunesse néo-zélandaise ou anglaise.

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