Mar 20

Le Pays de Galles, outsider mondial ?

Sacrés dans le Tournoi, les Gallois lorgnent désormais sur le trophée William-Webb-Ellis

Samedi dernier, Alun Wyn Jones et ses coéquipiers ont brandis deux trophées : celui du Tournoi des six nations et le plateau d’argent récompensant le vainqueur de la Triple-Couronne. Détenteur du titre officieux de champion d’Europe, Grand Chelem en prime, les Diables rouges peuvent-ils croire en leurs chances de décrocher le Saint-Graal du rugby, à savoir la Coupe du monde dont la prochaine édition s’ouvrira dans six mois, jour pour jour ?

Certains l’affirment déjà, à commencer par les journalistes néo-zélandais qui avertissent les All Blacks du danger qui plane sur le troisième titre consécutif que tous les observateurs de la chose ovale promettent aujourd’hui aux presqu’invincibles joueurs du Pays du long nuage blanc.

Plusieurs facteurs plaident en faveur de cet outsider pas vraiment revenu du diable vauvert au vu de sa série de victoires (19 de rang depuis février 2018), mais dont les performances ont été quelque peu occultées par les résultats de l’Irlande et l’ombre médiatique que son puissant voisin anglais ne manque pas de lui faire.

D’abord, naturellement, sa série impressionnante de succès. Selon les propres mots de Warren Gatland, son sélectionneur, cette équipe « a oublié qu’elle pouvait perdre ». De surcroît, elle l’a notamment oublié devant l’Australie et l’Afrique du Sud l’an dernier, qu’elle a battues à Cardiff.

Ensuite, au Japon le Pays de Galles retrouvera dans sa poule l’Australie qui est sans doute la grande nation sudiste la plus abordable. Même si les Fidji, dont les Gallois ne conservent pas nécessairement un bon souvenir en coupe du monde, peuvent espérer inquiéter un peu Alun Wyn Jones et les siens, ils ne devraient pas constituer un péril si grand. En cas de première place, les Gallois disputeraient certainement leur quart-de-finale face aux Argentins ou, sait-on jamais, aux Français. Si la logique était respectée (et elle l’est le plus souvent en rugby), les demi-finales les verraient croiser l’Irlande ou l’Afrique-du-Sud puis, en finale, l’ogre néo-Zélandais.

Ce parcours n’est pas insurmontable pour cette équipe galloise redoutable en défense et très efficace en attaque, à l’aise dans le jeu actuel fait d’intensité et de coups de pied. Bien sûr, le « boss final » n’est pas précisément du genre facile à mater, mais sur un match, tout est possible.

Le dernier match représente sans conteste l’inconnue – pour ne pas dire l’écueil – majeur sur la route des Gallois qui, en dix ans et autant de Test-matchs, n’ont jamais battu les All Blacks.

A ceux qui dressent le parallèle fort tentant entre le Pays de Galles et le dernier pays auteur d’un Grand Chelem en année de Coupe du monde, à savoir l’Angleterre en 2003, on rappellera qu’à l’époque Martin Johnson et ses amis avaient battu deux fois la Nouvelle-Zélande en un an, dont un succès à Wellington trois mois avant le début de la compétition. Ils avaient également terrassé les Wallabies chez eux lors de la même tournée estivale, excusez du peu. Et c’est en position de leader du World ranking que le XV de la Rose s’était présenté en Australie, ce qui ne sera pas le cas de celui du Poireau en septembre prochain.

Bien sûr, le Pays de Galles ne peut plus avancer dans l’ombre d’une Angleterre décevante et d’une Irlande à la recherche d’un second souffle. Il faut considérer qu’aujourd’hui il présente la candidature européenne la plus solide au titre mondial. Mais pour le rôle de favori, on jugera sur pièces. Et sur place.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/le-pays-de-galles-outsider-mondial/

Mar 18

Dans l’urgence, comme d’habitude

L’équipe de France de rugby a conclu son Tournoi 2019 par une victoire en Italie, victoire dont le score ne reflète pas les difficultés avec lesquelles celle-ci a été obtenue. Un adversaire moins maladroit et moins entêté à chercher les pénaltouches aurait certainement disposé sans frémir d’un XV de France au périgée de son art.

La triste confrontation latine a cruellement souffert de la comparaison avec le rugby proposé par les deux rencontres qui ont suivi le brouet romain, le plus difficile à digérer pour les supporters tricolores étant peut-être le match Angleterre – Ecosse et la splendide remontée des joueurs de Gregor Townsend, à deux doigts de créer la sensation. Quelle magnifique leçon d’abnégation et, tout simplement, d’envie dispensée par une équipe transfigurée par le retour de son ouvreur Finn Russell !

Alors qu’il ne reste que six petits mois avant la coupe du monde au Japon, le XV de France affiche la médiocrité d’une équipe de deuxième division internationale dont les chances de sortir des poules qualificatives apparaissent aujourd’hui bien maigres. Alors, comme d’habitude, l’état d’urgence est déclaré par le président de la Fédération, qui, dit-on, veut renforcer l’encadrement de l’équipe nationale. Le nom de Fabien Galthié a même été avancé.

Dans cette course de fond qu’est une coupe du monde, la Fédération française essaie de faire croire que tout peut se jouer dans le sprint final. Et ce, malgré le précédent de 2015, qui n’avait pu gommer les carences techniques et tactiques du XV de France avec la déroute que l’on sait en quart-de-finale.

Ne nous y trompons pas, la venue d’un ou deux techniciens pour pallier les insuffisances d’un staff inexpérimenté et inefficace ne serait qu’un cataplasme sur une jambe de bois. De quoi soulager la conscience de celui qui l’apposera, mais pas davantage, il faut le craindre. Car le rugby international moderne, celui du plus haut niveau, s’entend, n’accepte plus la moindre approximation. Les vertus guerrières ne suffisent plus à garantir l’inviolabilité des en-buts, pas plus que les bonnes intentions offensives à ouvrir le chemin de l’essai dans des défenses imperméables. Pour cela, il faut du temps, de l’entraînement et des matchs. Toutes choses dont le XV de France ne dispose plus en quantité suffisante d’ici à septembre prochain.

Ainsi donc, une fois de plus, comme s’il ne savait pas faire autrement, le rugby français s’en remet aux mesures d’urgence, aux décisions prises dans le secret du bureau présidentiel, quand une complète remise à plat du système, avec la collaboration de l’ensemble de ses acteurs aurait sans doute permis de ne pas en arriver à une telle situation. Il se murmure que la FFR serait décidée à doter le XV de France d’une structure managériale digne du standing auquel il aspire en vue de l’édition 2023 de la coupe du monde.

Il faut le souhaiter, même si quatre années seront peut-être un peu courtes pour transformer la dixième équipe du ranking de World Rugby en candidate crédible au trophée mondial.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/dans-lurgence-comme-dhabitude/

Mar 14

Capitaine abandonné

Avec le recul du temps, les déboires du XV de France seront certainement regardés comme le fruit d’un professionnalisme mal maîtrisé, quand, aujourd’hui, on peut juger les événements tumultueux des années 30 et du début des années 50, alors que notre équipe nationale avait été privée de Tournoi ou menacée de l’être, à l’aune d’un professionnalisme mal déguisé.

Et demain comme hier, les agissements personnels et les petites histoires se perdront dans les méandres d’une mémoire qui ne retiendra que la grande, celle d’un fleuron du sport français entamant au début du XXIème siècle une traversée d’un désert pour une durée aujourd’hui indéterminée.

Pourtant, s’il n’est pas douteux que l’organisation du rugby pro français est la cause « systémique » des malheurs du XV de France, force est de constater que les comportements individuels de certains de ses acteurs majeurs contribuent à entretenir le marasme. Ainsi apprend-on dans le journal l’Equipe les manœuvres entreprises par Serge Simon pour tenter de retirer à Guilhem Guirado son brassard de capitaine. Celles-ci, mêlant pressions indirectes et désaveu public devant l’intéressé et ses partenaires, s’apparentent bigrement à un anti-manuel de management. On voudrait contribuer à déstabiliser un groupe déjà fragile qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

Cet épisode est le dernier d’une série déjà longue d’interventions du docteur Simon dont on se demande s’il considère vraiment celles-ci comme des remèdes aux maux dont souffre le XV de France.

La question n’est pas de savoir si Guilhem Guirado devrait abandonner ses galons de capitaine – la série de défaites enregistrées sous son mandat, et la manière dont elles sont survenues ne plaident évidemment pas en sa faveur – mais bien la façon dont le staff et les dirigeants s’y prennent pour parvenir à leurs fins.

Une décision unilatérale de Jacques Brunel serait tout sauf illégitime. Mais outre qu’elle pourrait être perçue négativement par les joueurs au risque de tendre leurs relations avec le sélectionneur, elle constituerait une source nouvelle de critiques à l’égard du staff qui pourrait se voir reprocher non seulement d’avoir trop attendu pour changer de capitaine mais également de faire de Guilhem Guirado un bouc-émissaire des mauvais résultats de l’équipe. Pousser à l’intéressé à la démission apparaît dès lors comme une technique bien pratique, et finalement pas très nouvelle en termes de management.

Las, abandonné par ses dirigeants, le capitaine du XV de France ne l’a pas été par ses partenaires. Pire, les faits ont été portés à la connaissance du public par un média.

De quoi provoquer de nouveaux remous autour d’un bateau bleu aux allures de galère.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/capitaine-abandonne/

Mar 11

Les musiciens du Titanic

Cinq secondes. C’est la statistique qui résume le mieux la performance du XV de France dimanche à Dublin. En première période, les hommes de Jacques Brunel ont passé cinq faméliques secondes dans les vingt-deux mètres adverses, rentrant fanny au vestiaire avec un déficit de dix-neuf unités. A l’heure de jeu, l’écart était passé à vingt-six points pour des Tricolores noyés par la marée verte.

Le score final, 26-14, ne reflète en rien la physionomie d’une rencontre à sens unique, les Irlandais concédant deux essais en fin de rencontre, alors que leurs principaux cadres étaient déjà repartis sur le banc depuis belle lurette et que le sort de la partie ne présentait plus la moindre incertitude pour l’équipe de Joe Schmidt.

Cette fin de match, pourtant, Jacques Brunel et Mathieu Bastareaud, interrogés après la rencontre, semblent s’y raccrocher comme deux naufragés à une bouée, en insistant sur « les choses positives » qu’il faudrait retenir de ces deux essais et, plus globalement d’une deuxième période moins catastrophique que la première.

Pourtant, pas plus que la victoire en trompe-l’œil obtenue il y a dix jours face à des Ecossais privés de plusieurs joueurs clés et proposant un jeu très en-deçà du haut niveau international, ces deux essais inscrits à Dublin ne doivent masquer la triste réalité : le XV de France est un Titanic en train de sombrer. Et même si l’orchestre continue de nous jouer la musique du « ça va mieux aujourd’hui et ça ira encore mieux demain », seul les plus naïfs des supporters français peuvent encore espérer autre chose qu’une inexorable plongée dans des abîmes de médiocrité ovale.

Devenu un objet de moquerie ou, pire, de commisération pour la presse anglo-saxonne, le XV de France ne fait plus peur à personne, ses supporters mis à part.

Foin de la petite musique entendue ad nauseam sur la capacité de cette équipe à « n’être pas loin » de ses adversaires, au motif qu’elle parvient à les inquiéter de temps en temps, durant une mi-temps ou pendant vingt minutes. Il faut à ses dirigeants faire le constat lucide de ce qui ne fonctionne pas. Visiblement, la mise à disposition prolongée des joueurs ne suffit pas, puisque le niveau de l’équipe baisse quand le sélectionneur n’a jamais autant eu ses internationaux sous la main.

Bernard Laporte doit se poser la question du management et du staff susceptible de piloter plus efficacement un effectif dont on est convaincu qu’il peut, qualitativement, faire bien mieux que la bouillie de rugby proposée à chacune ou presque de ses sorties. Cela doit être sa priorité.

Les objectifs doivent bien sûr être plus ambitieux. Mais le président de la FFR n’a pas de prise suffisante sur les clubs pour espérer à moyen terme que ces derniers se mettent davantage au service d’un projet de jeu global, à l’image de ce qui se fait en Irlande voire en Nouvelle-Zélande. Il lui faut donc opérer là où il en a aujourd’hui le pouvoir, pour remettre à flot le Titanic.

Quitte à virer aujourd’hui tous ses musiciens.

Lien Permanent pour cet article : http://renvoiaux22.fr/WordPress3/les-musiciens-du-titanic/

Articles plus anciens «