Sep 22

François Moncla, bas bleus, cœur rouge

moncla1François Moncla n’a jamais caché son engagement politique. Résolument à gauche, au sein de la CGT et du Parti communiste. C’est d’ailleurs avec Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, qu’il a fait paraître un petit livre qui n’a cependant de rouge que le nom du rugbyman dont il raconte l’histoire : François Moncla, récit de vie et d’ovalie.

Natif de Louvie-Juzon, dans la magnifique vallée béarnaise d’Ossau, François Moncla fut l’un des plus beau fleuron du rugby des années 50 et 60, évoluant à l’aile de la troisième-ligne du Racing Club de France puis de Pau et, naturellement, au sein du XV de France qu’il a fréquenté à 31 reprises. Pour bon nombre d’amateurs, François « les bas bleus » (en référence à ses chaussettes du RCF), est l’un des héros de l’homérique tournée de 1958 en Afrique du Sud, quand les Tricolores ont réussi l’incroyable exploit de remporter la série de deux test-matchs organisée face aux Springboks. Un exploit narré par le menu dans le fameux livre de Denis Lalanne, Le Grand combat du XV de France.

Pour les Palois, François Moncla est avant tout le capitaine de la Section qui a brandi le Bouclier de Brennus en 1964 après un succès 14-0 devant l’AS Béziers, dernière finale victorieuse en date – dernière finale tout court – du club béarnais. Un monument historique comme le stade de la Croix-du-Prince qui acclama ses exploits et dont il soutient la rénovation.

Pour les membres et sympatisants de la CGT et du Parti communiste, François Moncla est un militant impliqué dans de nombreux combats politiques et sociaux depuis ses années d’apprenti à Électricité de France, et qui fut un temps pressenti pour devenir ministre des sports (il refusa la charge).

Tout cela, François Moncla, Récit de vie et d’ovalie nous le raconte sous forme d’un récit écrit par Olivier Dartigolles que viennent éclairer les commentaires de l’international ossalais. Il y est donc question de rugby, mais pas seulement. Et c’est heureux, car s’en tenir au seul parcours sportif de François Moncla ne rendrait pas justice à l’homme dont la personnalité atypique et attachante mérite qu’on la connaisse un peu mieux, qu’on partage ou pas ses combats politiques.

François Moncla, Récit de vie et d’ovalie

Editions Arcane 17

10€

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Sep 21

Le programme libéral et sans surprise de Mourad Boudjellal

Officiellement candidat à la présidence de la LNR, Mourad Boudjellal a présenté en début de semaine son programme aux présidents du Top14 et de ProD2 réunis près de Paris. On aura noté les absences remarquées de Mohed Altrad, sans doute plus préoccupé de faire la chasse au Nagusa, et de René Bouscatel, sans doute occupé à poussee un coup de gueule quelque part. Le patron du RCT qui ambitionne de devenir celui du Top14 a tenu une conférence de presse ce mercredi pour dévoiler à la presse la teneur de ses propositions. Un certain nombre d’entre-elles sont dans la continuité des prises de position habituelle de l’intéressé.

Ainsi en est-il de la suppression du « salary cap » contre lequel Mourad Boudjellal milite depuis toujours. Au passage, il a clairement laissé entendre qu’il contournait ce dernier («Je n’ai jamais triché, j’ai été plus intelligent que certains à Paris et ils n’ont pas aimé»). La mesure de suppression, qu’appelle de leur vœux tous les « présidents businessmen » s’accompagnerait d’une autre forme de contrôle, sur les déficits d’exploitation, ce qui favoriserait les clubs les plus riches à condition d’avoir des finances saines, puisque le résultat d’exploitation mesure la performance économique des entités avant prise en compte des aspects financiers (produits de placements et charges d’emprunt) et exceptionnels (catégorie qui retrace notamment les coups de pouces octroyés par les présidents mécènes pour équilibrer les comptes).

Même motif, même punition pour les JIFF, que Mourad Boudjellal tient en une particulière exécration. Le leitmotiv du président varois tient en un mot : libéralisation. Au nom de ce principe, il faut laisser les clubs libres de leurs choix, tout particulièrement sur le plan financier, et les choses iront mieux pour tout le monde. Voire.

La vision fianciaro-centrée du président du RCT irrigue aussi sa proposition à l’endroit des arbitres : il souhaite «débloquer un million d’euros d’aide à l’arbitrage, afin de revaloriser leur profession. Quand on paye bien quelqu’un, on a des gens plus compétents, on monte le niveau d’exigence.». Les quatre arbitres professionnels du rugby français apprécieront. Et pour lutter contre les impasse, il propose une carotte…financière aux clubs jouant à l’extérieur en leur attribuant 10% des recettes. Enfin, la mesure consistant à permettre aux clubs classés aux deux premières places de la saison régulière du Top14 de recevoir en demi-finale est certainement un signe fort adressé aux supporters des clubs obligés de voyager loin de leurs bases pour assister à ces rencontres. Elle est surtout un moyen de d’assurer aux dits clubs des recettes supplémentaires dont les prive la Ligue en les organisant sur terrain neutre.

Mourad Boudjellal ne s’en cache pas, ces mesures ne passeront sans doute pas car lui-même n’a presqu’aucune chance d’être élu président de la LNR. Il n’est même pas certain qu’il « passe le cut » du comité directeur auquel il devra accéder pour postuler effectivement à la succession de Paul Goze. En attendant, il tient sa parole en présentant un programme que son adversaire, même vainqueur quasi-certain, ne pourra pas ignorer. C’est presque une petite victoire pour le président du RCT.

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Sep 18

Un Bouclier pour deux

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A l’issue du match, la traditionnelle photo de groupe

En avril dernier, sur le terrain du Bordeaux Etudiants Club, l’équipe des anciens de l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux et celle du XV de l’Elysée s’étaient officiellement séparées sur un match nul(1). Samedi 17 septembre, elles se sont retrouvées pour la revanche, à Paris cette fois.

A cette occasion, les hôtes du Palais présidentiel conduits par Jeff Miran avaient choisi d’ouvrir à leurs visiteurs les portes de leur lieu de travail(2). Pour la soixantaine d’anciens de l’IEP qui avaient fait le déplacement, la matinée a donc débuté par la découverte de l’Elysée, son architecture et son mobilier Louis XV revus et corrigés par ses occupants successifs, depuis Napoléon III jusqu’à l’actuel locataire des lieux.

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Parquet-moulures, belle HSP, à saisir pour prise à bail en 2017 !

Les joueurs du XV de l’Elysée pensaient-il ainsi impressionner d’innocents provinciaux montés à la capitale ? La suite devait rapidement démontrer que les Bordelais ne se sont pas laissé émouvoir outre mesure par les ors de la République.

Après la visite, assortie d’une photo de groupe qui devrait rapidement trouver sa place sur la cheminée du bureau présidentiel, les anciens se sont rendus sur les lieux de la confrontation tant attendue, un monument historique, du sport celui-là : le stade vélodrome Jacques Anquetil, antre du Paris Université Club.

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« Bon les gars, cette fois on se laisse pas faire par l’autre, là, comment il s’appelle déjà le pénible ? Lequel ? il y a en plusieurs. »

Sur la pelouse synthétique offrant les meilleures garanties de beau jeu, les deux équipes ont débuté leur échauffement avec des méthodes bien différentes : méthodique et organisée côté XV du Président, plus décontractée pour les Bordelais, athlètes parfaitement à l’écoute de leurs corps sur lesquels l’âge ne semble curieusement pas avoir de prise. Sur le bord de touche, on sentait l’effectif élyséen particulièrement motivé par l’enjeu, les joueurs remontés comme des pendules, Louis  XV naturellement.

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Au coup d’envoi, détermination et des mitaines.

Dès l’entame, l’impression se confirmait que les deux formations n’étaient pas là pour compter les picots de caoutchouc de la pelouse artificielle : on se rendait coup pour coup dans une succession d’offensives des deux côtés, avec des appétences d’attaques au large. Mais chaque équipe faisait bonne garde en défense, encaissant les chocs rudes avec l’impavidité d’un garde républicain subissant son 250ème selfie de la journée du patrimoine.

Dans ces débats, marqués par une très légère domination territoriale du XV de l’Elysée, ce sont les joueurs bordelais qui se créaient les deux plus belles occasions, d’abord sur une combinaison audacieuse annihilée par un en-avant litigieux, puis sur sa copie-conforme quelques instants plus tard. Plus réaliste, le XV de l’Elysée parvenait néanmoins à inscrire le premier essai du match, profitant d’une des rares erreurs de placement de la défense bordelaise. Le premier tiers-temps était sifflé sur cet avantage pas immérité mais – disons-le objectivement – quelque peu heureux pour les hôtes parisiens.

Le deuxième tiers-temps débutait comme se terminait le premier, par une domination des visiteurs. Dans un geste que Dédé Boniface – Montois comme lui – n’aurait pas désavoué, Beñat feintait la passe et envoyait Jean-François à l’essai. Dépassés en défense par le rythme et la précision du jeu de l’IEP, les joueurs du XV de l’Elysée, s’en remettaient à quelques expédients discutables, à l’image d’un ou deux plaquages hauts sanctionnés par l’arbitre. Gardant quant à eux parfaitement le contrôle de leurs nerfs, les Bordelais enfonçaient le clou sur une attaque d’un classicisme somptueux par le même duo auteur du premier essai : Beñat fixant pour délivrer à Jean-François une deuxième offrande à quelques mètres de la terre promise. Leur rigueur défensive permettait ensuite aux visiteurs d’atteindre la pause avec cet avantage d’un essai.

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Jean-François inscrit son deuxième essai personnel et donne l’avantage à l’IEP de Bordeaux.

Le troisième tiers-temps serait donc décisif. Avec la fatigue, les gestes se faisaient moins précis alors que les esprits s’échauffaient. Sur le bord de touche on entendait se multiplier les exhortations en direction des anciens, comme autant d’encouragements et de conseils pour ne pas céder en défense, à l’image d’un « Philippe, rentre ton ventre, il est hors-jeu ! » particulièrement apprécié des spectateurs. Sur une contre-attaque assassine, le XV de l’Elysée parvenait à égaliser, aidée en cela par Julien, aimablement prêté par l’équipe bordelaise pour pallier le manque de profondeur du banc parisien. Multipliant les efforts pour forcer la décision, l’équipe bordelaise échouait à plusieurs reprises à quelques encablures de l’en-but élyséen. Un ultime contre en touche laissait espérer la victoire aux visiteurs. Las, l’équipe du président ne cédait pas et l’arbitre sifflait la fin de la rencontre sur un score de parité, deux essais partout.

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Un Bouclier pour deux

Il faudra donc attendre la prochaine confrontation – certainement en terres bordelaises – pour connaître l’identité du premier vainqueur officiel du Bouclier du Président, brandi en toute logique par les capitaines des deux équipes. Jean-François, meilleur marqueur de la rencontre et Baptiste, désigné meilleur joueur du match, recevaient leur récompense des mains d’Alain Garrigou, professeur à l’Université de Paris Ouest et ancien rugbyman de haut niveau, et de Pascal Cazares, co-fondateur du Criterium inter-IEP, avant une bien belle troisième mi-temps organisée de main de maître par Christophe Bernillon, ancien de l’IEP et dirigeant du PUC.

 (1) Certains témoignages accréditent cependant la thèse d’une victoire bordelaise.

 (2) Arnaud Castaignet, ancien de l’IEP en fonction à l’Elysée, a également grandement contribué au succès de l’organisation de la matinée.

 

Retrouvez ci-dessous quelques images de la rencontre (crédits photo : Camille Aymond).

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Le XV de l’Elysée à l’échauffement

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Echauffement (suite)

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Les anciens évoquent la taille des espaces dans la défense adverse lors du match précédent.

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L’élégance du geste qui rappelle qu’on joue au rugby à la Cipale depuis le début du 20ème siècle.

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L’intelligence situationnelle n’est pas un mythe. Ici, deux de ses plus éminents représentants

 

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Donne-moi ta main. Et prend la mienne.

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La fameuse tactique du soutien masqué

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Thou shall not pass !

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Fixe et donne, illustration

 

Presque essai (1)

Presque essai (1)

Presque essai (2)

Presque essai (2)

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Tu t’isoles pas tout seul !

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Et si j’allais retrouver du soutien à l’intérieur ?

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Lutte au sommet

Le surnombre d'école (buissonnière : il n'y aura pas essai)

Le surnombre d’école (buissonnière : il n’y aura pas essai)

Alerte enlèvement : Jean-Christophe

Alerte enlèvement : Jean-Christophe

Fin d'un match tout sauf nul

Fin d’un match tout sauf nul

Le meilleur marqueur de la partie à côté du meilleur Montois

Le meilleur marqueur de la partie aux côtés du meilleur Montois

Le meilleur joueur de la rencontre

Le meilleur joueur de la rencontre aux côté du meilleur arbitre

Si tu veux, la prochaine fois tu joues avec non, hein ?

Si tu veux, la prochaine fois tu joues avec nous, hein ?

Et merci au PUC pour le superbe accueil de la manifestation !

Et merci au PUC pour le superbe accueil de la manifestation !

 

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Sep 15

Vraiment impossible, le vote électronique ?

La controverse est au cœur de l’affrontement entre Bernard Laporte et Pierre Camou pour la présidence de la Fédération française de rugby : le vote décentralisé. Derrière ce terme aussi général que flou, se cache plus simplement le vote électronique. L’ex-manager du RCT fait valoir qu’un vote centralisé, c’est à dire organisé physiquement en un lieu unique, favorise le candidat sortant : un grand nombre de présidents de club ne peuvent se déplacer et donnent procuration à un membre de la FFR chargé de voter pour eux. Pour le camp Laporte, les procurations sont le plus souvent remises à des représentants des comités territoriaux inféodés au président en place. La seule façon de laisser aux clubs une vraie liberté de choix – en d’autres termes de leur permettre de voter pour Bernard Laporte – consisterait donc à leur offrir de voter électroniquement.

Cette faculté, Pierre Camou a tenté de l’introduire dans les statuts en 2014. En vain. Le ministère de l’Intérieur, chargé de la tutelle de la FFR jusqu’en 2015, a en effet refusé d’approuver le changement de statuts intégrant le fameux vote électronique. Pourtant, ce refus d’approbation ne constitue aucunement une fin de non recevoir définitive. Comme l’indique le ministère de la ville, de la jeunesse et des sports – désormais seule tutelle de la FFR – dans un courrier du 9 juin 2016, le refus d’agrément avait pour origine un dispositif prévoyant l’organisation d’une assemblée générale entièrement décentralisée*. La modification des statuts aurait été acceptée si celle-ci avait consisté à maintenir une assemblée générale sur un lieu unique tout en offrant aux membres la possibilité de voter par correspondance et par voie électronique. Une telle faculté existe par exemple dans les statuts de la Fédération française de handball.

Lorsque Pierre Camou déclare que prévoir un vote électronique est techniquement impossible d’ici décembre prochain, il n’a pas formellement tort : pour modifier les statuts, il faut réunir une assemblée générale, ce qui est matériellement impossible dans des délais aussi courts. En revanche, le même courrier du 9 juin 2016 indique que dès 2014 le ministère de l’Intérieur avait évoqué la possibilité d’assemblée unique assortie d’un vote électronique. Il semble donc que le président de la FFR n’ait pas vraiment fait preuve de diligence. Sa demande de saisir le Conseil d’Etat pour obtenir un avis sur la question ressemble au mieux à un excès de prudence, au pire à une manœuvre dilatoire pour éviter de répondre favorablement au souhait du camp Laporte.

Ce dernier aurait peut-être pu, comme les statuts le lui permettent, demander la convocation d’une assemblée générale en vue de modifier les conditions de vote. Il lui aurait fallu être appuyé par un tiers des membres de l’assemblée, ce qui ne semblait pas impossible à un candidat crédible à la présidence. En se contentant de réclamer une modification des statuts, le technicien varois a laissé à son adversaire toute latitude pour maintenir le statut quo.

Et sans doute assurer sa réélection à la tête de la fédération.

* Pour consulter la lettre du ministère de la ville, de la jeunesse et des sports, cliquez ici : Page 1, page 2

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