Une question de crédibilité

Gaël Fickou, trois-quarts centre international du Stade français va terminer la saison avec le club voisin du Racing 92, profitant de la possibilité offerte par la LNR aux équipes du Top14 de recruter des joueurs supplémentaires jusqu’à la fin du mois d’avril. Le joueur et, dit-on, le Stade, y trouvent leur compte. Mais quid des supporters et, plus largement, de ceux qui ont pour ce sport les yeux de Chimène ?

En autorisant ce genre de mouvement, la LNR contribue à rendre encore un peu moins lisible la compétition phare du rugby français, déjà structurellement bancale avec l’existence des doublons qui privent les clubs de leurs internationaux durant le Tournoi et la fenêtre des tests automnaux. Au-delà, elle entame sérieusement la cohérence d’un championnat où il est aujourd’hui possible de se renforcer pour éviter la relégation ou sécuriser sa qualification pour les phases finales.

A cet égard, l’argument du caractère exceptionnel de la situation actuelle, et l’invocation des soucis financiers des clubs pour cause de huis-clos laissent songeur au regard des derniers recrutements effectués par les formations de l’hexagone.

Sans, bien entendu, réclamer le retour aux pratiques d’antan qui allaient jusqu’à empêcher les joueurs « mutés » de disputer des matchs avec leur nouvelle formation pendant près d’un an, il semblerait opportun de réfléchir à la pertinence d’un système qui renforce le sentiment que seul l’argent régit le fonctionnement de la compétition : les clubs déficitaires vendent leurs joueurs pour alléger leurs charges, les clubs dotés de moyens suffisants en achètent pour pallier leurs carences sportives.

Il faudrait être naïf pour estimer que le phénomène est nouveau. Après tout, la bourgade de Quillan figure parmi les détenteurs de Brennus grâce à la fortune d’un chapelier. Mais il est aujourd’hui nécessaire de poser la question des principes qui doivent structurer le Top14 et de leur stabilité dans le temps.

C’est, purement et simplement, une question de crédibilité.

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Transformer les promesses en certitudes

Le Tournoi 2021 tout juste terminé que commencent à poindre les premiers bilans du parcours du XV de France dans la compétition. Qu’il émane de la presse spécialisée ou de simples supporters, le constat général est pour le moins mesuré. On ne s’arrêtera pas ici sur les rares manifestations d’aveuglement rejetant en bloc toute espèce de progrès accompli par cette équipe, en mettant ces réactions sur le compte d’un désarroi proportionnel à l’espoir de succès placée en elle au début de la compétition ou sur l’inimitié tenace que le sélectionneur français engendre chez certains à son endroit.

Sur le plan strictement comptable, les Français n’ont pas fait mieux que lors du Tournoi 2020, terminant comme l’an passé à la deuxième place. Ils affichent même une défaite de plus au compteur, ce que les optimistes nuanceront en invoquant la bévue de Brice Dulin commise devant l’Ecosse, et que les moins bienveillants souligneront en rappelant le miracle obtenu une semaine plus tôt face au Pays de Galles.

S’agissant du jeu lui-même, au vu des cinq rencontres disputées par les Bleus, une appréciation nuancée s’impose. S’il affiché des progrès dans plusieurs domaines, le XV de France reste clairement perfectibles à plusieurs égards, quand bien même on ne saurait passer sous silence le « tragi-covid » épisode de la bulle sanitaire percée qui a très clairement perturbé la préparation et le déroulement du Tournoi des tricolores.

Même si leur survenance encore trop épisodique peut agacer ceux qui estiment le potentiel des Bleus encore insuffisamment exploité, les combinaisons offensives proposées par les attaquants tricolores ont clairement démontré qu’ils pouvaient être dangereux non seulement sur des ballons de récupération, mais aussi, fait nouveau en 2021, en sortie de touche ou de mêlée, ajoutant une incertitude bienvenue dans les esprits adverses.

A cet égard, parmi les satisfactions, la touche s’impose d’évidence. En deux ans, l’alignement français rivalise de plus en plus avec la concurrence internationale, ce qui n’est pas sans relation avec les progrès accomplis dans les lancements de jeu. En mêlée fermée également, le sentiment domine d’une plus grande tenue, ou à tout le moins d’une moindre fragilité.

En défense, même si le XV de France a encaissé moins de points cette année que l’an passé (103 contre 117). Moins dominateurs dans cet exercice, les hommes de Fabien Galthié ont semblé subir davantage à l’impact, tout particulièrement lors de leurs trois dernières rencontres. Néanmoins, sans parler de progrès depuis 2020, la manière dont les Bleus défendent sur les mauls reste très consistante au regard des difficultés qu’ils rencontraient traditionnellement dans ce secteur. La qualité des contests est également à mettre au crédit du staff, même si, il est vrai, les défenseurs tricolores ont, semble-t-il, été moins récompensés cette année.

Ce qui, en revanche, reste problématique sur le terrain et ne paraît avoir enregistré de véritable progression, c’est l’absence de maîtrise globale du match qui va au-delà de la gestion des inévitables temps faibles survenant en cours des rencontres. Contre les Home nations, le XV de France n’est pas parvenu à imposer son rythme, même lorsqu’il a davantage mis la main sur le ballon comme face à l’Ecosse. La capacité à doser judicieusement ballons rendus (la fameuse « dépossession ») et conservés demeure indéniablement en chantier.

Enfin, le chantier du coaching est peut-être celui qui interpelle le plus les spécialistes. Ce thème n’est pas le moins légitime, tant celui-ci peut changer la physionomie d’une rencontre : ce fut positivement le cas face au Pays de Galles, et pas en Angleterre. Après la défaite face à l’Ecosse, Fabien Galthié n’a pas convaincu les sceptiques sur sa capacité à corriger un coaching jugé insuffisamment efficace.

Parce qu’il questionne les choix du sélectionneur et son staff, et comporte des paramètres échappant au seul terrain, ce thème sera sans nul doute celui qui suscitera le plus d’interrogations et de débats, et potentiellement d’incompréhensions.

Au final, le XV de France dispose de belles marges de progression, à sa portée car son effectif est jeune et talentueux et l’émulation entre les joueurs qui le composent apparaît saine et positive. Leurs différences loin de les léser, les enrichissent comme ils enrichissent la palette tactique du sélectionneur. A lui de transformer les promesses en certitudes. Il lui reste deux petites années pour y parvenir.

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Une fausse note pour terminer

Les supporters les plus fervents du XV de France, et sans doute les plus oublieux de la difficulté de l’entreprise, espéraient une victoire bonifiée assortie – excusez du peu – de 21 points d’écart, conditions sine qua non pour remporter le Tournoi. Las, la symphonie écossaise escomptée a vu les Bleus enchaîner les fausses notes et terminer par un couac majuscule, offrant dans les arrêts de jeu le gain du match au XV du Chardon.

Certains y verront un retour de karma après l’épisode tragi-comique de la bulle sanitaire percée, qui avait conduit au report de ce match et que le community manager de la FFR a trouvé spirituel de moquer deux jours avant cette confrontation, provoquant la consternation de bon nombres de supporters français et le légitime agacement de leurs homologues écossais.

Il serait tentant d’invoquer des circonstances atténuantes à cette défaite. Regretter que Monsieur Barnes, par ailleurs si pointilleux dans son arbitrage, n’ait pas jugé utile de faire vérifier par le TMO la validité du premier essai écossais, inscrit par Duhan van der Merwe alors que ce dernier avait d’abord été bloqué au sol devant la ligne d’en-but. Souligner que le deuxième essai du XV du Chardon devait plus à un heureux concours de circonstances qu’à autre chose. Estimer que les essais tricolores étaient quant à eux la marque d’une qualité offensive qu’on n’avait pas vue depuis longtemps dans cette équipe. Et, bien sûr, estimer que la relance suicidaire de Brice Dulin, qui n’avait qu’à botter en touche pour assurer le succès des siens, n’aurait jamais été tentée si la victoire de 3 points, acquise à cet instant, avait été suffisante pour remporter le Tournoi.

Mais n’en déplaise à Oscar Wilde, il faut se garder de céder à la tentation. Car ce XV de France mérite mieux que des circonstances atténuantes. Ses indéniables progrès comme son immense marge de progression justifient qu’on porte sur lui un regard lucide.

Hier au Stade de France, sous des trombes d’eau, l’équipe de Fabien Galthié a joué par à-coups, comme si l’enjeu d’une victoire à quatre essais et 21 points d’écarts avait distillé son poison dans les têtes tricolores, les poussant à chercher trop vite des solutions devant une défense fidèle à sa réputation, les frustrant à chaque occasion ratée.

La dimension athlétique de la rencontre doit également être relevée. Manquant d’agressivité en défense, les Bleus ont baissé de pied au fil de la partiee, subissant les impacts et étant davantage pénalisés en deuxième période alors que leurs adversaires semblaient au contraire capables de conserver la même intensité tout au long de la partie. Cette lente érosion physique, contrastant avec la fin de rencontre offerte par ces mêmes tricolores devant les Gallois une semaine plus tôt, est sans doute une des clés de la défaite française.

Elle n’est certainement pas la seule. Les leaders tricolores, Antoine Dupont et Romain Ntamack en tête, ne sont pas parvenus à imposer leur rythme, et ont peu à peu laissé l’Ecosse manœuvrer à sa guise. La troisième-ligne française, si brillante et décisive habituellement, a souffert de la comparaison avec sa rivale écossaise, Hamish Watson en tête, ce dernier validant certainement hier son ticket pour la tournée estivale des Lions britanniques et irlandais. Fébriles sous les chandelles, imprécis et irréguliers, les trois-quarts ont été à la peine, seul Gaël Fickou a surnagé sur la durée de la partie.

Ainsi, le XV de France a perdu un match qu’avec davantage de maîtrise il n’aurait pas dû laisser filer. Cette même impression prévalait lors de la défaite à Twickenham, et la rencontre face au Pays de Galles a laissé également poindre cette lacune.C’est certainement ce sur quoi il lui faudra travailler pour livrer dans l’avenir des partitions sans fausse note.

Et a fortiori sans couac final.

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Aux audacieux, la fortune

Ce dimanche matin, un grand nombre d’amoureux du rugby se sont réveillés le sourire au lèvre, non sans avoir, certainement, éprouvé le sentiment d’avoir rêvé.

Comment une équipe dominée durant une bonne heure, prise au piège par des Gallois survoltés et sûrs de leurs forces, réduite à 14 après un carton rouge, a-t-elle pu renverser comme elle le fit une situation que bon nombre de ses devancières auraient irrémédiablement subi pour assister impuissantes au sacre des Diables rouges ?

Les psychologues parleront de résilience et de solidarité, les techniciens de décisions lucides et de gestes clés, les entraîneurs de remplacements judicieux, les arbitres de coups de sifflet courageux à un moment du match où la plupart des directeurs de jeu ont tendance à laisser les joueurs s’expliquer sans prendre le risque d’influencer le sort de la rencontre.

Les autres, les rêveurs, les indécrottables romantiques, considéreront que, décidément, ce sport recèle des mystères qui en renouvellent la mythologie avec une incroyable régularité.Le XV de France n’a certainement pas disputé son meilleur match de la saison, loin s’en faut. Subissant en défense, ne parvenant pas à inverser la pression galloise, les Bleus ont passé beaucoup de temps à chercher la clé sans la trouver.

Et le carton rouge infligé à Paul Willemse, alors qu’ils venaient d’inscrire un essai pour recoller au score, essai refusé pour ce motif, ne laissait guère place à l’espoir d’un succès tricolore. Pourtant, Charles Ollivon, notre Charles de Gaule, et ses coéquipiers ont refusé l’inéluctable.

Remettant leur jeu à l’endroit, puisant sans doute un sentiment d’injustice dans les faits de jeu contraires qu’ils ont enchaînés au fil des minutes, aidés par l’entrée en jeu de « finisseurs » parfaitement à la hauteur des attentes placées en eux, les Bleus ont offert à leurs supporters une fin de match époustouflante d’intensité et de justesse.

Désormais, si leurs adversaires peuvent encore se dire que cette équipe est, à bien des égards, perfectible et donc loin d’être imbattable – ce que les Anglais ont montré la semaine passée, les voilà prévenus qu’ils devront se méfier jusqu’à l’ultime seconde de ces Bleus prêts à toutes les audaces pour leur contester la victoire.

Et on le sait, la fortune finit toujours par sourire aux audacieux.

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