Élections à la FFR : L’andouillette commence à sentir fort

« La politique, c’est comme l’andouillette, disait le lyonnais Edouard Herriot, fin connaisseur de l’une et de l’autre, ça doit sentir un peu la merde, mais pas trop. »

Une élection, même à la tête d’une fédération sportive, reste un évènement politique. Et le moins que l’on puisse dire est qu’à cette aune, il est déconseillé aux narines un peu sensibles de trop s’approcher du processus de désignation du prochain président de la Fédération française de rugby.

Entre petites phrases, les attaques ad personam et, dernier coup d’éclat en date, refus de communiquer à la liste adverse les comptes fédéraux malgré l’injonction d’un tribunal, l’actuel président et qui entend bien le demeurer, ne donne pas une meilleure image que celle de ses prédécesseurs contre laquelle, pourtant, il affirmait lutter lors de sa première campagne victorieuse fin 2016.

Malgré les critiques en règles formulées par l’opposition conduite par Florian Grill, Bernard Laporte et sa garde rapprochée n’entendent visiblement pas dévier de leur ligne de conduite actuelle. Il y aurait pourtant intérêt car, d’après certains petits bruits de couloirs, cette attitude produirait un effet inverse à celui recherché, faisant pencher les indécis dans le camp adverse, et avec eux la balance des résultats.

Un nouvel événement vient d’intervenir qui pourrait définitivement coûter son siège au locataire de Marcoussis, avec son placement en garde à vue par la Brigade de répression de la délinquance économique dans le cadre de l’enquête qui le vise, avec Mohed Altrad, pour conflits d’intérêts et favoritisme. Si une garde à vue n’est aucunement synonyme de culpabilité, le symbole fait mal à dix jours du scrutin que Bernard Laporte a maintenu au 3 octobre malgré l’avis du conciliateur du CNOSF de repousser celui-ci de quelques semaines afin de permettre à la campagne de se poursuivre après sa mise entre parenthèses pour cause de crise sanitaire.

La FFR n’est pas la première fédération sportive engluée dans des affaires judiciaires et il suffit d’une rapide recherche sur Google pour constater que les autres disciplines ne sont pas nécessairement des parangons de vertu. Néanmoins, la multiplication des avanies présidentielles écorne chaque jour davantage la réputation d’un sport dont l’image s’est dégradée depuis plusieurs années.

Alors que l’élan né de l’obtention de la Coupe du monde 2023 tend à s’essouffler quelque peu dans le contexte actuel de crise sanitaire, que les clubs professionnels, en conflit quasi-ouvert avec la Fédération, se battent pour sauver leur existence mise en danger par les pertes financières née du COVID, que les clubs amateurs mettent en doute certaines mesures de réorganisation introduites par la fédération et traversent eux-aussi les affres de la pandémies, la réélection de Bernard Laporte qui allait de soi il y a encore quelques semaines n’est désormais plus du tout assurée.

Mais si, aujourd’hui, chaque camp peut envisager la victoire, le rugby français n’aura sans doute rien gagné dans ces élections, sinon la conviction que, décidément, à la FFR plus qu’ailleurs l’andouillette sent particulièrement fort.

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Carton vert au rugby français !

La crise sanitaire que nous traversons a remis sur le devant de la scène des considérations écologiques sous-jacentes depuis de très nombreuses années. Jamais le monde ne s’était senti aussi concerné par ces questions de développement durable et surtout la responsabilité que cela implique chez tout un chacun. Nous, amateurs de rugby, le sommes tout autant. L’écologie est un sujet qui colle à nos valeurs de respect et de nécessité d’agir en commun. Cet article ne constitue en rien un manifeste pour l’écologie et le développement durable. J’aimerais n’avoir à convaincre personne de son bien fondé mais c’est surtout que je laisse cette tâche à des personnes bien plus spécialisées que moi sur le sujet et qui sauront mettre en avant des arguments implacables. Cet article aspire ainsi à autre chose : réfléchir sur le rôle que doit jouer le rugby dans ce nouveau paradigme écologiste.

Alors que les compétitions sont à l’arrêt, qu’on les repense afin de les adapter au contexte sanitaire actuel, le moment semble opportun pour les penser d’un point de vue écologique. Les compétitions professionnelles de rugby ont un impact majeur et très néfaste sur l’environnement. A titre d’information, un aller-retour Paris-New York en avion émet autant de CO2 que devrait en émettre au maximum un citoyen sur une année afin de ne pas contribuer au réchauffement climatique. Alors faire voyager une trentaine d’équipes dans une douzaine de destinations sur tous les continents afin de disputer les World Series est-il compatible avec nos convictions ? De la même manière les équipes du Top 14 qui partent en déplacement en avion pour de simples questions de confort doivent-elles avoir conscience du choix d’une alternative bien plus polluante que le train et bien moins respectueuse de l’environnement.

Le modèle économique du rugby repose sur la consommation à outrance. Acheter des maillots qui changent tous les ans, multiplier les produits dérivés tous plus inutiles les uns que les autres magnifiés par le logo qu’ils arborent… Nos comportements sont irresponsables. Les clubs de 4e série n’ont pas besoin de porte-clés au nom du club ou de bracelets en plastique fabriqués en Chine pour connaître une ferveur authentique. Les joueurs n’ont pas besoin d’avoir un nouveau jeu de maillot chaque semaine, des t-shirts d’entrainements et sacs à foison pour être performants. La marchandisation du rugby pousse ses acteurs à ignorer des convictions qui pourtant sont ancrées au plus profond de nous, jeunes gens de la génération Z. Cette marchandisation on la retrouve aussi dans l’utilisation qui est faite de l’image du rugby. Total bénéficie de la médiatisation de la section paloise pour promouvoir ses activités et la consommation d’hydrocarbures, l’équipe de France elle-même faisait aussi l’apologie de la consommation de véhicules personnels de prestige grâce à son sponsoring par BMW, Air France a aussi longtemps sponsorisé le Paris Sevens. Le rugby est un sport qui attire le plus souvent des entreprises qui partagent ses valeurs comme de nombreuses mutuelles et, en ce sens, échappe à la responsabilité de promouvoir les activités polluantes de nombreuses entreprises.

Mais est-il possible d’imaginer un autre rugby ? Un rugby où les compétitions ne devraient pas être toujours plus internationales pour que règne la performance ? La coupe du monde de football de 2018 avait émis 2,1 millions de tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions de 200 000 français sur une année, les événements internationaux sont les bourreaux de notre planète. Alors qu’attend-on pour créer un rugby qui pense aux jeunes joueurs, non pas en adaptant les règles pour éviter qu’ils ne se mettent en danger, mais en pensant au monde qu’il va leur laisser ? Un rugby qui revienne à l’authenticité, qui continue à s’ancrer dans la localité, qui utilise sa force médiatique pour montrer l’exemple et sensibiliser ceux qui lui accordent de l’importance. Le rugby a des valeurs, a lui de montrer qu’elles sont réelles. Certains clubs de football ont entamé la marche, mettant en place des systèmes de récupération des eaux ou encore réduisant leur utilisation d’engrais et fongicides pour l’entretien des pelouses. Le gouvernement français commence à se prononcer quant à la nécessité de faire du sport un appui à la sensibilisation au développement durable. Alors quand verra-t-on un joueur marquer un essai, retirer son maillot avec en dessous un t-shirt en coton écoresponsable sur lequel règne en lettres vertes le slogan « Earth Life Matters » ?

De nombreuses initiatives existent aujourd’hui dans le rugby et elles ne cessent de se multiplier, mais la prise de conscience est encore trop lente. Nous n’avons plus de temps à gaspiller en disant qu’il faut laisser faire le temps. La prise de conscience doit être massive et efficace. J’attends du rugby que j’aime qu’il mette à profit son aura, ses valeurs et sa capacité à fédérer une communauté pour se responsabiliser et apparaître comme un acteur responsable. J’attends de chacun d’entre nous d’y contribuer et j’attends surtout des dirigeants et des joueurs de prendre ouvertement position.

Antoine Duval

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Calendrier international : farce amère pour les clubs

Le torchon ne brûle pas tout à fait entre les clubs anglais et français d’une part, et Word rugby de l’autre, mais on commence à entrevoir de sérieuses étincelles dans leurs relations. Le motif de la discorde tient en deux mots : calendrier unifié, monstre du Loch Ness que tous aimeraient voir apparaître mais qui reste bien caché dans les profondeurs de la grande mare aux canards du rugby mondial.

Bien que décliné en quatre options différentes, le calendrier unifié proposé par World Rugby repose sur un postulat unique, consistant, schématiquement, à regrouper les rencontres d’équipes nationales en début d’année, avec un Tournoi et un Rugby championship disputé durant la même période, puis à l’automne avec une compétition nouvelle aux allures de Coupe du monde des nations du Tier 1. Les autres dates du calendrier seraient laissées à la disposition des clubs pour leur championnat domestique et la Coupe d’Europe.

Sur le papier, l’idée est séduisante. Mais elle laisse ouverte un certain nombre de questions qui demeurent sans réponse à l’heure actuelle. Deux d’entre elles apparaissent particulièrement épineuses : la gestion des internationaux et l’impact de ce calendrier sur le format des championnats de clubs.

Sur l’année, les internationaux n’auront pratiquement aucun répit, à moins de leur ménager des plages de repos pendant les mois de compétitions domestiques. Or les clubs qui les emploient voudront-ils, même défrayés par leur fédération, disputer des rencontres sans leurs stars, celles qui amènent les spectateurs au Stade et les téléspectateurs devant leur télévision ?

Par ailleurs, ce calendrier global sera trop resserré pour autoriser une compétition comme le Top14 dans son format actuel. Il faudrait donc diminuer le nombre de participants ou celui des rencontres. Quant à l’articulation des championnats professionnels avec les compétitions amateurs, censées promouvoir une à deux équipes chaque année chez les pros, elle deviendrait problématique.

Ces aspects primordiaux, World Rugby ne semble pas y avoir accordé beaucoup d’attention, d’autant qu’elle a communiqué son projet de calendrier sans prendre préalablement l’attache des grands championnats domestiques. Et on ne parle pas du championnat du monde des clubs, autre serpent de mer que certains au sein de l’instance internationale verraient d’un bon œil…

Les présidents de club professionnels se sentent pour beaucoup les dindons d’une farce bien amère, concoctée au nom de la sauvegarde des fédérations de l’hémisphère sud, aux abois financièrement, auquel ce nouveau calendrier offrirait des dates supplémentaires de rencontres (et par conséquent de recettes) dans un cadre renouvelé (une nouvelle compétition) et donc plus attractifs que les « simples » test-matchs.Qu’on le veuille ou non, le poids économique du Top14 et de la Premiership anglaise, à l’aune des problèmes financiers rencontrés par les fédérations nationales, en font des interlocuteurs qu’il conviendrait pour World rugby, de considérer avec davantage d’égards. Si les instances dirigeantes ne parviennent pas à intégrer les clubs dans leurs réflexions, on risque d’attendre le calendrier unifié encore longtemps.

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Rugby pro : la quadrature du cercle

Alors que le pays se remet tout doucement à vivre à un rythme qui était le sien avant la mise sous cloche du confinement, un secteur d’activité reste un peu à l’écart du mouvement : c’est celui du sport professionnel. Pour toute une série de motifs qu’il serait trop long (et franchement hors sujet au regard de l’objet de ce blog) de commenter, les championnats professionnels ne redémarrerons pas avec plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Le rugby ne fait pas exception à la règle.

Dans un communiqué daté de ce 2 juin, le comité directeur de la Ligue nationale de rugby a fait savoir qu’il avait formellement adopté une résolution prévoyant l’arrêt définitif de la saison 2019-2020 de Top14 et de ProD2. L’arrêt des deux compétitions professionnelles s’accompagne du gel des classements et de la non-attribution des titres de champions de France (une première depuis la Deuxième guerre mondiale). Une autre décision, très attendue, a été prise, qui consiste à ne procéder à aucune accession ou relégation entre le Top14 et la ProD2 ainsi qu’entre la ProD2 et la Fédérale 1.

Cette mesure de « gel » qui transforme de facto en saison blanche l’exercice 2019-2020 apparaît somme toute logique. Une telle décision ne fait pas que des heureux, du côté des amateurs, ou plutôt, ce qui est un peu différent, des clubs de Fédérale 1, et plus particulièrement ceux dont les résultats sportifs les destinaient normalement à accéder à la ProD2.

Parmi les mécontents, certains ont fait entendre leur voix, comme Blagnac, par l’entremise de son médiatique dirigeant, Frédéric Michalak. Ce dernier, dans une lettre ouverte, a fait savoir son mécontentement devant le refus des clubs professionnels d’accepter l’accession de clubs de fédérales 1 la saison prochaine. Frédéric Michalak a par ailleurs fustigé la fin de non-recevoir que ces derniers ont opposé à la FFR de cofinancer le projet de « Nationale », ProD3 qui ne dit pas son nom. Pour l’ancien ouvreur toulousain et du XV de France, les clubs de Top14 et de ProD2, en s’opposant à ce cofinancement, empêchent l’ouverture du professionnalisme et « tournent le dos au rugby amateur ». Et d’invoquer certaines valeurs du rugby que la LNR foulerait au pied…

La colère des clubs situés à la lisière de la ProD2 peut s’entendre. Mais elle apparaît en décalage avec la situation économique des clubs de rugby professionnels que la crise sanitaire a mis en lumière avec une douloureuse acuité : précaire, la santé financière des formations professionnelles est particulièrement dépendante des droits télévisuels, des recettes de billetterie et, pour certains, de la prodigalité de financeurs mécènes.  Les droits télévisuels, bien qu’accrus ces dernières années, n’apparaissent pas indéfiniment extensibles. Il n’est qu’à voir la modicité de ce que verse la chaîne L’Equipe pour retransmettre quelques matchs de Fédérale pour s’en convaincre. Qu’on le veuille ou non, le rugby n’est qu’un deuxième choix dans la vitrine des diffuseurs.

Prétendre comme le fait Frédéric Michalak, que la « ProD3 » permettrait de « préparer l’élite amateur au professionnalisme » semble hasardeux. En quoi recevoir 100.000€ (chiffre avancé par certains) de subsides supplémentaires préparerait-il à la ProD2 ? Et si l’on regarde vers le bas, comment organiserait-on le passage de la fédérale à la « ProD3 » ?

Il faut y insister, la véritable problématique, à laquelle pour l’instant personne n’a répondu, concerne la viabilité du rugby professionnel au-delà des quelques formations disposant de la solidité financière nécessaire à leur pérennité. La course aux joueurs professionnels, semi-professionnels ou semi-amateurs, selon qu’on les rémunère plus ou moins, fait rage à presque tous les étages du championnat fédéral, et conduit même certaines formations à recruter des joueurs étrangers pour des salaires de misère. Est-ce vraiment souhaitable ? Quelles « valeurs » ces pratiques honorent-elles ?

Certes, il faut se souvenir que le professionnalisme a fait son entrée dans le rugby, il y a vingt-cinq ans de cela, en mettant l’accent sur ce qu’il apporterait aux joueurs, à savoir de pouvoir pratiquer leur sport préféré en étant rémunérés pour cela. Mais on a, semble-t-il, perdu de vue qu’il y a des contreparties pour ceux qui contribuent à verser un salaire aux joueurs et qui ne sont pas tous des mécènes. L’économie du rugby est fragile, et sa viabilité repose sur des paramètres nombreux, impliquant des acteurs sur lesquels il n’a que partiellement prise. L’urgence est aujourd’hui d’assurer la survie à court terme des clubs de Top14 et de ProD2 durement ébranlés par la crise du COVID-19, et de relancer la machine professionnelle.

Lorsque celle-ci aura, on l’espère, été digérée, il serait souhaitable que tous les acteurs du rugby, les professionnels et ceux qui aspirent à le devenir, se retrouvent sans faux-semblants pour construire un modèle plus solide que celui qui existe actuellement, de nature à répondre aux attentes des uns et apporter des garanties de stabilité aux autres.

Autant dire résoudre la quadrature du cercle aussi longtemps que le modèle professionnel demeurera l’alpha et l’oméga des dirigeants du rugby – ce qui n’est d’ailleurs pas le moindre des paradoxes pour un sport resté si longtemps cramponné à l’amateurisme.

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