Déc 04

FFR : le saut dans l’inconnu

La Fédération française de rugby n’aura donc pas échappé à ce qui ressemble à une tendance lourde des sociétés occidentales : la remise en cause des systèmes en place et le choix des propositions alternatives les plus radicales. Faisant mieux que confirmer les dernières tendances qui le plaçait au coude à coude avec Pierre Camou, Bernard Laporte a enlevé sans coup férir la présidence de la FFR avec 52% des suffrages contre 36% au sortant. Alain Doucet, qui représentait la voie du compromis entre les deux principaux concurrents n’aura récolté que 12 des voix, trop peu pour peser vraiment sur le cours des événements.

Desservi par un bilan qu’il n’a pas su valoriser et une campagne qu’il a menée trop tardivement, plombé par deux scandales opportunément sortis quelques jours avant le scrutin, Pierre Camou aura en outre été handicapé par le dossier du Grand Stade, qu’il a défendu contre vents et marées, et surtout, contre les (trop) nombreuses oppositions qui ont trouvé chez les présidents des clubs amateurs un terreau fertile pour enraciner les griefs et les envies de changement.

C’est donc Bernard Laporte, incarnant le coup de pied dans la fourmilière, qui a été choisi pour donner à la Fédération un second souffle, celui de la rupture avec le fameux système. On laissera aux spécialistes le soin de rappeler que cette attitude n’est pas nouvelle dans le monde de l’ovalie et qu’elle a déjà rencontré ses limites. En revanche, à moins de céder à l’aveuglement énamouré dont font preuve certains de ses supporters, on ne peut que s’interroger sur la capacité de l’ancien manager du RC Toulon à mettre en oeuvre l’ensemble de ses 44 propositions pour le rugby français.

On sait bien, depuis Paul Valéry, que « les partis proposent pour exister ce qu’ils retirent pour subsister », et qu’il y a une différence entre promesses de campagne électorale et exercice du pouvoir. Néanmoins, on veut croire à la sincérité du nouveau locataire en chef de Marcoussis. C’est surtout sur la faisabilité de son programme qu’il convient de porter le débat. A dire vrai, le volet amateur du projet Laporte n’apparaît pas irréaliste. Et c’est essentiellement sur lui que repose le succès de sa candidature. Les présidents des clubs amateurs que le Gaillacois a su séduire en allant à leur rencontre, veulent qu’on s’intéresse à leurs problèmes : lourdeurs administratives, championnats inadaptés, formation des jeunes insatisfaisante. Sur ce plan, Bernard Laporte peut effectivement agir, à condition notamment de parvenir à dégager les ressources nécessaire à la mise en oeuvre de ses propositions. A cet égard, ce n’est pas en mettant le nom d’un sponsor sur le maillot du XV de France qu’on résoudra la question. Quant à l’arrêt du projet de Grand stade, s’il permet de ne plus hypothéquer l’avenir des finances fédérales, ce qui est déjà bien, il ne répond pas à lui seul à la problématique du financement des mesures en faveur du monde amateur.

La partie « rugby professionnel » du programme de Bernard Laporte semble largement plus sujette à incertitudes. Paradoxalement, c’est certainement celle que l’ancien manager et sélectionneur national connaît le mieux, lui qui n’a jamais été dirigeant amateur. On laissera de côté la polémique consistant à avancer que le candidat à la présidence de la FFR a soutenu des mesures qu’il a été loin de promouvoir durant ses fonctions de manager toulonnais. Mais il ne pourra pas rayer d’un trait de plume l’organisation et le système de financement du rugby pro. Revenir sur la délégation donnée à la LNR, mutualiser les recettes, mettre fin aux programmation de matchs le dimanche, imposer des règles de composition des feuilles de matchs pour favoriser les joueurs sélectionnables en équipe de France, contrats fédéraux et « mixtes », voilà des propositions séduisantes mais très compliquées à mettre en oeuvre, et pas seulement au plan juridique. Le rugby professionnel français n’est pas l’Irlandais, totalement géré par l’IRFU, ni même, malgré ses ressemblances, l’Anglais. Les présidents des clubs du Top14 et de ProD2 ont suffisamment démontré par le passé que leur vision autocentrée du rugby seule leur importait pour qu’on doute qu’ils veuillent changer les choses en profondeur sur la seule foi de l’amitié qui lie le nouveau président de la FFR à celui du Rugby club toulonnais.

Bernard Laporte ne pourra pas compter sur sa seule force de conviction ou sa capacité à convaincre ses interlocuteurs de la pertinence de sa vision du rugby. Il a fait l’expérience du marigot politique dont la vie fédérale n’est pas si éloignée, et sait donc qu’avoir de bonnes intentions ne suffit pas à faire « bouger les lignes ».

C’est donc un saut dans l’inconnu que les présidents des 1900 clubs de l’hexagone ont effectué samedi à Marcoussis. Mais comme le disait le poète, s’il faut plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau, alors pourquoi pas ?

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Déc 01

Le jour le plus long

candidatsSamedi prochain à Marcoussis, la Fédération française de rugby désignera son président pour les quatre prochaines années. Et la journée pourrait être longue et mouvementée.

Car pour la première fois depuis 1991 et la tentative avortée de Jean Fabre de contester le conservatisme naturel de la FFR, l’élection du comité directeur et du président de la fédération s’affranchira des pratiques habituelles, plus proches d’un renouvellement du politburo soviétique que de la franche confrontation démocratique que les statuts associatifs sont censés privilégier.

Trois listes sont en effet en présence, dont deux au coude à coude. Le président sortant, Pierre Camou, est en effet sérieusement challengé par Bernard Laporte. L’ancien entraîneur de Toulon, qui a eu le mérite de provoquer une salutaire remise en cause d’un système qu’il faut d’évidence réformer, répète à qui veut l’entendre qu’il remportera les suffrages samedi, à condition que les conditions de vote soient régulières. Dénoncer des pratiques de république bananière sert un double objectif : mettre la pression sur son adversaire alors que les fameuses procurations de vote constitueront la clé de l’élection, et préparer le terrain en cas de défaite. Les deux listes clament qu’elles vont gagner, sur la foi de consultations internes qui n’ont cependant que bien peu de significations, dès lors que les votants n’ont pas intérêt à dévoiler leur choix alors que le vote se déroulera à bulletins secrets.

La troisième liste en présence, conduite par l’ancien secrétaire général de la FFR, Alain Doucet, ne devrait pas être en mesure de se mêler à la bataille pour la présidence. Mais son audience auprès des clubs n’a cessé de croître et lui confère désormais une position sinon d’arbitre, du moins d’acteur quasi-incontournable dans le processus décisionnel. Celui qu’on affuble de l’étiquette du « faiseur de roi » est courtisé par les deux camps. Il a d’ailleurs démenti des intentions de rapprochement avec le candidat Laporte, dont le clan Camou l’accusait.

La journée du 3 décembre s’annonce sans ambages comme le jour le plus long pour les candidats. Après l’élection du comité directeur, qui ne pourra débuter qu’après la vérification de la validité des procurations, il faudra s’accorder sur le nom du président proposé au vote de l’assemblée générale. Si la liste arrivée en tête se verra accorder la majorité des sièges au comité directeur, la désignation du président se fera à bulletins secrets, ce qui pourrait sur le papier autoriser des défections de dernière minute. Cette hypothèse ne doit pas être totalement écartée, puisqu’elle se vérifia en 1991 aux dépens du toulousain Fabre.

Quant à un refus de l’assemblée générale de valider la candidature proposée, l’éventualité semble peu probable, même si, encore une fois, une surprise n’est pas totalement à exclure.

Quoi qu’il advienne au terme de ce qui sera vraisemblablement un marathon éprouvant, la FFR présentera un visage totalement nouveau, avec un Comité directeur morcelé et un président qui devra convaincre rapidement sur ses capacités à rassembler. Même s’il parvient à se faire réélire, l’actuel titulaire de la charge a vu son autorité très largement déstabilisée par une campagne électorale qui a pointé les carences de son bilan et des affaires opportunément sorties du chapeau médiatique à quelques jours du scrutin. De son côté, Bernard Laporte reste encore marqué par un passé sportivo-financiaro-politique qui contraste fortement avec l’image de Monsieur Propre que ses thuriféraires ont vendu dans les meetings ou sur les réseaux sociaux. Alain Doucet, enfin, n’a pas sans doute totalement convaincu ceux qui s’interrogent sur le positionnement d’un homme ayant servi Bernard Lapasset puis Pierre Camou en sa qualité de secrétaire général de la FFR pendant vingt ans avant de se lancer sa candidature.

Il faut espérer néanmoins qu’au terme de cette bataille qui n’a pas toujours honoré ceux qui l’ont menée, les doutes et les rancœurs s’effaceront devant la volonté de faire progresser le rugby français. Car désormais, ce que la France ovale attend par-dessus tout, ce ne sont pas des paroles, mais des actes.

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Nov 30

Tournoi des Six nations : le mirage du bonus

six_nations_championship-svgOn pourra prétendre que c’était un combat d’arrière-garde, mais quoi qu’il en soit, celui-ci s’est terminé aujourd’hui : le comité d’organisation du Tournoi des Six Nations a décidé d’introduire le système des points de bonus dans la dernière grande compétition internationale à n’y avoir pas cédé. Dès la prochaine édition, les équipes qui inscriront quatre essais seront récompensées d’un point de bonus offensif, et celles qui se seront inclinées de moins de huit points se verront accorder un bonus défensif. Pour éviter qu’une nation ne décroche le Grand Chelem et se fasse dépasser par une concurrente au bénéfice des points de bonus, trois points lui seront attribués, la mettant hors de portée au classement.

On devine que la mesure a été prise en vue d’encourager le spectacle et éviter les rencontres fermées. C’est le fondement même de ce système mélangeant la carotte offensive et le bâton défensif. Faut-il s’en réjouir pour autant ? La réponse n’est pas vraiment positive.

En premier lieu, ce système n’a jamais véritablement garanti ce qu’il est censé apporter. Qu’on en juge en Top14, qui multiplie les matchs sans intérêt malgré cette incitation comptable. Lorsque la victoire est impérative, le point de bonus offensif n’est jamais la priorité. A cet égard, le fait de conserver au Grand Chelem son statut d’intouchable souligne la contradiction que le comité d’organisation – et c’est logique – a été incapable de dépasser. Une équipe qui jouera un rugby « pourcentage » et se contentera de gérer son avance au score pourra toujours décrocher la timbale. Une hypothèse d’autant plus crédible que le Grand Chelem demeure aujourd’hui le véritable enjeu du Tournoi.

Au-delà de ces considérations, force est de constater que le Tournoi n’a pas attendu le système des bonus pour offrir un spectacle haletant, où l’intensité le dispute au suspens, où les velléités offensives sont bien plus prégnantes que les intentions cadenassières.

De surcroît, le rugby qui, désormais, gagne au niveau international fait très largement la part belle à un volume de jeu important et des schémas offensifs ambitieux. Le meilleur exemple, celui des All Blacks, le démontre avec un nombre record d’essais inscrits cette saison. Quant à leur seule défaite, face aux Irlandais, ils l’ont subie en encaissant…cinq essais.

Au final, la mesure du comité d’organisation du Tournoi, à laquelle, semble-t-il la France s’est opposée, apparaît davantage comme un mirage aux alouettes aux airs d’opérations de communication qu’à une véritable révolution.

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Nov 28

Novès bientôt à La Porte ?

275900-750x410Pour les amateurs de complot, c’est le dernier épouvantail dressé par une liste sortante aux abois, pour les journalistes proches du dossier, c’est une menace brandie en « off » par un Bernard Laporte incapable de s’en tenir aux éléments de langage préparés par son équipe de campagne : le sort de Guy Novès pourrait être lié aux résultats de l’élection à la présidence de la Fédération française de rugby. Reprochant au sélectionneur de soutenir ouvertement Pierre Camou qui l’a nommé à son poste, et n’ayant pas franchement d’atome crochu avec lui, le candidat Laporte envisagerait de mettre fin au mandat de Novès s’il était élu samedi prochain lors de l’assemblée générale de la FFR.

Faut-il vraiment croire à cette menace qui n’a pas été officiellement formulée ? Certes, celui qui est désormais le favori des derniers sondages a mis un peu d’eau dans son gaillac, en indiquant que Guy Novès serait quoi qu’il arrive aux commandes du XV de France lors du prochain Tournoi. Mais cela ne signifie nullement que la cause du Toulousain soit définitivement entendue. D’abord parce que ses résultats au titre de sa première année d’exercice sont loin d’être satisfaisants sur le plan comptable. Avec quatre victoires en dix matchs, l’actuel sélectionneur n’a pas fait de miracle. Son bilan est est d’ailleurs moins bon que celui de Philippe Saint-André qui aligna six succès et un nul en autant de rencontres que son successeur. Un Tournoi 2017 raté pourrait aggraver son déficit – d’autant qu’il faudra se déplacer en Irlande et en Angleterre –  et offrir à Bernard Laporte l’occasion qu’il cherche pour désigner Fabien Galthié, dont il ne fait pas mystère qu’il le verrait bien à ce poste. Certes, tout le monde a perçu la dynamique que Novès a su insuffler à son groupe. Mais il ne pourra pas longtemps défendre ses idées si celles-ci ne se concrétisent pas sur le terrain.

On peut aussi s’interroger sur la volonté de Novès lui-même de poursuivre son mandat avec un président qu’il ne porte pas vraiment dans son cœur. Pour peu que son nouveau patron ne lui manifeste pas rapidement sa confiance et rogne sur la liberté d’action dont il dispose actuellement, le technicien toulousain n’hésitera certainement pas longtemps avant de claquer la porte.

Reste que l’ex-manager du RCT a fait du XV de France l’un des piliers de sa campagne avec le rugby amateur. Prendra-t-il le risque de déstabiliser une équipe nationale qui semble prendre le chemin d’un retour en grâce dans l’opinion ovale en débarquant le principal artisan de ce rétablissement ? La question se posera nécessairement en cas de succès du Gaillacois samedi prochain.

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