Août 24

Mourad Boudjellal candidat à la LNR ? C’est plutôt une bonne nouvelle.

Hier, en marge de la présentation de son équipe pour la saison 2017-2018, le président du RCT Mourad Boudjellal a annoncé sa candidature à la présidence de la Ligue nationale de rugby dont l’élection se déroulera en octobre prochain. Le trublion varois sait bien que ses chances d’accéder à la direction de la LNR sont quasi-nulle. Ce genre d’élection est en effet aussi cadenassée qu’un match hivernal du Top14. Mais il veut profiter de la tribune qui lui sera accordée à cette occasion pour se livrer à une critique en règle des dirigeants en place, sans, selon ses dires, risquer d’être sanctionné. Il annonce également une série de propositions pour renforcer la place du rugby français sur la scène internationale et faire du XV de France une équipe vraiment compétitive face aux grandes nations d’ovalie.

Sur le premier point, on attend vraiment de voir si Mourad Boudjellal ira au-delà des griefs déjà connus et des accusations habituelles sur le thème du « ils sont juste là pour les petits fours ». Ainsi, on a hâte de connaître l’identité du fameux « Richelieu » censé diriger la LNR dans l’ombre du président Paul Goze, et de prendre connaissance des « dossiers » que le président toulonnais a déclaré vouloir ouvrir à cette occasion.

Mais c’est sur le second, surtout, qu’on espère assister à une véritable confrontation d’idées. Mourad Boudjellal se défend de vouloir un Top14 dirigé par l’argent et sans autre contrainte que celle du chéquier. Il a ainsi annoncé qu’il mettrait sur la table des mesures profitables au rugby dans son ensemble et pas seulement aux présidents des plus gros clubs de l’hexagone.

Si on ne peut reprocher à l’actuel président de la LNR, Paul Goze, de n’avoir aucun projet (cf. Le plan stratégique de la ligue présenté il a quelques semaines), force est de constater que certaines problématiques sont, aujourd’hui encore, au mieux esquissées (formation, calendrier), au pire éludées (modalités de mise en œuvre du salary cap, coût réel de la mise à disposition des internationaux…). Ce déficit de transparence ou, si l’on veut, ce manque d’allant pour traiter des dossiers épineux récurrents, rend logique et plutôt salutaire la candidature de Mourad Boudjellal.

Car le rugby français n’a pas tant besoin de moyens financiers supplémentaires que d’une véritable émulation dans la recherche de solutions à ses difficultés. Parallèlement, l’occasion sera donnée au président du RCT de sortir de son image savamment entretenue de bouc émissaire amateur de buzz médiatique. En soit, la candidature de Mourad Boudjellal est donc plutôt une bonne nouvelle et ne menace pas tant le rugby hexagonal que ceux qui le dirigent « en famille » sans véritable remise en question.

De notre point de vue, il convient donc de saluer plutôt que de critiquer la démarche, même s’il est à craindre que l’épisode ne débouche que sur une querelle d’hommes et un combat de petites phrases et d’imprécations auxquels nous sommes, malheureusement, aujourd’hui habitués.

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Août 23

Benoit Jeantet, la nostalgie, mais pas que

imageIl existe certainement dans plus d’un grenier familial, un sac de sport couvert de poussière contenant, comme autant de reliques, un vieux maillot de rugby au col à moitié arraché, un short usé conservant les traces de boue que les lavages successifs ne sont jamais parvenus à effacer complètement, des chaussures à crampons secs comme de la corne et quelques coupures jaunies de la presse locale affichant les photos d’une équipe d’adolescents posant fièrement les bras croisés sur la poitrine, un ballon « Wallaby » sur le sol.

Ouvrir Comme si le monde flottait, de Benoit Jeantet, c’est, d’une certaine manière, pénétrer dans ce grenier fantasmé, qu’on imagine au faîte d’une maison de pierre nichée sur quelque contrefort pyrénéen – mais qui pourrait aussi bien se situer dans une banlieue un peu grise d’Île-de-France, et humer le parfum de souvenirs refaisant surface le temps d’une lecture. Au fil des courtes chroniques que l’écrivain a proposées pour le site midi-olympique.fr et réunies dans cet ouvrage, Benoit Jeantet convoque les fantômes d’un passé qui, on le devine, n’est pas totalement né de son imagination. Il nous raconte, avec un style aux appuis nerveux comme ceux d’un trois-quarts et aux phrases amples comme les boucles de la Garonne, des moments de vie dont le point commun est, naturellement, le rugby.

Du sud de la France à la région parisienne, on croise ainsi l’ancienne vedette au soir de raccrocher les crampons, l’adulte faisant le compte de ses jeunes camarades disparus au gré des accidents de la route ou des maladies qu’on prétend implacables, des entraîneurs entraînant, des pères absents ou trop présents, des mères auxquelles on cache sa décision d’aller essayer le rugby mais qui ne sont jamais dupes de rien, la fille qu’on aime secrètement, le copain tellement plus fort que soi avec un ballon ovale mais faisant mine de n’en tirer aucune gloriole qui mettrait fin à la relation d’amitié…et bien d’autres figures qui, chacune, trace les contours d’un rugby d’hier – et peut-être d’aujourd’hui, donnant au lecteur le sourire aux lèvres et les larmes aux yeux.

Nostalgique, Benoit Jeantet ? Sans doute. Mais pas que. Ce dont nous parle l’auteur de ce livre, c’est d’amour. Amour pour ce jeu et ceux qui le pratiquent. Un sentiment intemporel qui irrigue les pages de Comme si le monde flottait. En un peu plus de 150 pages, Benoit Jeantet brosse avec talent des portraits attachants et profondément humains, aux marges de ce sport qui perdu un peu de son âme avec le passage au professionnalisme.

Comme si le monde flottait

Editions Salto

16 Euros

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Août 17

Sifflets dans les stades : une affaire d’éducation

La mésaventure olympique de Renaud Lavillénie aura valu à l’athlète français une jolie volée de e-bois vert sur les réseaux sociaux. En comparant les sifflets dont il a été victime pendant son concours de saut à la perche à ceux qui auraient accueilli Jesse Owens à Berlin en 1936, le perchiste français ne pouvait pas espérer autre chose qu’une belle bronca de la part du public brésilien au moment de recevoir sa médaille d’argent. S’il s’est trouvé quelques internautes pour défendre l’infortuné vice-champion olympique, les réactions les plus sensées ont évidemment constaté qu’il ne fallait pas s’attendre à des applaudissements de la part de spectateurs assimilés à des Nazis. Lavillénie a beau s’être excusé avant la remise de médailles, le mal était fait.

La réaction à chaud de Lavillénie rappelle, toutes proportions gardées, celle de Maxime Machenaud lors de la dernière finale du Top14, quand ce dernier avait, sous l’œil indiscret d’une caméra, insulté le toulonnais Matt Giteau et laissé entendre que le joueur du RCT s’était sciemment laissé tombé sur la tête pour provoquer son expulsion. Le point commun entre les deux épisodes ? C’est l’omniprésence des médias et l’impact des réseaux sociaux qui requièrent (malheureusement ou pas, on laissera chacun en juger) des athlètes professionnels qu’ils soient attentifs à leurs propos.

L’autre parallèle qu’il est possible de faire entre athlétisme et rugby concerne les sifflets à l’origine de la réaction de Renaud Lavillénie. Certains internautes, pour répondre au perchiste et à ceux qui le défendaient, ont relevé qu’après tout, en France, le buteur d’un match de rugby est rarement laissé tranquille par les supporters adverses au moment de sa tentative alors que le silence est normalement de mise. Ce phénomène est d’ailleurs de moins en moins réservé aux stades de l’hexagone. En athlétisme comme, à l’origine, au rugby, la tentative de saut ou de but se fait normalement dans le silence ou, éventuellement, sous les encouragements du public. Si la diffusion du ballon ovale en France s’est rapidement accompagné de débordements de la part du public (cf. Le match France – Écosse de 1913…), on ne croit pas avoir souvent vu celui de l’athlétisme, en France ou ailleurs, faire preuve d’un chauvinisme aussi exacerbé que celui de Rio. Dès lors, on peut comprendre que ce comportement ait pu contribuer à déstabiliser l’athlète et aider son adversaire à glaner l’or olympique. En 1980, le polonais Wladyslaw Kozakiewicz avait puisé dans les sifflets moscovites un supplément de motivation. Pas Renaud Lavillénie, malheureusement.

En athlétisme comme en rugby, les comportements en tribunes ne sont que le résultat d’une éducation sportive lacunaire. Le public qui vient au stade comme à un spectacle sans réellement connaître les codes des disciplines concernées ne sauraient adopter l’attitude qui est attendue d’un amateur plus éclairé. Et il n’est pas ici question d’élitisme, simplement de codes de comportement variant d’un sport à l’autre et des carences dans la diffusion de ces codes auprès des spectateurs. A cela s’ajoute certainement une tendance plus ou moins forte au chauvinisme, auquel les peuples latins semblent particulièrement enclins. On peut le regretter ou estimer que le phénomène est inhérent à la démocratisation de l’accès aux stade. Sans qu’il soit pour autant besoin de convoquer les nazis.

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Août 16

LNR, une stratégique ambition

C’est presque la rentrée des classes pour le Top14. A une semaine de la première journée de championnat, la Ligue nationale de rugby a tenu sa traditionnelle rencontre avec la presse. Cette fois, c’est la Machine du Moulin rouge qui a accueilli la manifestation et les capitaines des quatorze clubs qui se disputeront le Bouclier de Brennus. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que Paul Goze n’est pas venu pour brasser du vent, à en juger par les annonces qu’il a faites à l’occasion de la présentation du plan stratégique de la LNR pour les cinq prochaines années. Un plan straégque ambitieux.

On sait la ligue très attachée au développement du rugby professionnel dans les régions où, traditionnellement, celui-ci est absent. En annonçant la mise en place de moyens financiers au profit de clubs « à fort potentiel » dans ces régions, et en permettant à ces équipes de participer au ProD2 au moyen de « wild cards » (système d’invitations), la LNR se donne clairement les moyens d’accroître le périmètre du rugby pro. La mise en place d’une troisième division professionnelle dite « de développement » doit contribuer à pérénniser cette croissance géographique.

La ligue a souhaité également mettre l’accent sur la formation avec une revalorisation annoncée des indemnités versées aux clubs formateurs lors des recrutements des jeunes talents et des incitations supplémentaires pour que les JIFF soient davantage alignés en match. On espère que ces mesures contribueront à convaincre les présidents de clubs à jouer davantage le jeu en la matière. C’est le modèle Altrad qui est ici clairement discuté.

Pour la première fois peut-être, la LNR s’affiche clairement dans une démarche partenariale avec la FFR plutôt qu’en confrontation : outre la fameuse convention, très avantageuse pour le XV de France, la Ligue a annoncé le développement d’un championnat professionnel de rugby à 7, en obligeant les équipes du Top14 à constituer une formation de septistes. Beaucoup d’interrogations demeurent naturellement à ce stade : recrutements, calendrier, articulation avec le 7 de France… Mais l’initiative est ambitieuse et va dans le bon sens.

Naturellement, les deux championnats professionnels ne sont pas oubliés dans ce plan stratégique qui officialise la réforme des accessions et relégations, avec davantage de stabilité puisqu’il n’y aura qu’un seul ticket direct pour le Top14 et un barrage entre le dauphin de ProD2 et le pénultième de l’élite.

Le plan stratégique de la LNR évoque également la coordination des calendriers nationaux et internationaux. Mais il s’agit là d’intentions qui seront confrontées à nombres d’intérêts divergents.

Voilà qui plaira certainement à ceux qui plaident pour un Top14 plus spectaculaire et des équipes de France plus compétitives. Il n’est pas certain en revanche que les présidents des clubs professionnels soient tous enthousiastes devant les annonces de Paul Goze. Leur capacité à freiner les réformes, une spécialité française, devrait sans doute se manifester. L’avenir nous dira si ce plan stratégique portera les fruits attendus par le président de la LNR.

Mais il n’est pas interdit d’être optimiste.

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